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"Bohémiens en voyage" de Baudelaire

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Par   •  30 Janvier 2022  •  Résumé  •  1 762 Mots (8 Pages)  •  192 Vues

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Séquence I : Baudelaire, un poète alchimiste

- Explication de texte n°1 -

"Bohémiens en voyage" de Baudelaire

        "Bohémiens" est un des noms donnés aux tziganes, ensemble de populations originaires de l’Inde, apparues en Europe au XIV° siècle, dont certaines mènent une vie nomade en exerçant divers petits métiers. Leur nom de bohémiens vient de la croyance qu'on avait autrefois que ces nomades venaient du royaume de Bohême, aujourd'hui une partie de la République Tchèque. Il n'en était rien. ils n'avaient fait que passer par la Bohême. Leur origine mystérieuse, leur mode de vie marginal et leur liberté rebelle alimentaient les superstitions, les fantasmes, les méfiances et les rejets. Ils étaient craints et persécutés, car ils montraient des animaux étranges, avaient la réputation de vivre de mendicité et de rapines, de n'être pas baptisés, d'être un peu sorciers et de prédire l'avenir. Dans L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, on les définit comme "des vagabonds qui font profession de dire la bonne aventure, à l'inspection des mains. Leur talent est de chanter, danser, et voler." Mais ils n'étaient pas sans susciter une certaine fascination, en particulier chez les artistes et écrivains. Ainsi, en 1623-1624, le dessinateur et graveur lorrain Jacques Callot, qui s’était enfui de chez lui, à peine âgé de douze ans, pour gagner Rome à pied, en se joignant à une troupe de bohémiens, qu'il accompagna jusqu'à Florence, leur consacra une petite suite de quatre planches, ‘’Les bohémiens’’. Baudelaire partagea cette fascination pour les bohémiens, et l’exprima dans ce sonnet qui eut sans doute pour point de départ les gravures de Jacques Callot. Mais, alors que l’artiste baroque présentait les bohémiens comme de pauvres diables dont les guenilles disaient assez la misère, étant à coup sûr plus riches d’espoirs que d'argent, le poète, traitant son sujet avec liberté, procéda à une transfiguration car sa visée était tout autre. En quoi ces hommes sont-ils, pour Baudelaire, une allégorie de la condition du poète ?

I) Le poème dresse le portrait d'êtres marginaux supérieurs. (1° strophe)

- Le poème débute par des articles définis : "la tribu", "aux (à les) prunelles" (v.1) comme s'il s'agissait d'une tribu particulière aux yeux du poète. Le terme "tribu" indique qu'il s'agit d'une communauté primitive qui a son histoire, souvent très ancienne, ses racines, ses traditions, ses valeurs, sa hiérarchie, ses règles et ses lois. Ce sont d'emblée des marginaux. Le singulier collectif ne permet pas de les différencier. Ils forment un tout, une masse indistincte.

- Mais ces marginaux sont valorisés par les expansions qui sont associées au nom "tribu". Elle est, en effet, "prophétique" (capable de prédire l'avenir car les bohémiennes pratiquaient la chiromancie) et ses "prunelles" sont "ardentes" (v.1). Cette métaphore laisse entendre que leurs yeux sont brûlants, brillants leur permettant de voir dans l'obscurité. Ces hommes semblent donc capables de percevoir ce que le commun des mortels ne voit pas. Ils sont supérieurs aux autres hommes comme l'est le poète lui-même, selon Baudelaire.

- L'indication temporelle "hier" (v.2), parce qu'elle ancre l'énoncé dans la situation d'énonciation, permet d'actualiser l'anecdote racontée. Cela est renforcé par l'emploi des temps du présent (passé composé : "s'est mise" puis présent par la suite) créant l'impression que l'aventure a lieu en direct, sous les yeux du lecteur. On assiste à un moment de vie pris sur le vif.

- Le lexique du voyage : "voyage" dans le titre, "route" et "emportant" (v.2) ne cessera d'être présent tout au long du poème. Ces hommes sont en mouvement perpétuel. Ils ne sont pas intégrés dans la société et ne cessent de se déplacer en quête d'un ailleurs. Ils ressemblent encore une fois à Baudelaire qui rêve d'atteindre un monde idéal, lointain.

- L'enjambement créé aux vers 2 et 3 peut mimer l'impression d'un déplacement continu, effet qui est encore amplifié par l'utilisation d'un rythme très lent (il y a peu de signes de ponctuation) dans les deux premières strophes, comme l'est la marche des bohémiens.

- Mais ces bohémiens sont ensuite animalisés. Leurs enfants deviennent des "petits" (v.2) (terme employé pour les animaux) que la tribu porte sur son dos (comme des animaux). C'est ainsi que la société les perçoit, comme ayant un mode de vie bestial parce qu'ils refusent de vivre de manière sédentaire comme la majorité des gens.

- Par métonymie, c'est d'ailleurs la tribu tout entière qui emmène "ses petits / sur son dos" (v.2-3), rendant ainsi l’idée que, dans une tribu, les enfants n’appartiennent pas vraiment à leurs mères, mais à la communauté tout entière. Encore une fois, il n'y a pas d'individualisation.

- De nouveau, le poète insiste sur le caractère trivial de la scène décrite en faisant référence aux "fiers appétits" (v.3) des "petits" qui, comme des animaux sauvages ("fiers" pris dans son acception étymologique signifie "farouche, sauvage"), ne pensent qu'à se nourrir en tétant les "mamelles pendantes" (v.4) des femmes assimilées à des femelles.

- En outre, les allitérations en [t] et [r] (sonorité dures) qui foisonnent dans l'ensemble de cette strophe, suggèrent la difficulté de la vie menée par les bohémiens, miséreux et sans cesse ballottés sur les routes.

- Et pourtant la métaphore "trésor" renvoyant aux "mamelles" est méliorative. Si cette tribu est présentée comme primitive, le lait maternel est comparé à un "trésor toujours prêt" (v.4). Les mères permettent ainsi à leurs enfants de vivre, en dépit de la misère dans laquelle ils se trouvent. Ils semblent posséder l'essentiel.

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