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Analyse du poème ''Larmes'' D'Arthur Rimbaud.

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Par   •  25 Avril 2015  •  2 878 Mots (12 Pages)  •  1 260 Vues

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1. Larme

 

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,

Je buvais, accroupi dans quelque bruyère

Entourée de tendres bois de noisetiers,

Par un brouillard d’après-midi tiède et vert.

 

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,

Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.

Que tirais-je à la gourde de colocase ?

Quelque liqueur d’or, fade et qui fait suer.

 

Tel, j’eusse été mauvaise enseigne d’auberge.

Puis l’orage changea le ciel, jusqu’au soir.

Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,

Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

 

L’eau des bois se perdait sur des sables vierges

Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares…

Or tel qu’un pêcheur d’or ou de coquillages,

Dire que je n’ai pas eu souci de boire !

 

                                               Mai 1872

                                               [Arthur Rimbaud][1]

 

 

 

2. Analyse du poème « Larme »

 

    Le poème intitulé «Larme» est tiré de l’œuvre d’Arthur Rimbaud. Cette analyse se concentre sur les ressources offertes par le poème, sans s’appuyer sur les intertextes auxquels la lecture de «Larme» fait penser. L’explication de texte prétend surtout éclaircir le contenu du poème, dont l’obscurité est soutenue par le style.

    «Larme» est composé de vers de 11 syllabes (hendécasyllabes) ; ce mètre inhabituel est un premier indice du caractère exceptionnel du poème, ensemble avec les rimes, qui apparaissent irrégulièrement et sans signification transparente. De même, la syntaxe et la ponctuation n’arrivent pas à dévoiler plus explicitement le message dont la forme est porteuse. La subdivision du poème en quatre strophes ne coïncide point avec la division du contenu en trois thèmes que l’on peut distinguer ; une description de la situation de départ (vers 1 à 9), un changement de cette situation, entraînant des pensées abstraites (vers 10 à 14), et, finalement, une clôture qui paraît détachée des vers précédents et dont le sens reste à deviner (vers 15 à 16).

    L’incipit nous montre d’abord que le «je» lyrique est «[l]oin», loin non seulement «des oiseaux, des troupeaux», animaux sauvages ou domestiques, mais aussi loin «des villageoises», loin de ses semblables. Le parallélisme, introduit par «des», qui s’instaure au premier vers, évoque que le «je» se trouve à une égale distance, ou plutôt à l’absence, de tout être vivant, dans une solitude totale. L’emphase mise sur le fait que le narrateur est seul est d’autant plus renforcée que le «je», comme déjà l’adjectif «loin», apparaît au début de vers ; accompagné du rejet externe de l’élément verbal. Il n’est pourtant pas compréhensible pourquoi le «je» choisit d’évoquer qu’il est loin «des villageoises», desquelles il est aussi loin que des hommes, des villageois. Une solution peut être qu’avec l’absence des femmes, des mères, souvent l’incarnation de la cordialité, des sentiments familiaux et de l’éros, le «je» se sent mentalement seul et abandonné comme il l’est physiquement.[2]

    Le narrateur est difficilement accessible. D’abord, il est «accroupi» ; il se met dans une position physique qui le minimalise, qui le rend invisible, qui le fait disparaître. D’ailleurs, il se trouve au milieu «de tendres bois de noisetiers» et plongé dans un «brouillard». Pourtant, la description des bois comme «tendres» et du brouillard comme «tiède et vert» (le vert étant la couleur de l’espoir) laissent supposer que le «je» lyrique n’est pas mécontent de sa situation, ou qu’il la trouve même agréable dans la première partie du poème. L’absence «des oiseaux, des troupeaux [et] des villageoises» semble être compensée par la nature «tendre», affectueuse.  

    Le premier quatrain ne consiste qu’en une seule phrase. Ceci et le rejet du verbe dynamise la description et augmente la cohérence thématique entre les vers. Bien qu’il se trouve physiquement toujours au même endroit, le narrateur passe au-delà de la description topographique et introduit le niveau de la réflexion dans le second quatrain.

    Le «que» du cinquième vers implique une question. Pourtant, la phrase, au lieu de se terminer par un point d’interrogation, se termine avec un point. Il s’agit ainsi d’une violation des modalités, car on trouve à la fois les modalités interrogative et assertive dans la même phrase; de nouveau, cette particularité formelle reflète le contenu non transparent. Le «je» lyrique semble poser une fausse question, interrogation rhétorique à laquelle le lecteur ne peut s’imaginer que l’eau comme seule réponse raisonnable. La suite de la phrase paraît être la réponse à une autre question qui cherche à décrire la beauté, la nature dans les alentours du locuteur. Aucune beauté n’est perceptible, que des «ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert». On peut comprendre la «voix» comme indice métonymique pour dire que les oiseaux du premier vers ne sont plus sur les arbres, car ils ne chantent plus. Avec l’absence de fleurs, la beauté n’est d’ailleurs plus visible dans le paysage décrit. La nature qui semble désagréable est pourtant auparavant décrite par le narrateur comme «tendre» et «tiède». Soit il d’agit donc d’un paradoxe descriptif, ou la beauté a disparu avec le début de la deuxième partie réflexive et visionnaire du poème.

    Le modèle ternaire du sixième vers rappelle la construction du premier vers. Les deux vers désignent une atmosphère sans beauté, sans joie, sans aucun son et dans un espace fermé, dont le «ciel couvert» est

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