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L’essentialisme à l’épreuve de l’existentialisme : une étude des interlocuteurs de Simone de Beauvoir dans le Deuxième Sexe

Mémoire : L’essentialisme à l’épreuve de l’existentialisme : une étude des interlocuteurs de Simone de Beauvoir dans le Deuxième Sexe. Recherche parmi 303 000+ dissertations

Par   •  11 Février 2026  •  Mémoire  •  5 218 Mots (21 Pages)  •  168 Vues

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Meunier Romane                                                                              Sorbonne université

M1 Histoire de la philosophie                                                                 Année 2022-2023

                                                                           

L’essentialisme à l’épreuve de l’existentialisme : une étude des interlocuteurs de Simone de Beauvoir dans le Deuxième Sexe

Mini-mémoire de validation du tronc commun – Raphaël Ehrsam

L’essentialisme à l’épreuve de l’existentialisme : une étude des interlocuteurs de Simone de Beauvoir dans le Deuxième Sexe

Si l’opposition à l’essentialisme représente l’axe majeur de la philosophie de Simone de Beauvoir, il est important de noter qu’il en existe différentes versions. En effet les philosophes qui estiment qu’il existe une essence donnée à la naissance de chaque être humain de manière immuable ne s’entendent pas tous sur la source de cette essence. Est-ce Dieu qui décide pour chaque être humain ce qu’il doit être, ou bien cette vocation se trouve-t-elle dans la nature ? Il semble alors que pour avancer la thèse selon laquelle l’essence de l’être humain n’est pas définie à la naissance mais succède de l’existence de chaque être, projet de De Beauvoir, il faille donc examiner chaque position essentialiste, ce en quoi elle tient et montrer que chaque position n’est pas tenable. Cependant il n’est pas toujours évident, à la lecture du Deuxième Sexe, de savoir envers quel aspect de l’essentialisme les arguments sont formulés. Quels peuvent donc être les interlocuteurs probables de Simone de Beauvoir dans le premier tome du Deuxième Sexe ? Une étude précise des passages où la philosophe discute des positions essentialistes nous permettra de distinguer les auteurs qu’elle remet en question.

Il conviendra alors de distinguer et d’expliquer en quoi tiennent les différentes conceptions essentialistes, dans la mesure où Simone de Beauvoir cherche à s’opposer à chacune d’elles. Cependant comment avoir la certitude que la philosophe discute bel et bien l’auteur auquel on pourrait penser qu’elle s’oppose à la lecture de son texte, lorsque les mentions ne sont pas explicites ? Le risque pourrait être de parvenir à une interprétation fallacieuse en accordant à un auteur la pensée d’un autre, ou bien de penser qu’elle remet en question un auteur en particulier alors qu’elle ne fait que remettre en question des pensées communément admises, et non pas théorisées par un auteur. C’est pourquoi le travail se centrera sur une analyse précise des auteurs que Simone de Beauvoir a étudiés et auxquels elle s’expose contradictoirement. Le problème sera de savoir si et comment De Beauvoir a eu accès à la pensée des auteurs en question, comment elle en est arrivée à les discuter et quels intérêts elle aurait à discuter un auteur plutôt qu’un autre. Il faudra déterminer et expliquer quel sens cela aurait, au vu du projet qui est le sien, de réfuter une pensée particulière. Dans cette perspective, nous nous appuierons sur les critères de Skinner pour établir une influence dans l’histoire de la philosophie[1]. Il nous rappelle en effet que la simple postérité d’un auteur à un autre ne suffit pas à montrer que le second reprend la pensée du premier. Notre approche sera quelque peu différente dans la mesure où nous ne cherchons pas uniquement à établir une influence mais plutôt une opposition, une discussion. Il nous faudra donc étudier en quoi la pensée d’un auteur entre en contradiction avec le projet que de Beauvoir s’est fixé.

Dans la mesure où son œuvre tend à montrer que la construction de la féminité tient dans le social, commencer par étudier comment Beauvoir la fait sortir du champ de la biologie dans la partie « Destin » nous parait primordial.

  1. Les données de la biologie : une ressource insuffisante dans la perspective essentialiste
  1. Une réfutation conjointe du finalisme et du mécanisme

L’entreprise Beauvoirienne de montrer que la nature et les différences physiques dont elle pourvoit les individus n’explique pas, ou du moins pas en totalité, les différences sociales entre les genres, remet donc en question une certaine approche des données biologiques. Il convient, et apparait nécessaire de se demander de quelle manière appréhender ces données dans une telle perspective. Il peut sembler que le finalisme, postulant l’existence d’un but prédéfini dans la nature, soit la principale cible lorsque l’on souhaite démontrer que les êtres humains ne réalisent pas une essence donnée. On pourrait penser que de Beauvoir remet en question certaines positions affirmatives basées sur la nature qui cherche à lui assigner un rôle. Elle prend en effet certaines précautions lorsqu’elle aborde certaines données scientifiques, ce qui peut laisser entendre qu’elle ne souhaite pas attribuer à une donnée biologique un but qui ne serait pas le sien, ou qui même n’existerait pas[2]. Cependant à d’autres passages elle semble accorder qu’il y ait dans la nature des sortes de causalités nécessaires. Cette posture ambivalente s’oppose donc à la fois à une vision finaliste de la nature, et à une position mécaniste, qui n’expliquerait les phénomènes naturels qu’en terme physique et en supprimant toute dimension intentionnelle. Quels peuvent donc être les interlocuteurs de Simone de Beauvoir quant à ces deux positions ?

Tout d’abord, relativement au finalisme, nous pouvons penser à Aristote qui dans sa Physique estime que la nature ne fait rien en vain, et laisse donc entendre que celle-ci donne un objectif ou une essence à chaque chose[3]. Cette théorie qui a une large portée dans la pensée philosophique a aussi eu des résonnances avec la médecine et la biologie antique qui postulaient que les différences sociales résultaient des différences physiques entre les êtres. Beauvoir dans son intention de montrer que l’oppression des femmes ne peut pas venir de leur différence physique, doit donc pour y parvenir, remettre en cause l’idée que les corps soient soumis à des lois naturelles qui déterminent leur devenir. Un autre auteur finaliste que nous pouvons lire comme un interlocuteur de Beauvoir dans la discussion sur les données biologique est Rousseau, qui estime que les femmes ont une nature différente de celle des hommes. Il exprime dans l’Emile, que celles-ci ne peuvent pas être éduquées de la même manière que les hommes et pour cette raison ne peuvent pas accéder à la vie politique. La vision de Rousseau diffère dans la mesure où elle semble d’abord partir d’un constat des inégalités sociales et cherche à les justifier par la biologie ; il n’en reste pas moins qu’il partage avec d’autres une vision finaliste puisqu’il voit dans la nature la source d’une essence que les êtres humains seraient tenus de réaliser. Il est pourtant vraisemblable que Beauvoir le discute à plusieurs moments dans Le deuxième sexe puisqu’elle veut montrer que les différences physiques ne peuvent pas déterminer l’existence des femmes, et donc ne peuvent pas légitimer leur exclusion, de la vie politique entre autres. Au regard de l’approche mécaniste, nous pourrions avoir des raisons de penser que Descartes en soit un auteur majeur, du fait notamment de son approche mécaniste des animaux[4], reléguant leur actions et affects à de simples interactions physiques, cependant cette approche ne s’applique pas aux êtres humains, il est donc peu probable que celui-ci soit un interlocuteur direct de Beauvoir, qui semble plutôt s’opposer à l’idée que les comportements soient un pur changement physique sans intentionnalité. La posture de Beauvoir voyant dans les phénomènes naturels une causalité mais non pas une règle universelle, a donc la particularité de remettre en question à la fois les deux postures vis-à-vis des données biologiques.

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