Le langage, spécificité humaine
Cours : Le langage, spécificité humaine. Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar KixenStew • 14 Avril 2026 • Cours • 2 350 Mots (10 Pages) • 5 Vues
Le langage
I) Une spécificité humaine ?
Commençons par quelques définitions
Le langage désigne la capacité qui permet à chacun d’entre nous de communiquer et d’interagir avec les autres hommes, et tandis qu’il désigne une capacité, la langue est un outil, elle n’est pas commune à toutes les personnes, mais seulement à un groupe, elle peut continuer à exister à l’écrit même si personne ne la parle, cf les langues mortes : grec ancien, latin. Toute langue constitue un système complexe réunissant un ensemble de mots = le lexique et un ensemble de règles de fonctionnement= grammaire, conjugaison…
Tout ce que nous mettons dans le langage pose la question de l'étendre aux animaux. On peut s’appuyer ici sur les expériences de Von Frisch sur des abeilles et sur ce qu’en dit le linguiste Benveniste.
Von Frisch, un éthologue autrichien mort en 1982, a reçu le prix Nobel de physiologie en 1973 pour ses études sur le comportement des abeilles
Si Von Frisch s’est intéressé aux abeilles, dans Vie et mœurs des abeilles, c’est parce qu’il se disait que, vu que ce sont des êtres qui vivent dans une société strictement hiérarchisée, il devait nécessairement y avoir des échanges d’informations. Von Frisch va placer au milieu d’une prairie une ruche en verre lui permettant d’observer les abeilles, il les numérote, puis il va disposer aux quatre coins de la prairie et à des distances variables des coupes d’eau sucrée. Qq abeilles sortent, découvrent les coupes et reviennent à la ruche. Von Frisch découvre que les exploratrices informent les autres de leurs découvertes en leur communiquant un message codé qui transmet 3 informations : - la direction de la source, - la distance, - la qualité de la nourriture. Quand une abeille butineuse découvre une bonne source de nourriture, elle revient à la ruche et exécute une danse codée. Il y a deux types de « danse » : 1. La danse en rond, Utilisée quand la source de nourriture est proche de la ruche (environ moins de 100 m). L’abeille tourne en cercle, alternativement à droite et à gauche. Elle indique simplement que la nourriture est à proximité, sans donner de direction précise. 2 La danse frétillante (ou danse en huit) Utilisée pour des sources plus éloignées. L’abeille trace un huit, avec une phase centrale appelée la course frétillante. Pendant cette course, elle remue l’abdomen.
Pouvons-nous parler de langage ?
Selon Benveniste, un linguiste contemporain, appliquée au monde animal, « la notion de langage animal n’a cours que par un abus de langage »
Pourquoi ?
- Premièrement, il s’agit d’un langage inné, héréditaire car toujours le même à l’intérieur de chaque race ; or ce qui nous caractérise relève non seulement du biologique mais du culturel, il y a par exple des expressions intraduisibles, voire incompréhensibles pour ceux qui ne partagent pas la même langue.
-De plus chez l’homme, le langage « est un instrument qui peut servir à toutes sortes de rencontres » Benveniste, pas chez les abeilles puisqu’il se réduit à la nourriture. Le langage des abeilles est donc limité au vital, aucune exploratrice ne peut revenir à la ruche en disant qu’elle refuse d’indiquer la nourriture.
-Et il est limité aux situations. Par exple, Von Frisch a placé au sommet d’un pylône de radiodiffusion une coupe d’eau sucrée tout près de la ruche. L’exploratrice la découvre, mais elle est incapable de communiquer l’info ; les abeilles butineuses partent dans tous les sens incapables de trouver la coupe juste au-dessus d’elles, il n’est pas prévu d’expression signifiant bas, haut, dans le langage des abeilles. « C’est qu’aucune fleur ne pousse dans les nuages » Benveniste.
-De plus il y a chez les abeilles un échange d’informations mais pas de dialogue, elles répondent à un message, non à une conduite, et il n’y a pas à proprement parler de réponse
- Par ailleurs, les éléments de ce langage sont stéréotypés tandis que chez nous, nous pouvons combiner les signes linguistiques d’une infinité de façon de sorte que notre langage ne se limite pas au concret et au vital, mais s’ouvre au symbolique et à l’abstrait, de plus nos mots peuvent prendre un sens différent selon le contexte.
-Enfin, l’animal s’exprime par des signaux, càd un système conventionnel véhiculant une information, et le signal débouche sur une action, non sur un dialogue. L’homme s’exprime aussi par des signes, mais aussi par symboles, il y a volonté de signifier et non un simple décodage mais aussi la possibilité de malentendus, de rapports de force, d’ironie… etc. : « L’homme est capable d’interpréter le signe dans sa fonction signifiante et non pas seulement de le percevoir dans sa fonction sensorielle, car le signe n’est pas naturellement lié à ce qu’il signifie. L’homme invente et comprend des signes, l’animal non » Benveniste
II) Le pouvoir du langage
« L’homme a toujours senti – et les poètes ont souvent chanté – le pouvoir fondateur du langage, qui instaure une réalité imaginaire, anime les choses inertes, fait voir ce qui n’est pas encore, ramène ici ce qui a disparu. C’est pourquoi tant de mythologies, ayant à expliquer qu’à l’aube des temps quelque chose ait pu naître de rien, ont posé comme principe créateur du monde cette essence immatérielle et souveraine, la Parole. Il n’est pas en effet de pouvoir plus haut, et tous les pouvoirs de l’homme, sans exception, qu’on veuille bien y songer, découlent de celui-là. » Benveniste, Cours de linguistique générale
Thème : D’après Benveniste le langage a des supers pouvoirs que l’homme n’ignore pas et encore moins le spécialiste qu’est le poète. Quels sont ces pouvoirs ?
- « instaure une réalité imaginaire », il fait advenir dans notre esprit un monde purement imaginaire dans celui qui l’écoute ou le lit, cf quand nous étions petits et qu’on nous racontait des histoires
- « anime les choses inertes », animer c’est donner une âme, c’est donc donner vie. Les livres qui ne sont que du papier et de l’encre deviennent des compagnons ; un discours peut être une psychagogie=, un art de conduire les âmes. Et écrire, c’est fondamentalement donner une trace à sa pensée, une forme d’existence durable, substantielle, éternelle, si bien que l’écriture est une parole permanente, toujours là, au fond de nos bibliothèques et c’est une parole qui n’est pas une expression solitaire, puisqu’elle permet de s’adresser à autrui, malgré la séparation du rédacteur et du lecteur.
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