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Émancipations créatrices

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Par   •  8 Janvier 2026  •  Commentaire de texte  •  1 820 Mots (8 Pages)  •  23 Vues

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Émancipations créatrices

LL « Sensation »

Français-1ère

 INTRODUCTION[pic 1]

En 1870, un adolescent de quinze ans quitte le foyer familial, animé par un profond désir d’émancipation. Sur sa route, jalonnée de découvertes — la liberté, l’errance, mais aussi l’amour —, il compose plusieurs poèmes qui marqueront l’histoire de la poésie et seront publiés plus tard dans le recueil posthume Les Cahiers de Douai. Ce jeune homme, c’est Arthur Rimbaud.

Parmi les vingt-deux poèmes de ce recueil figure Sensation, l’un de ses tout premiers textes.

LECTURE
Sensation est un poème bref, composé de deux quatrains en alexandrins à rimes croisées. Rimbaud y décrit le bonheur anticipé d’une promenade estivale, où le contact avec la nature se transforme en une expérience de liberté et d’harmonie.

PROBLÉMATIQUE
Nous nous demanderons de quelle manière « 
Sensation » exprime  le désir d’émancipation du jeune poète, à la fois corporel, spirituel et poétique.

MOUVEMENTS
Afin de répondre à cette question, Nous verrons tout d’abord comment Rimbaud, dans la première strophe, s’abandonne aux sensations pour échapper au monde, puis comment cette expérience devient une véritable renaissance poétique et spirituelle en seconde strophe.

        

DÉVELOPPEMENT

I        L’abandon corporel et sensoriel du poète dans la nature.

        A        Un cadre spatio-temporel en rupture avec les contraintes sociales

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Le poème « Sensation « commence en plaçant immédiatement un cadre spatio-temporel propice à l’évasion.

  1. Le cadre temporel propice à la liberté

Rimbaud choisit l’été et les « soirs », des moments où la société se relâche, où les règles s’estompent. L’été, saison des vacances et de l’oisiveté, est traditionnellement associée à la libération des corps (bains, promenades, veillées).

Les « soirs bleus », entre jour et nuit, symbolisent un entre-deux : ni tout à fait le monde diurne (celui des obligations), ni tout à fait la nuit (celui des interdits). Ce cadre temporel est une première émancipation : le poète s’affranchit du temps social pour entrer dans un temps poétique et personnel.

  1. Le cadre spatial favorable au vagabondage

De plus, le poète nous situe dans un cadre bucolique, à la campagne comme le suggère la pluralité du terme « sentiers ». Le pluriel « sentiers » est significatif : il évoque une multiplicité de chemins, en opposition aux routes tracées et contrôlées par la société. Rimbaud refuse la linéarité (symbole de conformisme) pour privilégier l’errance, forme de résistance. Ce choix spatial reflète son rejet de Charleville, ville étouffante, et son désir de s’affranchir des normes.

  1. Une atmosphère de légèreté

L’atmosphère apparaît légère. Les sonorités liquides telles que « les », « bleus », « les » et les assonances en (é) : « été », « sentiers » créent une musique apaisante, presque hypnotique.  Le rythme régulier de ce premier vers, en 3/3/3/3, suggère une marche libre, mais aussi une incantation. Rimbaud se libère par le langage comme le suggère sa présence au second hémistiche. Il semble prêt à se mettre en mouvement. Le futur simple du verbe aller souligne un acte de volonté : le poète décide de s’émanciper par la projection certaine de sa marche.  

        B        Une expérience sensorielle comme acte de révolte

                1        Le toucher, ou la reconquête du corps

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rimbaud souhaite vagabonder à travers la campagne : « blés », « herbe ». Il insiste sur le contact physique avec celle-ci : la sensation tactile est mise en avant avec « picoté » qui suggère un contact léger et presque délicat, tandis que « fouler », au second hémistiche, exprime une expérience plus dense et soutenue. La gradation entre ces deux verbes montre une progression : le poète passe d’un effleurement à une immersion totale, traduisant le plaisir du poète à s’unir pleinement à la nature.

L’adjectif épithète « menue » renforce l’idée de délicatesse et d’intimité avec ce paysage champêtre, soulignant l’harmonie et la proximité entre le poète et son environnement.

                2        L’abandon à la rêverie

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Le poète se laisse aller à la rêverie (« rêveur »), abandonnant tout contrôle pour se soumettre pleinement aux sensations offertes par la nature. Il est en état de réceptivité absolue.

Le nom « fraîcheur » appartient au champ lexical du toucher et traduit à la fois délicatesse et bien-être. L’assonance en [è] avec « rêveur », « fraicheur », « sentirai », prolonge la douceur perçue dans les vers précédents, renforçant l’atmosphère apaisante et libre.

        C        Vers une émancipation totale 

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

  1. Vivification

Ces sensations vivifient le poète : on passe des « pieds» à la « tête nue », rappelant le flux de la sève et le mouvement vital qui parcourt le corps. Cette progression ascendante constitue une image métonymique : chaque partie du corps symbolise la vitalité que le poète puise dans le paysage. La gradation traduit un renouvellement progressif, et le rythme fluide du vers accompagne le mouvement naturel de l’énergie vitale.

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