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Les Liaisons Dangereuses cas

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Par   •  20 Juin 2015  •  Commentaire de texte  •  10 792 Mots (44 Pages)  •  447 Vues

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Laclos : Les Liaisons Dangereuses

        Première Lettre

Cécile Volanges à Sophie Carnay, aux Ursulines de. . . . .

Tu vois, ma bonne amie, que je te tiens parole, & que les bonnets & les pompons ne prennent pas tout mon temps ; il m’en restera toujours pour toi. J’ai pourtant vu plus de parures dans cette seule journée que dans les quatre ans que nous avons passés ensemble, & je crois que la superbe Tanville[1] aura plus de chagrin à ma première visite, où je compte bien la demander, qu’elle n’a cru nous en faire toutes les fois qu’elle est venue nous voir dans son in fiocchi. Maman m’a consultée sur tout, & elle me traite beaucoup moins en pensionnaire que par le passé. J’ai une femme de chambre à moi ; j’ai une chambre & un cabinet dont je dispose, & je t’écris à un secrétaire très-joli, dont on m’a remis la clef, & où je peux renfermer tout ce que je veux. Maman m’a dit que je la verrais tous les jours à son lever ; qu’il suffisait que je fusse coiffée pour dîner, parce que nous serions toujours seules, & qu’alors elle me dirait chaque jour l’heure où je devrais l’aller joindre l’après-midi. Le reste du temps est à ma disposition, & j’ai ma harpe, mon dessin, & des livres comme au couvent ; si ce n’est que la mère Perpétue n’est pas là pour me gronder, & qu’il ne tiendrait qu’à moi d’être toujours sans rien faire : mais comme je n’ai pas ma Sophie pour causer ou pour rire, j’aime autant m’occuper.

Il n’est pas encore cinq heures ; je ne dois aller retrouver maman qu’à sept ; voilà bien du temps, si j’avais quelque chose à te dire ! Mais on ne m’a encore parlé de rien ; & sans les apprêts que je vois faire, & la quantité d’ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu’on ne songe pas à me marier, & que c’est un radotage de plus de la bonne Joséphine. Cependant maman m’a dit si souvent qu’une demoiselle devait rester au couvent jusqu’à ce qu’elle se mariât, que puisqu’elle m’en fait sortir, il faut bien que Joséphine ait raison.

Il vient d’arrêter un carrosse à la porte, & maman me fait dire de passer chez elle, tout de suite. Si c’était le monsieur ! Je ne suis pas habillée, la main me tremble & le cœur me bat. J’ai demandé à la femme de chambre si elle savait qui était chez ma mère : « Vraiment, m’a-t-elle dit, c’est M. Ch.***. » Et elle riait. Oh ! je crois que c’est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut pas se faire attendre. Adieu, jusqu’à un petit moment.

Comme tu vas te moquer de la pauvre Cécile ! Oh ! j’ai été bien honteuse ! Mais tu y aurais été attrapée comme moi. En entrant chez maman, j’ai vu un monsieur en noir, debout auprès d’elle. Je l’ai salué du mieux que j’ai pu, & je suis restée sans pouvoir bouger de ma place. Tu juges combien je l’examinais ! « Madame, a-t-il dit à ma mère, en me saluant, voilà une charmante demoiselle, & je sens mieux que jamais le prix de vos bontés. » À ce propos si positif, il m’a pris un tremblement, tel que je ne pouvais me soutenir ; j’ai trouvé un fauteuil, & je m’y suis assise, bien rouge & bien déconcertée. J’y étais à peine, que voilà cet homme à mes genoux. Ta pauvre Cécile alors a perdu la tête ; j’étais, comme a dit maman, tout effarouchée. Je me suis levée en jetant un cri perçant ; . . . tiens, comme ce jour du tonnerre. Maman est partie d’un éclat de rire, en me disant : « Eh bien ! qu’avez-vous ? Asseyez-vous, & donnez votre pied à monsieur. » En effet, ma chère amie, le monsieur était un cordonnier. Je ne peux te rendre combien j’ai été honteuse : par bonheur il n’y avait que maman. Je crois que, quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce cordonnier-là.

Conviens que nous voilà bien savantes ! Adieu. Il est près de six heures, ma femme de chambre dit qu’il faut que je m’habille. Adieu, ma chère Sophie ; je t’aime comme si j’étais encore au couvent.

P.S : Je ne sais par qui envoyer ma lettre : ainsi j’attendrai que Joséphine vienne.

Paris, ce 3 août 17…

Commentaire Analytique :

Dans ce texte, nous pouvons trouver des récurrences dans le champ lexical de l’enfance utilisé par Cécile Volanges. En effet à plusieurs reprises nous pouvons trouver : maman et couvent ainsi que des termes plus puéril comme : gronder, causer et rire.  Ces termes indiquent que la jeune fille n’est pas sortie de l’enfance alors qu’elle va être jetée dans les bras d’un baron qu’elle est sensée épousée. Cécile reste une jeune fille mais celle-ci n’hésite pas a montrer ses émotions a son amie « tremble » « le cœur m’en bat » etc. Elle ne se retient pas et ne fait pas attention, elle montre ainsi une confiance presque aveugle a Sophie.

La lettre de Cécile n’est pas non plus structurée correctement. Elle s’arrête en plein milieu d’un argument lorsqu’elle a une nouvelle idée. Elle écrit au fur et à mesure des événements et elle ne les analyses pas, ne les modifient pas. Elle reste encore une fois une jeune fille inconsciente qui ne réfléchi pas aux portées de sa lettre sur son image et sur sa vie privée.

De plus elle utilise des constructions comme « elle m’a dit » « « me fait dire » etc qui prouves que la jeune fille n’est pas maître de sa vie mais qu’elle en suit les ordres donnés. Elle obéit et ne parle pas ne conteste pas.

La jeune Cécile Volange a néanmoins assimilé ce qu’on attendait d’elle. Autrement dit que son rôle est jusqu’au mariage d’obéir aux ordres de sa mère puis à ceux de son mari.

Elle ne semble pas faire partie de sa propre vie car en effet elle ne sait rien de l’homme qu’elle est sensée épousé dans les mois qui suivent « on ne m’a encore parlé de rien ».

La description de sa vie passée et notamment au couvent montre qu’elle est très naïve. Entourée depuis sa plus grande jeunesse de femmes et notamment de sa mère elle ne connaît en la vie que ce qu’on a bien voulu lui dire. Autant dire pas peu de choses.

Cécile finit par se ridiculiser devant le cordonnier qu’elle prend pour son « promis ».
Elle continue d’avoir des quiproquos verbaux ou gestuels avec l’homme qui ne fait que respecter la politesse.
Nous pouvons cependant voir une certaine part de lucidité dans les dires de la jeune Cécile « ta pauvre Cécile » elle est consciente du ridicule auquel est fait face.
Cécile possède aussi une inclination au vice car elle confie a Sophie qu’elle à trouvé un moyen de cacher certaines choses à sa mère, comme sa correspondance avec Danceny dans le tiroir de son bureau.

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