Introduction à la sociologie du développement
Fiche : Introduction à la sociologie du développement. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar lomie_henintsoa • 22 Novembre 2025 • Fiche • 3 929 Mots (16 Pages) • 12 Vues
SOCIOLOGIE du DÉVELOPPEMENT
Introduction : Qu’est-ce-que la sociologie du développement ? Spécificités et apports d’un regard sociologique sur le développement
Définir les termes :
- Sociologie = discipline et outil critique qui analyse les rapports sociaux, les actions, les inégalités, les discours et les rapports de pouvoir
- Développement = notion qui renvoie à des contextes historique et géographique, porteuse de croyances, d’imaginaires et de rapports de force à tous les niveaux : économique, politique, social.
C’est un mot porteur d’histoire et de politique : le concept émerge après la 2GM et est dominé par la langue anglaise, et un mot saturé d’acronymes ( ex : ODD, FMI…).
- La sociologie permet ainsi de mettre en perspective les discours du développement et de déconstruire les évidences.
- La sociologie du dev n’est pas une sous-discipline institutionnalisée partout ( sauf à IEDES ; IRD = laboratoire indépendant)
Définition socio-anthropologique (Olivier de Sardan, 1995) :
“Le développement n’est pas quelque chose dont il faudrait chercher la réalité (ou l’absence) chez les populations concernées, contrairement à l’acception usuelle. Tout au contraire, il y a du développement du seul fait qu’il y a des acteurs et des institutions qui se donnent le développement comme objet ou comme but et y consacrent du temps, de l’argent, et de la compétence professionnelle. C’est la présence d’une « configuration développementaliste » qui définit l’existence même du développement”.
- pas d’existence intrinsèque du dev et il est le produit d’une configuration
développementaliste
Ainsi :
- Le développement est un objet construit
- Porté par des représentations sociales et des idéaux
- Ce sont les objectifs, et l’imaginaire qui le fait exister
Les mots du développement : des OMD (2000-2015) aux ODD (2015-2030)
Les Objectifs de Développement Durable (ODD), également appelés « Objectifs Mondiaux » ou Agenda 2030, ont remplacé en 2015 les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement – MDGs).
- OMD : 8 objectifs avec des cibles et indicateurs quantitatifs
- ODD : 17 objectifs à vocation universelle à atteindre d’ici 2030 et s’appuient sur les 5P : Peuple, Planète, Prospérité, Paix et Partenariats => servent donc de référence centrale pour les programmes, même si difficilement réalisables dans le temps imparti (15 ans - horizon 2030).
Cette idée d’objectif s’inscrit dans une perspective managériale, d’entreprise :
- standardisation des objectifs = production de normes + stigmatisation car la production de normes crée une idée de :
- pays “en retard” / “à rattraper”
- des comportements “corrects” et “incorrects”
- une hiérarchie implicite entre populations
Atteindre ou non les objectifs = critère de classement, donc de jugement et fait apparaître une norme de déviance ( par rapport aux normes imposées).
Dans OMD et ODD, chaque objectif = un indicateur pour mesurer le “niveau de développement” et les progrès à intervalle réguliers, et ont aussi pour vocation de fédérer les décideurs + rassembler + créer de la synergie autour d’idéaux communs + justifier les politiques déployées pour “le bien-être des populations”.
Le développement durable (Rapport Brundtland, 1977) : modèle de développement qui doit répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Le DD repose sur un triptyque (éco , social, environnemental) mais sont souvent en contradiction. DD aussi intégré à la RSE (Responsabilité sociale des entreprises)
- DD = amélioration des performances (éco, soc , env.) + revendication de durée et stabilité
Ainsi, 2 postures par rapport aux ODD:
- soit on accepte la norme = pas de remise en cause
- soit on les analyse/déconstruit = sociologie des institutions qui produisent ces normes à travers des questions : qui les élabore ? dans quels rapports de force?
Selon Bourdieu:
- le dév = un champ de normes, de hiérarchie
- les institutions se présentent comme apolitiques et neutres mais ne le sont jamais totalement car elles participent à des rapports de pouvoir
- Le rôle des courtiers du dev :
- acteurs locaux qui font le lien/intermédiaires entres ONG et populations locales
- ils s’approprient le vocabulaire du dev + transforment les discours + influencent les politiques publiques
- Les mots changent, les normes changent et les politiques changent (renvoie à la stigmatisation)
- La configuration développementaliste = un univers composé de :
- experts
- bureaucrates
- responsables d’ONG
- techniciens
- chefs de projets
- agents de terrain
- Tout ce personnel vit du développement des populations
- Le dev = système d’imbrication entre des acteurs qui détiennent un pouvoir symbolique et financier différent.
Les chiffres : développement et inégalités
- Sociologie du développement = sociologie des inégalités
Illustration : Rapport sur les inégalités mondiales 2022 (WIR – World Inequality Report, coordonné par Thomas Piketty, Lucas Chancel, Emmanuel Saez, Gabriel Zucman).
- montre que les inégalités de revenus et de patrimoine sont aujourd’hui aussi fortes qu’au 19ème siècle
Des données longtemps incomplètes
Pendant des décennies, les données sur les inégalités étaient manquantes ou peu précises.
- Les chiffres produits par les institutions (BIT, FMI ou BM) reposaient essentiellement sur des conventions floues et ne montraient pas réellement qui bénéficie des politiques/programmes de développement.
- Les chiffres ne montrent pas la répartition de la croissance économique à l’intérieur des pays ( “Les chiffres de la croissance ne nous disent pas comment cette croissance est répartie au sein de la pop, or ce type de données est essentiel)
- Le rapport de 2022, WIR, a permis de produire des données plus fiables et comparables pour poser une base de réflexion.
Des inégalités extrêmes et persistantes
En 2021 :
- 10 % des plus riches représente 52% du revenu mondial
- 50% les plus pauvres => 8,5% du revenu M
- En patrimoine => 10 % des plus riches → 76 % de la richesse mondiale, contre 2 % pour la moitié la plus pauvre.
=> Les inégalités de patrimoine sont donc plus fortes que celles de revenu, avec des écarts qui se creusent depuis les années 1980, avec la dérégulation financière et la mondialisation néolibérale.
Des tendances géographiques contrastées
- Europe = région la + égalitaire => 10% des plus riches captent 36% du Revenu National
- Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN/MENA) : + inégalitaires car 58% du RN sont captés par les 10% les + riches
- AL => très inégalitaire avec 55% et puis Afrique sub.
=> Le revenu moyen d’un pays n’est donc pas un bon indicateur d'inégalités car certains pays “riches” comme les US sont très inégalitaires, alors que certains pays à revenu moyens sont + égalitaires.
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