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La question de l'Autel de la Victoire au IVème siècle

Dissertation : La question de l'Autel de la Victoire au IVème siècle. Recherche parmi 265 000+ dissertations

Par   •  11 Avril 2016  •  Dissertation  •  2 360 Mots (10 Pages)  •  1 741 Vues

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DOSSIER  DE PATRISTIQUE

1-Qu’en est-il de la question de l’Autel de la victoire ?

          a-Après la victoire d’Actium, Auguste fait établir à l’intérieur de la curia, la salle de réunion des sénateurs, un autel et une statue en l’honneur de victoria, protectrice de l’empereur. Avant chaque séance, les sénateurs y jetaient des encens. Chaque année, ils formulaient des vœux de bénédiction pour l’Etat et l’Empereur.

      Le christianisme triomphant occasionne le retrait de cet autel de la curia sénatoriale. En 378 Gratien le fait déplacer. Après la mort de Gratien en  383, à une période de crise de l’Empire Romain,  Symmaque est nommé préfet de Rome en 384 par Justine, régente de l’empire occidental Son fils valentinien II, n’était encore que bien  jeune. La nostalgie paienne semble plus grandissante. L’occasion est favorable pour Symmaque d’adresser un rapport officiel (relation) à Valentinien II, dans lequel il revendiquait la liberté religieuse avec le rétablissement et le maintien des privilèges de la religion traditionnelle, avec comme action de haute portée devant être accomplie : le rétablissement de l’autel de la victoire au sénat. C’est une liberté qui devra s’inspirer de l’édit de Constantin et de Licinius (313), autorisant la pratique chrétienne à côté de la religion polythéiste de l’empire. L’argument clé de Symmaque est le suivant : la foi à la tradition des pères est garante de la stabilité du règne impérial. Laquelle devant reposer sur le respect et le culte voué aux divinités selon la liberté religieuse. Car dit-il : « Nous demandons donc la paix pour les dieux de nos pères, pour nos dieux nationaux. Ce que tous adorent, il est juste de le concevoir comme une seule et même réalité. Ce sont les mêmes astres que nous contemplons, le ciel nous est commun : le même univers nous enveloppe : qu'importe par quelle sagesse chacun cherche la vérité. Il ne peut se faire qu'on parvienne à un si grand mystère par un chemin unique. » (Léonard 2002 . Ce que revendiquait dans le fond Symmaque, c’est que l’empereur fasse preuve de dissimulatio, c’est-à-dire qu’il ferme les yeux sur les romains qui pratiquent les religions traditionnelles comme ce fut le cas pour les chrétiens à l’époque de la tolérance religieuse constantinienne.

Le sénat bien représenté de partisans de Symmaque approuva son rapport qui rencontra la désapprobation de Valentinien grâce à la force d’influence d’Ambroise de milan.

b-   Il est important de souligner d’entrée de jeu une forme d’anachronisme religieux caractéristique de la résistance païenne dont Symmaque est le champion. Au moment où il intervient pour une liberté religieuse, l’empire romain se trouve depuis fort longtemps établi dans une identité religieuse nouvelle : le Christianisme est la religion de l’Etat et donc de l’Empire. La situation de crise qu’il connait ne peut donner droit à un retour lointain à des pratiques ancestrales qui furent abrogées par Constantin. Mais à mesure de la neutralité absolue ou relative des empereurs qui ont suivi, par rapport aux controverses religieuses de la fin du IVème siècle, la présence ou le retrait de l’autel de la victoire, fut un symbole de types particuliers de séparation entre le domaine religieux et politique. La figure de Proue est celle de l’Evêque de Milan, c’est-à-dire, Ambroise de Milan défendant la vérité religieuse contre la liberté religieuse voulue par Symmaque. Ses oppositions tranchées ne manquent pas de mettre en évidence des formes de politiques religieuses tout autant ambigües que paradoxales. Même si ces empereurs sont des chrétiens dont la foi reste attachée à l’orthodoxie de l’Eglise, il n’est pas exclu de voir prospérer sous diverses formes le paganisme. La tolérance politique dont ce paganisme  jouissait consacrait son statut de religion officielle avec une égalité de droits par rapport  autres. Même s’il faut reconnaître à ces empereurs comme valentinien I et II une tolérance que revendique Symmaque, dans certaines situations, ils ont été amenés à marquer leur antipathie radicale contre le paganisme (Valentinien II, contre l’Autel de la Victoire, expression de mépris à une cérémonie païenne, par Valentinien). Tout indique une forme de neutralité relative qui cherche à faire en sorte que la tolérance dans le domaine religieux  assure la stabilité sociale et politique de l’empire. Il faut lire dans cette politique religieuse qui établit le droit de conscience et de tolérance, le pouvoir absolu de l’empereur qui était aussi bien militaire, politique et religieux. Il avait droit de regard et de décision souveraine sur les questions religieuses.  Le titre de grand pontife du sacerdoce païen,  lui était attribué pour signifier son pouvoir religieux. La religion doit servir la cause  de l’état et de sa pérennité.  C’est pour cela que l’autel de la victoire au sénat restait aussi un symbole politique, d’autant que c’est bien devant cet édifice que les sénateurs prêtaient serment à l’empereur, avant chaque séance. On peut comprendre la revendication à la liberté religieuse de Symmaque, comme une vision politique de la religion qui sous des apparences d’œcuménisme agnostique, est en fait une volonté d’officialisation de la religion païenne romaine dans la vie politique romaine. (Cf  Savon, 1997)

  A l’opposition de cette logique, on trouve Ambroise, Théodose, et gratien dont les postures contre le paganisme se comprend comme une intransigeance religieuse. Pour Ambroise, si l’empereur ou les sénateurs  relèvent du domaine politique, il n’en demeure pas moins vrai qu’en vertu de leur foi chrétienne, ils relèvent de la sollicitude du pasteur de la religion à laquelle ils appartiennent. C’est donc  fondamentalement fort de ce statut qu’il invite Valentinien II à s’opposer à toute forme de dissimulatio et à prendre position au nom de la vérité de la foi chrétienne qui chasse toute ignorance et tout obscurantisme doctrinal entretenus par Symmaque et ses pairs, et qui affirme l’unité de la révélation.  Une nouvelle politique religieuse voit le jour qui, avec Ambroise, renvoie à l’Eglise et à l’Etat les affaires de leur domaine respectif, mais ne nie pas le rôle moral de l’évêque dans l’empire devenu chrétien. Cette vision politique fut celle de Gratien et de Théodose. Théodose en orient et gratien en occident de l’empire consacrent la foi catholique comme la religion officielle et obligatoire de l’Etat (édit de Thessalonique de 380). Gratien refuse par conscience chrétienne le titre de Maximus Pontifex qui trouvera dans le sacerdoce du Christ un sens nouveau que revêtira l’évêque de Rome. C’est sous son ordre que La statue de la victoire est retirée du sénat. Théodose quant à lui fera fermer les temples païens dans tout l’orient.

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