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L'attachement, Source D'autonomie

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Par   •  10 Décembre 2012  •  2 676 Mots (11 Pages)  •  633 Vues

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Loin de constituer un obstacle à l'autonomie, l'attachement de l'enfant à ses parents et à ses proches en est au contraire la condition. Cette base sécurisante joue un grand rôle dans le devenir de l'enfant qui apprend ainsi à partager ses émotions.

Fondamentalement, nous sommes des êtres sociaux et se lier, s'attacher aux autres paraît faire partie de notre nature. Mais ces liens ne retiennent-ils pas l'individu, l'empêchant de s'ouvrir au monde et d'affirmer son individualité ? La théorie de l'attachement va illustrer, au travers d'une approche à la fois clinique et scientifique, cette subtilité de nos comportements qui va permettre à l'individu d'utiliser les autres pour prendre son propre envol, s'aider du connu pour s'ouvrir à l'inconnu, s'appuyer sur le passé pour embrasser l'avenir.

On peut situer en 1958 l'acte de naissance de la théorie de l'attachement. Cette année en effet paraissaient deux articles (1) qui ont fortement influencé la psychologie du développement et nos connaissances sur les relations dans la famille : « The Nature of Love » du psychologue américain Harry F. Harlow (relatant l'observation de singes en situation de privation sociale), et « The Nature of the Child's Tie to his Mother » du psychanalyste anglais John Bowlby (1907-1990).

On peut parler d'une convergence historique puisque ces deux articles sont l'oeuvre d'auteurs travaillant dans des domaines résolument différents, mais dont les conclusions se rejoignent : la proximité physique du parent correspond à un besoin inné, primaire du jeune et elle est essentielle à son développement mental et à l'éclosion de sa sociabilité. J. Bowlby va alors opérer la jonction entre ces deux disciplines, qui avaient tout pour s'ignorer - la psychanalyse et l'éthologie -, et celle-ci va se révéler d'une fécondité peu ordinaire.

Fasciné à la fois par Charles Darwin et par les travaux de l'éthologue et prix Nobel Konrad Lorenz, J. Bowlby (2) suggère que l'attachement aux parents sert deux fonctions adaptatives : protection et socialisation. Ainsi, s'il a pu faire l'expérience d'une certaine sécurité dans la relation avec ses parents (comme la certitude que la relation va persister au-delà de la séparation), l'enfant se sentira plus libre de partir découvrir le monde physique et social, explorer et établir de nouvelles relations. Mary Ainsworth (1913-1999), psychologue américaine et élève de J. Bowlby, a décrit le fonctionnement de cette « base de sécurité » fournie par les parents à l'aide d'une situation d'observation : la « situation étrange ».

Différents styles d'attachement

Ce dispositif se déroule en laboratoire et consiste en une série de séparations et de retrouvailles entre un enfant (âgé de 1 an environ) et l'un de ses parents. L'observateur peut ainsi se rendre compte de la façon dont les comportements d'attachement sont « activés », grâce à de brèves séparations du parent et par la présence d'une personne non familière dans la pièce d'observation. On peut s'attendre à ce que l'activation des comportements d'attachement amène l'enfant à chercher la proximité physique ou une autre forme de contact avec le parent puis, une fois réconforté par la présence de celui-ci, qu'il retourne explorer la pièce et les jouets qui y ont été disposés.

Ce style d'attachement « sécurisé » s'observe normalement dans environ deux tiers des cas. Toutefois, dès sa première étude, réalisée dans les années 60 à Baltimore, M. Ainsworth (3) a très finement décelé et décrit l'existence de styles d'attachement « anxieux », qui refléteraient la difficulté de l'enfant à utiliser le parent comme une « base sécurisante », soit que ce petit manifeste une sorte d'indépendance précoce, qui mettrait en réalité en évidence une difficulté à utiliser le parent comme source de réconfort (on parle d'un attachement « anxieux-évitant »), soit qu'il montre une forte ambivalence, par exemple en s'accrochant au parent pour s'en défaire immédiatement, dans un mouvement de colère (attachement « anxieux-résistant »).

Lorsque ce type d'observation est réalisé avec le père, on trouve les mêmes catégories de comportements, et dans des proportions proches de ce que l'on observe avec la mère. Toutefois, si l'on compare chez les mêmes enfants, leur type d'attachement au père et celui à la mère, on ne trouve pratiquement pas de correspondance entre ceux-ci. Mary Main, psychologue à Berkeley, a aussi relevé avec ses collègues (4) dans les années 80 que dans la situation étrange certains enfants montrent une brève désorientation, parfois évidente mais aussi parfois assez discrète : ils laissent nettement transparaître des indices de stress, voire des signes de peur de la figure d'attachement. M. Main et ses confrères ont alors proposé une quatrième catégorie d'attachement, désignée comme « désorganisée ou désorientée », qui souvent n'apparaît qu'avec un seul des deux parents, et qui concernerait environ 15 % des cas.

Ce type de comportement apparaîtrait lorsque l'enfant perçoit des signes de menace, d'insécurité ou de peur chez son parent ; ses stratégies visant à obtenir un réconfort auprès de celui-ci sont alors condamnées à l'échec.

Un grand nombre d'études réalisées par les élèves de M. Ainsworth montrent que la qualité des premiers attachements influence les relations que l'enfant va établir ultérieurement avec d'autres personnes, comme par exemple ses maîtres ou ses camarades d'école. Au cours de ses premières expériences sociales, l'enfant se construirait en effet une sorte de modèle de ce que l'on peut attendre des autres, modèle qui sera réutilisé lors des échanges avec de nouveaux partenaires.

Implications sur le devenir de l'enfant

La première étude sur cette question est celle dite du Minnesota, menée par Byron Egeland et Alan Sroufe (5) en 1974. Quarante enfants provenant d'une population défavorisée avaient été observés avec leur mère dans la situation étrange à l'âge de 12 mois ; ils avaient ensuite été suivis jusqu'à l'âge de 5 ans par une vingtaine d'observateurs dans une école maternelle mise sur pied pour la circonstance. Ceux des enfants qui avaient bénéficié avec leur mère d'un

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