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Le travail qui fait la peine de l'homme ne fait-il pas aussi sa fierté?

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Par   •  23 Septembre 2012  •  Dissertation  •  9 940 Mots (40 Pages)  •  941 Vues

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Introduction

1) Mise en situation

«Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front !». Ainsi, dans la Genèse, Dieu annonce t’il à Adam sa nouvelle destinée hors du paradis. Le paradis : terre d’abondance où, dans l’innocence, tous les besoins sont comblés avant même de pouvoir s’exprimer. Le paradis : image de la parfaite cohérence, de l’adéquation totale du désir et du monde. Parce qu’il a goûté à l’arbre de la connaissance qui le sépare à jamais de l’animalité, de cette heureuse adéquation de soi à la nature – parce que maintenant l’homme se connaît, qu’il n’est plus un avec la nature et sa propre nature - parce que l’homme a perdu l’innocence de l’animal, Dieu le punit. Et cette punition, qui scelle la naissance mythique de l’humain, s’exprime par la condamnation de l’homme au travail : contrairement à l’animal qui jouit immédiatement des fruits de la nature, toi, homme, «tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ! ». Ainsi le travail apparaît-il comme une malédiction inhérente à la nature de l’homme. Nous, hommes, serions, en vertu de notre essence, condamnés au travail – à la dure nécessité de produire et de reproduire par nous-mêmes nos conditions d’existence. Aussi comprenons-nous la sourde plainte qui du fond des âges monte et espère en une fin des temps, temps de la séparation, temps de l’effort et de la souffrance, temps de la servitude, temps du travail.

 Mais une telle sortie du règne de la nature, n’est-elle que chute et perte? Le travail qui fait la peine de l’homme ne fait-il pas aussi sa fierté? Ne s’enorgueillit-il pas de cette différence qui le distingue de toutes les créatures de la Terre, de ce caractère propre qui semble le condamner à une vie conquérante? « Nombreuses sont les merveilles, s’écrie ainsi Sophocle, mais de toutes, la plus grande merveille, c'est l'homme. À travers la mer blanchissante, poussé par le vent du sud, il s'avance et passe sous les vagues gonflées qui mugissent autour de lui. La divinité supérieure à toutes les autres, la Terre immortelle et inépuisable, il la fatigue avec les charrues qui, d'année en année vont et reviennent, quand il la retourne avec des bêtes de race chevaline » (Sophocle, Antigone). De synonyme de chute et de malédiction, le travail prend ici les couleurs de la conquête libératrice et créatrice.

2) Problématisation

Or de tels jugements contradictoires concernant le travail se retrouvent en nos opinions communes. Tantôt – dans le jugement du cadre, de l’employé, de l’ouvrier ou de l’écolier harassés- il apparaît comme une contrainte s’opposant à une liberté que nous posons au-delà de lui, dans les loisirs, le jeu, les vacances. Tantôt – dans le jugement de l’éducateur, de l’artisan qui aime son travail, de l’artiste qui peine sur ses notes ou sur sa pâte colorée- il apparaît comme un moyen de « réalisation », l’exercice même d’une liberté dont nous concevons bien qu’en dehors d’une cette confrontation formatrice à la résistance d’une matière elle ne saurait avoir d’effectivité. « Le travail est-il, donc, en soi, une servitude »pour l’homme ou bien peut-il être conçu, et à quelles conditions, comme l’instrument de sa liberté? On conçoit qu’à répondre à une telle question, les enjeux ne sont pas minces, engageant le choix même de la vie de chacun (Métier ou non - et quel métier? Quelle part de loisir - et quel loisir? Travail ou non – tout travail n’étant pas un métier – et quel travail?) ainsi que les options politiques qui guident nos actions collectives (Quelle société - et avec quel travail – devons-nous vouloir?). Quelle est donc la nature du travail pour apparaître sous le visage d’une telle dualité? 

3) Présentation du plan

Si le travail apparaît contradictoire avec l’idée de liberté (première partie), n’est-ce pas parce que nous nous faisons une fausse idée de cette dernière? Ne la confondons-nous pas avec la spontanéité de la nature (tout, tout de suite, immédiatement), oubliant que sans travail il ne saurait y avoir de liberté, le travail étant le mode même du processus de notre humanisation - c'est-à-dire de notre distanciation vis-à-vis de la nature (seconde partie). Comment alors comprendre, à partir de la mise en lumière d’une telle essence du travail, les figures concrètes que ce dernier revêt à partir desquelles il peut légitimement apparaître sous le visage de la servitude (troisième partie)?

 

 

I) Le travail comme servitude

 

Un état de servitude est un état de soumission forcée à une force extérieure. Ainsi l’esclave est-il soumis par la force du maître, étant forcé de travailler pour ce dernier, sous le risque de perdre sa vie. A quoi s’oppose l’état de celui qui n’est nullement contraint. Un tel état définit, en un premier sens, la liberté négativement – ne pas être contraint. Positivement, la liberté apparaît, à son tour, selon l’acception commune, comme «faire ce que je veux ». On conçoit ainsi que toute contrainte, tout ce qui s’impose à moi sans que je l’ai voulu et choisi soit un obstacle à ma liberté. Or le travail n’est-il pas un tel obstacle?

 

1) La liberté comme spontanéité et le travail comme contrainte

 Si être libre c’est, en un premier sens, « faire ce que je veux », la liberté est à comprendre comme l’immédiate réalisation de mes désirs. C’est ainsi que la représentation d’un soleil, de cocotiers, de femmes à foison (ou d’hommes, peu importe) et d’une belle voiture peuvent m’apparaître comme les images mêmes de la liberté – ainsi qu’ils se présentent dans les téléfilms et les publicités. Là, comme en mes rêves la nuit, nulle étrangeté, nulle résistance d’une quelconque extériorité vis-à-vis de l’ordre de mes désirs ne viendrait s’immiscer. Nos désirs s’épancheraient de façon spontanée, se réalisant dans le moment même de leur apparition. Une telle conception de la liberté – dont on retrouve l’image dans l’idée de paradis (voir introduction) - est celle d’une spontanéité naturelle de mon être (qui se déploie de soi-même, immédiatement et sans contrôle) qui dans l’adéquation totale du monde à ses désirs, jouit de sa propre unité. L’idéal d’une telle liberté c’est «tout, tout de suite, immédiatement» - soit l’absorption de la réalité du monde

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