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Dissertation Avoir Bonne Conscience Est-Ce Un Signe Suffisant De Moralité?

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Par   •  18 Avril 2012  •  4 624 Mots (19 Pages)  •  3 562 Vues

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La conscience morale est une voix qui parle en nous et qui nous permet, en notre for intérieur, de distinguer le bien du mal, d’en fournir des normes, de mesurer la valeur des actions, de juger de notre conduite et de celle des autres. Rousseau a pensé avec acuité le statut de la conscience morale. Il la définit comme un juge qui ne peut être trompé par les préjugés, qui demeure le même, inflexible, quelles que soient les vicissitudes de la vie. C’est un juge auquel on peut donc toujours se rapporter avec assurance. Rousseau précise que la conscience morale ne peut être le privilège de certains hommes tandis que les autres seraient comme portés par nature à l’immoralité, soumis irrémédiablement au vice. La voix morale qui est purement intérieure, privée, n’en demeure pas moins commune et la même pour tous les hommes. Elle est universelle. Les différences de moralité entre les hommes ne dépendent que de leur décision d’écouter ou non cette voix, de lui porter ou non attention. La conscience morale est un instinct qui, cela est très important, ne nous conduit pas aveuglément mais est au contraire le signe de notre liberté. Elle n’est donc aucunement l’œuvre de la raison et de ses idées qui pour Rousseau viennent des choses extérieures mais du sentiment qui est « au-dedans de nous ». Kant poursuit les réflexions de Rousseau, auxquelles il a porté un grand intérêt, mais s’en sépare radicalement. En effet, si pour Rousseau la conscience morale est sentiment, pour Kant elle est une expression de la raison pratique. Certes elle se manifeste par un sentiment qui est le respect. Mais ce sentiment est tout à fait différent de ceux qui font naître le désir car, tout au contraire, il dévoile la soumission de l’homme à la loi morale, soumission qui est aussi sa liberté car elle témoigne de l’exercice parfait de la raison pratique. Notons de plus que l’homme étant pour Kant un être fini, car il ne crée pas lui-même les choses extérieures qui l’affectent, il pourrait à tout moment être détourné de la loi morale par ses inclinations. C’est pourquoi cette loi doit se présenter à lui comme une exigence, comme un impératif catégorique. La loi morale a pour Kant une valeur absolue c’est-à-dire que, à l’instar de Rousseau, il conçoit la conscience morale comme universelle, indépendante des variations des conditions de vie, du développement culturel, etc. Donc dans un premier temps nous verrons la penser contre la subjectivation, en suite nous verrons la conscience d´objet, la conscience de soi, et la conscience morale et enfin nous verrons la morale entre conscience et communication.

1 - « Penser contre la subjectivation » ?

Dans sa Lettre sur l´humanisme, Heidegger a revendiqué hautement, pour lui-même, le projet de penser « contre l´humanisme » , entendu comme la conception qui fait de l´humanité comprise en termes de subjectivité la valeur suprême : pour autant, il ne s´agit certes pas d´entreprendre une quelconque « défense de l´inhumain » , mais bien plutôt, « contre la subjectivation qui fait de l´étant un pur objet » , de penser autrement l´essence de l´homme. La manière dont Heidegger a cru devoir désigner en termes d´« existence », entendue elle-même dans un sens très particulier, la façon que l´homme a d´« être au monde » relève d´une autre leçon. Pour la présente réflexion, il importe surtout de comprendre selon quelle logique cette figure du sujet, où la modernité avait concentré ce qu´elle valorisait le plus en l´homme, a pu se trouver radicalement remise en cause, non seulement par Heidegger, mais chez de nombreux représentants de la philosophie contemporaine qui ont pu appeler, comme Jacques Derrida, à une « relève de l´humanisme » : non pas, là encore, pour refuser toute appréhension de la dignité de l´homme, mais en vue de suggérer, comme l´écrivait encore Heidegger, qu´en se représentant l´homme comme sujet « l´humanisme ne situe pas assez haut l´humanitas de l´homme ».

Pourquoi une telle défiance contre la subjectivité ? L´indication de Heidegger s´élevant « contre la subjectivation qui fait de l´étant un pur objet » fournit un élément de réponse : réduit à n´être plus qu´un objet pour le sujet qui le « manipule », notamment sous la forme de la technique, le réel tend à ne plus être qu´un « stock » disponible pour l´« usure » que lui inflige la volonté humaine d´acquérir sur le monde la plus grande force possible par la maîtrise de toutes les énergies naturelles, y compris celles de destruction. Pourvu que l´on se soit effectivement convaincu que le « fonctionnaire de la technique » est la figure ultime de l´homme affirmant sa subjectivité, la multiplication des catastrophes écologiques qui a caractérisé la fin du xxe siècle dispense ici d´expliquer longuement à partir de quels arguments on pourrait aujourd´hui plaider en faveur de l´application à l´idée de sujet d´une sorte de principe de précaution.

Plus largement, le procès de l'idée de sujet s´est trouvé instruit par la pensée contemporaine sous deux chefs d'accusation principaux :

• D'une part, les philosophies du sujet se sont vu objecter la difficulté qui leur serait inhérente de prendre en compte la finitude qui caractérise notre condition. Contre la conception de l'homme comme sujet, qui valorise en lui la capacité d'affirmer, sur lui-même et sur le monde, une souveraineté sans partage, les rappels successifs à la finitude dont s'est acquittée la philosophie depuis que les systèmes si ambitieux qu´elle cherchait à bâtir lui sont apparus comme de bien fragiles illusions constituent autant d'ébranlements imposés à la figure de la subjectivité.

• D'autre part, les philosophies du sujet n'intégreraient pas la thématique de l'inconscient, sous ses diverses formes : aussi bien comme extériorité irrésorbable d'une dimension de notre psychisme vis-à-vis de la conscience (inconscient psychique) que comme conditionnement de cette conscience, et même de cet inconscient psychique, par des forces collectives dont la maîtrise leur échappe (inconscient social), ou encore par des données inscrites dans les mécanismes mêmes de la vie (inconscient biologique). Dans tous ces cas, ce qui est dénoncé comme naïf ou comme pervers dans l'idée de sujet, c'est au fond le projet de transparence à soi qui définit le sujet moderne en tant que conscience : dans

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