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Un Magasin De Meubles Et Un Musée : Une Comparaison Qui Questionne Les Enjeux De La Muséologie

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Par   •  3 Janvier 2014  •  3 392 Mots (14 Pages)  •  565 Vues

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Un magasin de meubles et un musée : une comparaison qui questionne les enjeux de la muséologie

Introduction

Tables, chaises, lits, armoires, commodes, canapés, fauteuils, tapis, etc. Voici quelques mots pour se rendre compte du type d’objets que j’ai côtoyés, je dirai même usés, tout au long de ma petite enquête : des meubles. En effet, mes observations et entretiens (non-formels) se sont déroulés dans un magasin de meubles, plus précisément dans l’exposition du magasin « Meubles Decarte » à Saxon. Il s’agit d’une entreprise familiale qui s’est créée en 1969 et qui dorénavant a pris une certaine ampleur. Plus de septante employés y travaillent tous les jours et une multitude de service y sont offert. L’activité principale reste néanmoins la vente de meubles qui proviennent de différents fournisseurs du monde entier. Le magasin contient un espace d’exposition de plus de 15'000 mètres carré, agencé par les différents vendeurs, où le grand public peut venir découvrir ce qu’il propose.

Je me suis intéressé dans ce travail à mettre en perspective le « magasin de meuble » avec « le musée » en partant de la remarque de Philippe Dubé :

« nous observons que la notion de musée déborde de ses murs et s’infiltre – voire s’insinue – dans nombre de secteurs d’activités, qu’ils soient touristiques, culturels, ludiques ou encore économiques .(…) Un peu partout, on use de stratégie muséales par l’entremise d’exposition d’objets, de mise en scène esthétique ou de scénographie historiée, de rassemblement commémoratif, de fêtes patrimoniales, etc.(…) Autant d’éléments qui contribuent à la muséalisation de notre société sans que le musée n’y soit nécessairement associé. Cette nouvelle donne, selon nous, fait partie intégrante d’un inventaire à dresser. »

Mes réflexions ont pour but de voir en quoi ce magasin de meubles pourrait s’insérer, ou non, dans cet inventaire. Elles portent sur les convergences, voire aussi les divergences, que j’ai, moi-même, constatées (ou plutôt interprétées comme telles) entre ce magasin de meuble et la notion de musée au sens large. Je vais mettre en perspective ces deux lieu « où l’on expose des choses » à partir de trois angles de vues : celui du vendeur, chargé de mettre en place les meubles à exposer, celui du client ou visiteurs qui vient à la recherche d’un meubles pour chez lui et finalement, sous l’angle du meuble lui-même qui est l’objet exposé.

Un magasin de meuble peut-il vraiment être considéré comme un musée ? Est-ce que l’entreprise « Decarte meuble SA » peut-elle être un objet d’étude de la muséologie ?

Les vendeurs de meubles et les commissaires d’exposition dans un musée

Une sélection subjective

Un musée, selon une première définition de Philippe Dubé, il « peut être considéré comme un procédé de mise en public en rendant visibles et présents des éléments matériels et immatériels considérés comme biens patrimoniaux définissant un groupe culturel ». Selon moi, on retrouve également ce procédé dans le magasin de meubles et ce sont les vendeurs qui sont chargés de le mettre en application. Il ne s’agit cependant plus de biens patrimoniaux définissant un groupe culturel mais plutôt de bien « consommable » ou «achetable » définissant un groupe de client. Comme dans un musée ou les objets sont sélectionnés pour rendre compte d’un patrimoine culturel, dans un magasin de meubles, ceux-ci sont également choisis pour rendre compte d’un patrimoine non pas culturel mais « industriel ». C’est-à-dire de rendre compte de ce qui se fait dans l’industrie du meuble. Dans ces deux institutions, le magasin de meubles et le musée, il y a des personnes qui décident quels sont les meubles ou objets (parmi tant d’autres) qui représentent le « mieux » le patrimoine « industriel » ou culturel selon eux et qui seront présentés aux clients ou visiteurs.

Une mise en scène

En plus de ce choix de meubles ou objets, apparemment subjectif, il y a également le choix de l’emplacement, de la disposition, de l’éclairage ou encore des informations disponibles qui ont un impact considérable sur la perception des clients/visiteurs. Comme l’énonce Dominique Poulot dans son livre Musée et muséologie, « L’espace du musée obéit à une discipline d’exposition (…) il y a une volonté de mise en scène manifestant la reprise de stratégie de constructions des effets et des significations par l’encadrement et l’éclairage, la disposition et le contexte. » Dans le magasin de meubles, j’ai pu constater cette même dynamique de « mise en scène » de la part des vendeurs pour « manipuler » l’attention ou la perception du client. Par exemple, après avoir vendu un tapis, il a été retiré de son emplacement et j’ai demandé au vendeur qui était présent : « Alors, ça se passe comment maintenant ? Vous allez mettre quoi à la place ?», il m’a répondu après avoir rapidement regardé l’espace vidé de son tapis : «Là, il faut mettre un truc flash, que ça fasse ressortir le canapé »1.

En me baladant dans l’exposition de meuble de ce magasin, je me suis vite laissé prendre par l’atmosphère conviviale qui y régnait. Dans chaque compartiment, tout est agencé de sorte que les personnes qui déambulent puissent ressentir une envie de s’installer, de vivre dans cet endroit imaginé et reconstitué. Savoir exposer des meubles est avant tout, selon moi, savoir entrer dans l’imaginaire des gens et reproduire un lieu dans lequel ils s’y plairaient à y consacrer du temps, à y effectuer des activités quotidiennes (dormir, manger, se reposer, ranger, etc.). Il s’agit d’un travail minutieux ou chaque objet faisant partie du décor peut avoir un impact sur la vision d’ensemble de l’espace.

D’ailleurs, d’après les dire d’une employée, dans certains compartiments réservés à des marques de meubles particulières, souvent prestigieuses, le vendeur du magasin « Decarte » n’a pas son mot à dire. Un représentant de la marque vient dans le magasin avec un plan précis sur lequel sont indiqués les meubles et tous les objets qui doivent s’y trouver ainsi que l’emplacement, au centimètre près, où ils doivent être exposés. En terme marketing, il s’agit de l’image de marque qu’il faut absolument préserver. Je dirais que cette image de marque représente leur vision de ce qu’est ou de ce que devrait être un lieu de vie agréable et confortable dans l’imaginaire de leur client cible.

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