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Étude de l'extrait de l'encyclopédia universalis de Bernard

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Par   •  5 Janvier 2013  •  1 036 Mots (5 Pages)  •  437 Vues

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DOCUMENT 3 : EXTRAIT DE L’ENCYCLOPEDIA UNIVERSALIS, ARTICLE CORPS, BERNARD

ANDRIEU, 2008.

Une nouvelle religion

Le corps est devenu une nouvelle religion à travers ce que le psychologue Jean Maisonneuve a appelé le « corporéisme », et les sociologues Eliane Perrin et Pierre Baudry ont désigné à la même époque - les années 1980 -, par l’expression « cultes du corps ». Ce surinvestissement du corps trouve sa raison dans les aliénations socio-économiques ressenties par le sujet. L'impossibilité de transformer les rapports sociaux, le constat d'un déterminisme de la reproduction, l'échec de la démocratisation scolaire, les limites de l'intégration culturelle révèlent au sujet un pouvoir réel d'action illusoire.

Le sujet se tourne alors vers son corps en l'investissant de toutes les possibilités de son imaginaire. La matière du corps dépend, malgré le déterminisme génétique, en grande partie de l'action du sujet sur elle : l'entretien, l'ascèse et la régulation produisent des effets réels sur la forme, le style de vie et la spécialisation de la matière corporelle.

Cette plasticité de la matière corporelle aide le sujet à croire que le corps devient son corps. Les vertus de l'exercice volontaire tout comme l'habitus inconscient sont incorporées dans la matière même : amaigrissement, obésité, régime, musculation, cure, scoliose, fatigue…Le travail du corps par le sujet le modifie car le caractère indéterminé du corps le rend malléable à souhait.

Pour autant en quoi le fait de croire en son corps serait-il aujourd'hui une croyance plus forte subjectivement que toutes les autres sortes de croyances politiques, religieuses et sociales ? Il semble que le corps, en procurant par ses propriétés sensitives un plaisir ou une douleur immédiate, instaurerait une addiction suffisante pour constituer un repère identitaire définitif pour le sujet. Le corps procure la drogue du sujet : le sujet s'éprend de son apparence par narcissisme, il entretient, améliore ou restaure son image par tous les moyens disponibles de séduction, et il s'entraîne indéfiniment pour améliorer ses performances. L'usure s'effacerait sous le plaisir renouvelé, l'augmentation des cadences, voire la prise de risque de plus en plus inconsidérée.

La tentation du narcissisme

Le culturisme ou body-building est l’une des pratiques principales qui, avec le fitness, le stretching, le cardiotraining, se sont développées depuis les années 1970 l’estime de soi par la remise en forme physique. Cette religion du corps repose sur une croyance performative qui ne relève plus de l’énoncé – « quand dire, c’est faire » selon la formule de John Austin –, mais de l’acte : quand faire, c’est dire. Le corps est de fait immanent au sujet et sa qualité paraît dépendre totalement des usages que ce dernier en tire. Pour peu que soit dépassée l'idolâtrie de l'apparence corporelle, la religion du corps reproduit les autres structures traditionnelles des attitudes de croyance : ainsi elle n'est plus aperçue comme telle par le sujet dès lors que ce dernier s'enferme dans sa matière, ses addictions et ses modes d'existence. Trouvant son corps de plus en plus performant et satisfaisant, cette illusion corporelle est vécue et affirmée par le sujet contemporain comme son invention, une façon nouvelle de se « dire ». Cette croyance

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