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En Quoi L'évocation D'un Monde éloigné Dans Le Temps Ou Dans L'espace Permet De Faire Réfléchir Le Lecteur Sur La Réalité Qui L'entoure?

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Par   •  22 Mai 2013  •  3 035 Mots (13 Pages)  •  2 380 Vues

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Introduction :

Quand Thomas More écrivit L’utopie en 1515, il ne pensait sous doute pas que son petit ouvrage aurait un tel succès et donnerait à un genre littéraire son nom. Si tant d’auteurs ont lu cette description d’une île très éloignée de l’Europe et s’en sont inspirés, ce n’est pas uniquement pour le plaisir de la découverte, mais avant tout parce que ce nouveau modèle politique permettait une véritable réflexion sur leur société. Le détour par l’ailleurs offre, en effet, de multiples possibilités pour questionner le hic et nunc1. Nous pourrons donc nous demander en quoi l’évocation d’un monde éloigné dans le temps ou dans l’espace permet de faire réfléchir le lecteur sur la réalité qui l’entoure. Pour cela nous étudierons d’abord comment se met en place cet ailleurs imaginaire ou réel qui amène à la réflexion. Puis nous verrons comment la comparaison entre l’ailleurs et la réalité du lecteur permet la critique. Enfin nous questionnerons l’intérêt d’un tel détour.

I – Un ailleurs imaginaire ou réel pour mieux réfléchir

La littérature est le lieu où l’imagination d’un auteur peut se développer sans contrainte, hormis celle de plaire au lecteur. Qu’il soit totalement imaginaire ou inspiré d’une réalité, le monde créé par l’auteur permet la découverte de l’autre.

1. Un monde imaginaire parfait : l’utopie.

Dès l’Antiquité, les philosophes se sont plu à imaginer un monde parfait, qui développe leurs conceptions politiques et sociales. Mais c’est à la Renaissance que Thomas More donne un nom à ce genre en appelant l’île que visite son narrateur Utopia. Cette terre est bien éloignée de la France car personne ne la connaît. Si l’éloignement géographique peut expliquer pourquoi cette île est restée inconnue si longtemps et donc nous faire croire à sa réalité, le nom du pays, tiré du grec ou-topos, un « non-lieu », ne laisse aucun doute sur son caractère imaginaire. Thomas More se donne tout de même la peine de construire un cadre réaliste en faisant croire qu’il ne fait que rapporter le récit d’un certain Raphaël, mais en précisant toutefois que l’île ne peut être placée avec précision sur une carte. Il écrit ainsi dans sa préface : « Vous pourrez aisément me tirer d'embarras en interrogeant Raphaël lui-même ou en lui écrivant. (...) Nous avons en effet négligé de lui demander, et il n'a pas pensé à nous dire, dans quelle partie du nouveau monde Utopie est située. » Platon, avant Thomas More, avait déjà évoqué une île disparue, l’Atlantide, engloutie par les eaux. Pourquoi des îles et pourquoi si loin, dans le temps ou dans l’espace ? Ces lieux imaginaires permettent à leur auteur de développer sans contrainte des idées sur la politique en présentant une société idéale. En quelques mots, Thomas More, par la bouche de Raphaël Hythlodée, présente ainsi Utopie : « En Utopie, les lois sont en petit nombre ; l'administration répand ses bienfaits sur toutes les classes de citoyens. Le mérite y reçoit sa récompense ; et, en même temps, la richesse nationale est si également répartie que chacun y jouit en abondance de toutes les commodités de la vie. ». Les termes « bienfaits », « récompense », « richesse » et « abondance » laissent bien entendre que tout est à disposition des citoyens de l’île, un peu comme un âge d’or duquel on ôterait le merveilleux pour en faire un modèle de société.

2. Un monde réel idéalisé

Toutefois, ancrer un monde utopique dans un cadre réel est également possible. Pour faire rêver ses lecteurs, Diderot a préféré évoquer une île réelle, Tahiti, qu’on nommait, aux Lumières, Otaïti. Bougainville en revenait et avait laissé aux Français une relation de son voyage. Dans le Supplément au Voyage de Bougainville, Diderot reprend ce récit pour peindre, à sa manière, la société tahitienne. Les Otaïtiens vivent sans propriété privée et sans appât du gain, ce qui est présenté comme un idéal. Mais, à la différence d’Utopie, ce que montre Diderot, c’est qu’une telle organisation est non seulement possible mais simple dans son fonctionnement, comme le dit la proposition : « Ici tout est à tous ». C’est d’ailleurs une source de bonheur : « nous sommes innocents, nous sommes heureux ». Dans l’ensemble du récit, Diderot se concentre sur l’organisation sociale, privilégiant la description politique d’une société proche de la nature plutôt que l’exotisme que pourrait susciter une telle contrée. Le détour par l’ailleurs est donc un moyen de proposer un système politique très différent de celui de la France au XVIIIe siècle. Cette vie proche de la Nature est aussi proposée comme réflexion au spectateur contemporain dans le film de Terence Malik, Le Nouveau monde. Le film raconte l’arrivée des Anglais sur les terres américaines au début du XVIe siècle. Avec le cinéma, le réalisateur peut proposer les images d’une nature luxuriante mais bien au-delà du simple spectacle, il s’agit de questionner la construction de notre société et de la colonisation en confrontant les Européens aux Indiens, ceux qu’on appelait des «primitifs» ou des « sauvages ». Par l’évocation d’un monde éloigné dans le temps, les États-Unis au début du XVIIe siècle, le film montre comment les Indiens vivaient en harmonie dans la nature avant l’arrivée des colons anglais, en suscitant notre réflexion.

3. La rencontre avec l’autre

Dans ces récits d’un autre monde, quand l’Européen rencontre l’étranger, il est amené à changer sa vision du monde, à élargir son horizon. Dans le film de Terence Malik, la rencontre entre un Anglais, Smith et une Indienne, Pocahontas, va transformer le regard de l’Anglais sur les sauvages, ce qui le pousse à remettre en question toute l’organisation de sa société. Il tombe amoureux de la jeune Indienne et ne se reconnaît plus lui-même. Jean-Claude Carrière, dans la Controverse de Valladolid, met également en scène la rencontre entre les Indiens et les Espagnols mais les Indiens, transportés en Espagne, sont réduits à l’état d’objet d’étude. Nous, lecteurs, éprouvons de la compassion pour cette famille déracinée et maltraitée. Nous suivons donc le même cheminement psychologique que le prêtre espagnol, Las Casas, qui les a pris en pitié et a su quitter ses a priori pour trouver dans leur mode de vie des qualités qui ont été perdues par les Européens, alors qu’elles étaient défendues dans la Bible. C’est ainsi qu’il répond

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