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Commentaire Composé Du Poème Colloque Sentimental de Paul Verlaine

Mémoire : Commentaire Composé Du Poème Colloque Sentimental de Paul Verlaine. Recherche parmi 280 000+ dissertations

Par   •  29 Janvier 2013  •  1 976 Mots (8 Pages)  •  2 040 Vues

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Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

--Te souvient-il de notre extase ancienne ?

--Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

--Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois tu mon âme en rêve? --Non.

--Ah! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches! --C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !

--L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul VERLAINE, Fêtes galantes (1869)

Le commentaire :

Le poème « Colloque sentimental » est le dernier du recueil Fêtes galantes où le dialogue est adopté dans plusieurs textes. Parfois cette structuration du discours est dominante, parfois elle se manifeste à travers de petites interventions qui ponctuent le discours de la voix principale.

Ainsi de par le titre du poème, son thème central et sa structure, on peut axer le commentaire de ce texte sur la problématique de la communication amoureuse, en rapport à l'expérience de la vie et à l'écriture poétique.

Pour ce faire, l'analyse du texte peut commencer par l'examen de la situation exposée par ce poème-récit du point de vue de sa portée humaine, voire ontologique. Par la suite, il conviendrait de voir comment ces questions sont prises en charge et sont rendues par l'écriture poétique, dans la perspective de construction d'une poétique verlainienne.

*

Le mot « colloque » est chargé de l'idée de « dialogue », une idée inhérente aux notions de débat et d'entretien. Cependant, « colloque sentimental » permet de se demander s'il s'agit d'un colloque à propos de sentiments ou si ce sont des sentiments qui dialoguent entre eux. De ce fait, les personnages en présence dans le récit porté par ce poème peuvent tout aussi bien figurer des types d'individus ou représenter allégoriquement des sentiments précis.

Le récit nous présente le cadre : « un vieux parc solitaire et glacé » ; mais cette description suscite notre interrogation, car les qualifications données s'adaptent tout autant, sinon plus, aux personnages qu'au parc. Dès lors, au fil du poème, les trois épithètes, « vieux, solitaire, glacé », finissent par coller aux formes évoquées au début du récit, à la lumière de leurs paroles.

Il importe aussi de s'attarder sur les indications temporelles : au début du poème, il est question de deux formes, difficilement perceptibles, sans doute en raison de la faible lumière d'une fin de journée. Cela est confirmé à la fin du poème par le règne de la nuit, finalement installée. C'est comme si le temps de

l'histoire et le temps du récit se confondaient dans le temps de la tombée de la nuit, avec ses connotations de déchéance et d'anéantissement. Dès lors, tout le poème s'inscrit dans cet instant de l'entre-deux où interfèrent le peu de lumière qui reste du jour et l'obscurcissement qui amène la nuit, ce qui n'est pas sans nous rappeler que le recueil des Fêtes galantes est inspiré des peintures de Watteau.

Est-ce cela qui justifie la reprise de « deux formes » par « deux spectres », quatre vers plus loin ? Probablement, n'empêche qu'une idée nouvelle intervient, celle de la fantasmagorie, de la présence fantomatique indicative d'une manifestation d'outre-tombe, sans doute en harmonie avec le troisième vers où, s'agissant des deux formes, il est noté ceci : « leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles ».

Il reste que l'indication « Et l'on entend à peine leurs paroles » mérite une attention particulière, surtout qu'elle est autrement reprise par le dernier vers : « Et la nuit seule entendit leurs paroles ». Remarquons d'abord l'évolution réalisée de la voix à peine imperceptible à la voix carrément imperceptible, ce qui correspond à la situation temporelle évoquée plus haut, où on est passé de ce qui est à peine éclairé à la nuit absolue.

L'on retiendra quand même, au-delà de ces précisions, que le poète narrateur perçoit clairement ces paroles et les rapporte. Est-il doté d'un pouvoir spécifique ou est-il simplement un compagnon dans cette solitude ? Sans doute faut-il compter aussi avec l'identification qui s'établit de cette manière entre le poète et les personnages, comme si ces derniers étaient les deux configurations des deux personnalités qui sont en lui.

Deux personnalités ou deux personnages, ce sont d'abord deux manières d'être à l'amour : une attitude passionnée, nostalgique et exaltée et une autre, froide (« glacée »), détachée, sceptique et oublieuse. Cette opposition se manifeste tout au long du dialogue entre les deux personnages ; mais elle prend toute son ampleur dans le septième distique :

Le ciel bleu VS le ciel noir

Grand l'espoir VS L'espoir a fui

Le deuxième personnage, on le voit bien, l'intertextualité aidant, vient droit du « spleen » des Fleurs du Mal de Baudelaire, où il est écrit : « L'Espoir, / Vaincu, pleure et l'Angoisse atroce, despotique, / Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »

Par ailleurs, toutes ses réponses sont tranchées et la seule phrase interrogative qui lui est attribuée (sa première réplique) est une fausse question qui vaut comme une négation : « Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ? », avec notamment ce vouvoiement qui contraste avec le tutoiement du premier personnage dont les propos sont tous soit de vraies interrogations, soit des exclamations.

Il y a tout lieu de croire que le poème

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