Courir les rues, Raymond Queneau
Analyse sectorielle : Courir les rues, Raymond Queneau. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Ahmed-Ayoub Bali • 22 Janvier 2026 • Analyse sectorielle • 560 Mots (3 Pages) • 31 Vues
ANALYSE LINÉAIRE – RAYMOND QUENEAU
« En cas d’arrêt même prolongé », Courir les rues, 1967
INTRODUCTION
Amorce : Au XXe siècle, la poésie se détourne du lyrisme traditionnel pour intégrer le monde moderne, urbain et technique.
Raymond Queneau (1903-1976), écrivain et poète, cofondateur de l’Oulipo, explore les ressources du langage quotidien. Dans Courir les rues (1967), il fait du métro parisien un espace poétique.
Dans « En cas d’arrêt même prolongé », une panne de métro devient une expérience collective inquiétante.
Problématique : comment Queneau transforme-t-il un incident banal du quotidien en une vision poétique et fantastique ?
Annonce de plan : le poème progresse de l’arrêt silencieux à l’apparition du fantastique, avant un retour ironique au réel.
MOUVEMENT I : LA PANNE ET LA SUSPENSION DU MONDE (vers 1 à 5)
Exemple : « Le métro tombe en panne / les lumières s’éteignent ».
Procédé : présent de narration, phrases simples et factuelles.
Interprétation : l’effet de réel est immédiat ; le poème s’ancre dans une scène ordinaire.
Exemple : « silence ».
Procédé : vers isolé, rupture typographique.
Interprétation : ce mot crée un vide sonore et dramatise la situation.
Exemple : « personne ne bronche / pas un bateau sur l’eau / pas un pêcheur dans l’eau / pas un falot ».
Procédé : accumulation de négations et élargissement spatial.
Interprétation : la panne du métro devient métaphore d’un arrêt général du monde, suggérant une disparition de toute activité humaine.
MOUVEMENT II : L’IRRUPTION DU FANTASTIQUE ET DE LA MORT (vers 6 à 14)
Exemple : « un plaisantin fait hou hou ».
Procédé : onomatopée associée aux cris de fantômes.
Interprétation : première fissure du réel, entrée progressive du fantastique.
Exemple : « catacombes », « égouts », « fantômes ».
Procédé : champ lexical du souterrain et de la mort.
Interprétation : le métro est assimilé à un monde infernal et mortuaire.
Exemple : « la Carmagnole », « Guillaume de Machaut », « le Dies irae ».
Procédé : références historiques, révolutionnaires et religieuses juxtaposées.
Interprétation : confusion des époques et des registres, donnant une dimension universelle et intemporelle à la mort.
Exemple : « dents longues et le nez creux ».
Procédé : images corporelles déformées.
Interprétation : évocation explicite de squelettes, renforçant l’angoisse.
MOUVEMENT III : ERRANCE FANTOMATIQUE ET RETOUR AU RÉEL (vers 15 à 27)
Exemple : « ils descendent des affiches / ils vont de large en long ».
Procédé : verbes de mouvement répétés.
Interprétation : les fantômes envahissent l’espace quotidien et errent sans but.
Exemple : « wagons obscurs », « courants d’air / froid ».
Procédé : champ lexical de l’obscurité et du froid.
Interprétation : le métro devient un enfer moderne, symbole de la mort.
Exemple : « quelqu’un éternue ».
Procédé : détail trivial et prosaïque.
Interprétation : rupture brutale du fantastique, retour à la banalité.
Exemple : « le métro repart ».
Procédé : phrase brève et neutre.
Interprétation : retour à la normalité et indifférence collective.
CONCLUSION
Queneau transforme une panne de métro en vision fantastique mêlant quotidien, mort et imaginaire collectif. Le poème montre que la poésie peut surgir de l’ordinaire et révèle la fragilité du réel moderne.
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