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Analyse stylistique de Bonjour tristesse de Françoise Sagan

Commentaire d'oeuvre : Analyse stylistique de Bonjour tristesse de Françoise Sagan. Recherche parmi 303 000+ dissertations

Par   •  22 Décembre 2025  •  Commentaire d'oeuvre  •  834 Mots (4 Pages)  •  7 Vues

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Extrait de l’article sur l’analyse stylistique du roman ‘Bonjour tristesse’ Françoise Sagan.

Un autre personnage essentiel du roman est Anne Larsen, l’amie de la mère défunte de Cécile. C’est à travers le prisme de leurs relations, empreintes de fascination et de conflit, que se révèle avec le plus de netteté la véritable nature de la jeune héroïne. Le récit, porté exclusivement par la voix de Cécile, ne permet jamais une vision objective d’Anne : son apparence, son caractère, son comportement nous sont livrés tels que les perçoit une adolescente tour à tour admirative, jalouse et hostile.

Dès son entrée dans le roman, Anne séduit par son éclat singulier. Les épithètes que Sagan lui prête, par la bouche de Cécile, en soulignent la grâce : « très séduisante », « très recherchée », « avec un beau visage orgueilleux et indifférent », « toujours calme », « souriante », « détendue ». Aux yeux de Cécile, elle incarne alors une beauté souveraine, unie à une intelligence subtile, si bien que la métaphore « Tous les charmes de la maturité semblaient réunis en elle » traduit l’admiration qu’elle inspire.

Mais cet élan d’admiration se brise lorsque Raymond et Anne décident de se marier. La perspective de cette union menace l’équilibre insouciant de l’existence de Cécile : l’arrivée d’Anne annonce un bouleversement irréversible, une intrusion de gravité et de discipline dans une vie jusque-là légère et libre. De figure lumineuse, Anne devient alors « nuisible », « dangereuse ». Son portrait se fait le miroir mouvant des sentiments contradictoires de l’héroïne.

L’opposition entre Raymond et sa fiancée souligne encore cette fracture : lui, léger et joyeux ; elle, réservée et exigeante. Aux yeux de Cécile, deux êtres si dissemblables ne sauraient connaître un bonheur durable. L’antithèse des pronoms « elle » et « nous » en fait foi : « Elle est froide, nous sommes chaleureux ; elle est autoritaire, nous sommes indépendants ; elle est indifférente, les gens ne l’intéressent pas, ils nous passionnent ; elle est réservée, nous sommes gais. » À travers ce contraste, se dessine l’impossible conciliation entre deux mondes, celui d’Anne et celui de Cécile et son père.

Cette opposition se retrouve dans la comparaison de leurs cercles sociaux : « Elle fréquentait des gens fins, intelligents, discrets, et nous des gens bruyants, assoiffés, auxquels mon père demandait simplement d’être beaux ou drôles. » Ainsi, l’élégance mesurée d’Anne se heurte au goût du plaisir immédiat de Raymond et de sa fille. À cela s’ajoute la rétrospective que fait Cécile des femmes précédemment aimées par son père, décrites comme « frivoles » et « sottes », ce qui met en relief la singularité d’Anne, d’abord perçue comme rare et précieuse.

Pourtant, l’égoïsme de Cécile la détourne rapidement de toute reconnaissance. L’adolescente redoute de perdre à la fois sa liberté et la place privilégiée qu’elle occupe auprès de Raymond. La métaphore filée du « serpent » traduit cette crainte : « Il n’y a que nous deux de vivants et elle va se glisser entre nous avec sa tranquillité, elle va se réchauffer, nous prendre peu à peu notre bonne chaleur insouciante, elle va nous voler tout, comme un beau serpent. » Anne n’est plus la femme « recherchée » et « calme » du début, mais une intruse froide et redoutable, prête à s’emparer de leur bonheur.

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