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Extrait du récit autobiographique d'André Gide: Si le grain ne meurt

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Par   •  21 Novembre 2012  •  351 Mots (2 Pages)  •  792 Vues

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À cet âge innocent où l’on voudrait que toute l’âme ne soit que transparence, tendresse et pureté, je ne revois en moi qu’ombre, laideur, sournoiserie.

On m’emmenait au Luxembourg ; mais je me refusais à jouer avec les autres enfants ; je restais à l’écart, maussadement, près de ma bonne ; je considérais les jeux des autres enfants. Ils faisaient, à l’aide de seaux, des rangées de jolis pâtés de sable… Soudain, à un moment que ma bonne tournait la tête, je m’élançais et piétinais tous les pâtés.

L’autre fait que je veux relater est plus bizarre, et c’est pourquoi sans doute j’en suis moins honteux. Ma mère me l’a souvent raconté par la suite, et son récit aide mon souvenir.

Cela se passait à Uzès où nous allions une fois par an revoir la mère de mon père et quelques autres parents : les cousins de Flaux entre autres, qui possédaient, au cœur de la ville, une vieille maison avec jardin. Cela se passait dans cette maison des de Flaux. Ma cousine était très belle et le savait. Ses cheveux très noirs, qu’elle portait en bandeaux, faisaient valoir un profil de camée (j’ai revu sa photographie) et une peau éblouissante. De l’éclat de cette peau, je me souviens très bien ; je m’en souviens d’autant mieux que, ce jour où je lui fus présenté, elle portait une robe largement échancrée.

« Va vite embrasser ta cousine », me dit ma mère lorsque j’entrai dans le salon. (Je ne devais avoir guère plus de quatre ans ; cinq peut-être.) Je m’avançai. La cousine de Flaux m’attira contre elle en se baissant, ce qui découvrit son épaule. Devant l’éclat de cette chair, je ne sais quel vertige me prit : au lieu de poser mes lèvres sur la joue qu’elle me tendait, fasciné par l’épaule éblouissante, j’y allai d’un grand coup de dents. La cousine fit un cri de douleur ; j’en fis un d’horreur ; puis je crachai, plein de dégoût. On m’emmena bien vite, et je crois qu’on était si stupéfait qu’on oublia de me punir.

André Gide, Si le grain ne meurt, 1926

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