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Dans Quelle Mesure Peut On Considérer L'Ingénu De Voltaire, Comme Une Satire Politico-sociale, Philosophique Et Religieuse ?

Mémoire : Dans Quelle Mesure Peut On Considérer L'Ingénu De Voltaire, Comme Une Satire Politico-sociale, Philosophique Et Religieuse ?. Recherche parmi 256 000+ dissertations

Par   •  1 Avril 2012  •  2 743 Mots (11 Pages)  •  1 263 Vues

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Voltaire, grand philosophe du XVIII ème siècle, a eu à souffrir personnellement de l'absolutisme et de l'intolérance qui sévissaient à son époque (il a notamment été plusieurs fois emprisonné à la Bastille). Ses grandes connaissances, son goût de la liberté, de la justice et son esprit critique l'ont donc poussé, dans son œuvre littéraire, à proposer, sans manquer d'ironie, une analyse des systèmes politiques, sociaux, philosophiques et religieux de son temps.

L'Ingénu, un conte philosophique rédigé à la fin de sa vie, a été habilement utilisé par son auteur pour adresser un testament philosophique à ses contemporains.

Ce conte nous propose une satire sociale de l' époque : Voltaire critique un pouvoir politique autoritaire et oppressif. Cette satire sociale et politique est enrichie par des réflexions philosophiques. Enfin, l'auteur dénonce aussi le fanatisme, l'intolérance régnant dans le domaine religieux en indiquant que le bon sens peut à lui seul servir de guide.

C'est le personnage de l'Ingénu qui sert de porte-parole à Voltaire. L'Ingénu, considéré comme un bon sauvage, n'est pas avare en commentaires sur le monde occidental tel qu'il le perçoit, dès qu'il débarque chez les Bas-Bretons . Il découvre la vie provinciale étriquée de ces derniers . En effet ce milieu clos dans lequel il arrive, le dévisage comme une bête curieuse (« tout le monde le regardait avec admiration, tout le monde lui parlait et l'interrogeait à la fois. Les notables provinciaux se croient investis de tout les droits (« le bailli s'emparait de tous les étrangers dans quelque maison qu'il se trouvât. ») et n'hésite pas à poser des questions même indiscrètes... Les habitants jugent le Huron sans discernement et avec une assurance déconcertante en fonction de leurs préjugés (« vous parlez mieux français qu'il n'appartient à un Huron »).

Les demoiselles de province, faute d'éducation, font preuve d'une certaine naïveté due à l'ignorance ou à un orgueil ethnocentriste : (« j'avais toujours cru que le français était la plus belle de toutes les langues après le bas-breton »). Le Huron est un héros plutôt turbulent, très actif, ce qui permet à Voltaire de dénoncer l'oisiveté des aristocrates provinciaux (« il n'était pas comme la bonne compagnie, qui languit dans son lit oiseux [...] qui perd tant d'heures précieuses »).

Les discussions de « salon » en province sont souvent étayées par de fausses certitudes héritées d'une éducation trop strictement religieuse (« on convint que, sans l'aventure de la Tour de Babel, toute la terre aurait parlé français »). Les jeunes filles de « bonne famille », en raison d' une éducation puritaine, apparaissent bien curieuses des choses de l'amour. D'ailleurs les couvents de l'époque, malgré leur vocation, étaient souvent des lieux de libertinage. L'organisation de la société dans le milieu provincial est souvent régie par la religion, un citoyen convenable est un citoyen baptisé (« nous le baptiserons ! Nous le baptiserons ! »). Le philosophe tourne en dérision les usages, les coutumes locales, les rituels sociaux et religieux. Voltaire se moque aussi des déductions simplistes et hâtives que font les personnes ayant accueillit l'Ingénu en inventant une parenté avec le Huron, ceci ne reposant que sur des présomptions. Le jugement de cette société relève plus d'une émotion instinctive que d'une connaissance réelle (« après que l'on eut épuisé tout ce que l'étonnement, la joie, la tendresse peuvent faire dire... »).

L'éducation des notables ou de leur descendance est raillée par Voltaire. Il présente le fils du bailli comme « un grand nigaud de fils qui sortait du collège ». La situation sociale des personnes ne résulte pas de valeurs personnelles : tout le système social repose sur une transmission d'un privilège, d'une charge. Le régime féodal est avant tout assis sur des solidarités lignagères. Voltaire raille la manière d'être de toute une société, les préjugés et la sottise qui faussent tout jugement objectif... A propos de l'Ingénu, il précise que « sa conception était d'autant plus vive et plus nette que, son enfance n'ayant point été chargée des inutilités et des sottises qui accablent la nôtre, les choses entraient dans sa cervelle sans nuage »).

Cette société se devait également d'être très respectueuse de l'Eglise, on se doit de saluer les membres du Clergé avec respect. Ce qu'oublie de faire l'Ingénu...(« il n'avait pas même salué monsieur l'évêque »). Les rapports amoureux dans un certain milieu ne dépendent pas du libre arbitre des partis concernés, mais doivent faire l'objet du consentement de tiers (clergé, ou personne ayant une certaine autorité) ; le Huron faisant preuve de bon sens ne comprend pas cet usage qu'il trouve ridicule (le bailli par exemple décide seul du mariage de son fils : « il prétendait que son fil épousa la Saint-Yves »). L'auteur souligne le fait que ces procédés sont contraires à la loi de nature et se révèlent de nature à brimer les êtres. Le couvent représente une solution de facilité, en cas d'entrave aux principes. C'est précisément ce qui arrive à Mademoiselle de Saint-Yves...

L'auteur se moque aussi des médecins, en insinuant que la plupart de ceux-ci étaient des charlatans : « On appela un autre médecin [qui] ne fut occupé que de contrecarrer son confrère »). Après avoir dépeint le microcosme provincial, Voltaire va s'intéresser à la vie de la Cour qu'il juge aussi sans complaisance.

En effet la noblesse de l'Ancien Régime, dont la position résulte de la naissance et de l'argent (transmission de charges et de privilèges dûs à l'hérédité) ne tient souvent pas compte de la valeur morale ou intellectuelle des personnes. Les individus qui détiennent le pouvoir sont souvent « des coquins raffinés » faisant preuve de cupidité et d'immoralité, leurs subordonnés étant également prêts à tout par intérêt. Dans cette critique de la Cour, les remarques que produit Voltaire concernent d'une façon égale tous les nobles ayant quelque pouvoir, qu'il s'agisse de ministres, de membres du Clergé ou de courtisans. Ces derniers monnayent leurs services contre de l'argent ou certaines faveurs. Le libertinage fait partie intégrante de ce lieu de coteries. Le comportement ignoble de certains nobles sème la destruction et provoque des séquelles parfois mortelles chez les victimes de ces derniers

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