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Comparaison entre l'antiphrase et l'ironie

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Par   •  4 Janvier 2013  •  Cours  •  1 123 Mots (5 Pages)  •  319 Vues

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A un premier niveau elle permet, dans une certaine mesure de contourner la censure. L'antiphrase, entre autres, autorise cela : puisque l'auteur feint de penser le contraire de son opinion réelle, comme Montesquieu dans son texte « De l'esclavage des Nègres », ou qu'il fait parler quelqu'un d'autre, comme le même auteur lorsqu'il donne la parole à ses Persans fictifs, il est difficile de dresser contre lui un acte d'accusation en bonne et due forme, et il lui est bien facile de se défendre. Derrière le Madrid de Beaumarchais, tout le monde sait bien que c'est Paris qui se dissimule, mais cela n'est dit nulle part.

L'ironiste met les rieurs de son côté, ce qui est toujours la plus grande force d'un argumentateur. Se montrer ironique au lieu attaquer ses ennemis de front est habile ; cela renforce en fait la violence de l'attaque.

Enfin elle fait appel à l'intelligence du lecteur. L'ironie est une arme, en quelque sorte naturelle, de la raison. D'abord parce qu'elle suppose le lecteur suffisamment subtil pour décrypter l'énigme du texte. Ensuite parce qu'elle semble souvent avoir pour fonction de ne pas laisser déborder la sensibilité de l'auteur, de l'endiguer et de la maintenir de force : Swift est aussi horrifié par la misère d'une Irlande qui meurt que Voltaire par les exécutions du Chevalier de La Barre ou de l'amiral Byng. Mais ils choisissent de ne pas crier leur horreur, de ne pas larmoyer. Ils attaquent les yeux secs ces injustices et ces folies. L'intelligence prévaut, l'ironie permet de garder le contrôle de soi-même devant l'atrocité. Et donc d'être plus fort.

Ainsi l'ironie apparaît comme une arme redoutable dans l'argumentation, car, dans le même temps, elle protège celui qui l'emploie et rend intelligent celui qui la comprend en le faisant rire. Néanmoins une telle arme ne saurait être à simple tranchant, et elle n'est pas sans danger.

En effet, l'emploi de l'ironie n'est pas sans risque, et il convient d'être prudent lorsqu'on la manipule, car elle peut très bien se retourner contre l'ironiste.

En effet, le propre de l'antiphrase, procédé le plus important de l'ironie, est d'affirmer le contraire de ce que l'on veut dire. Et plus l'antiphrase sera forte, et plus l'ironie sera efficace. Mais qu'est-ce qui garantit que, à l'autre bout de la chaîne, le lecteur va voir l'ironie, qu'il ne va pas prendre au premier degré un texte rédigé au second ? Il n'y a pas si longtemps encore un lecteur du journal Ouest-France, traitait Montesquieu d'esclavagiste. Et, à dire vrai, feignant de donner la parole à ses adversaires, le philosophe y réussit si bien que son texte ressemble beaucoup à ceux que ces derniers produisaient à la même époque. On peut s'y tromper, et l'on s'y trompe encore.

Deuxièmement, si l'ironie fait rire, c'est toujours d'un rire plus ou moins méprisant. La moquerie n'est jamais loin du sarcasme. Montesquieu présente les esclavagistes comme un ramassis de personnages qui vont du crétin à l'odieux. Dans l'article « Torture » du Dictionnaire philosophique, Voltaire attaque les juges de son époque en les traitant en même temps d'imbéciles et de sadiques. Or dans un projet humaniste, il semble qu'il n'y ait pas de place pour de telles insultes. L'ironie détruit, elle ne construit pas ; elle contraint l'adversaire au silence, elle ne le convertit pas à la vérité.

Enfin l'ironie, s'adressant uniquement à la partie intellectuelle de l'esprit humain, laisse de

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