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À Propos D'une Femme À Berlin de Valentina Denzel.

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Par   •  12 Novembre 2012  •  5 067 Mots (21 Pages)  •  713 Vues

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A propos de Une femme à Berlin,

La représentation de la violence sexuelle

et une nouvelle conception du genre

par Valentina Denzel

Paris VII, France

Le contexte historique de Une femme à Berlin et la représentation du viol

Le roman autobiographique Une femme à Berlin, dont l’écrivaine1 anonyme a enfin été identifiée avec la journaliste Marta Hillers (1911-2001)2, a été publié pour la première fois en 1954 aux Etats Unis sous le titre A Woman in Berlin. L’œuvre a été traduite en plusieurs langues, entre autres en japonais, en suédois et en italien. En 1959, il s’ensuivit une deuxième publication en Suisse et en Allemagne. La première réception de ce roman fut assez modeste, peut-être par ce que « le public allemand n’était pas préparé à accepter le récit de faits aussi dérangeants3 ». Ce n’est qu’en 2003, lorsque l’écrivain, traducteur et journaliste allemand, Hans Magnus Enzensberger, fait publier Une femme à Berlin dans la collection Die Andere Bibliothek, que le roman remporte le succès qu’il mérite4. Les critiques ont été tellement positives que le metteur en scène allemand, Max Färberböck, a décidé d’en faire une adaptation cinématographique qui sortira en 2008.

Le contexte historique de Une femme à Berlin se situe entre la capitulation allemande et l’arrivée de l’armée russe à Berlin. Ce roman autobiographique se base sur le journal intime que l’écrivaine a écrit entre le 20 avril 1945 et le 22 juin de la même année. Quant à l’authenticité de ce journal, le journaliste Kurt Marek, qui était également le premier éditeur du roman, tient à souligner qu’il « s’agit d’un document et non d’une création littéraire5 ». Toutefois, dans une œuvre autobiographique, il est difficile de faire une différence nette entre fiction et réalité. C’est pour cette raison que nous parlerons de Une femme à Berlin comme d’un roman autobiographique.

Dès les premières pages de l’œuvre, la peur du viol et le manque de protection des femmes allemandes sont mis en évidence. La narratrice dénonce la lâcheté des hommes allemands qui ne protègent pas leurs femmes de la violence sexuelle. Mais la narratrice critique également la jouissance de l’horreur, que ces crimes peuvent inciter6.

Comme l’indique le roman, le décret de Staline - Ukas Stalina, défendait le viol de la population civile par les soldats. Cependant la narratrice est confrontée à une réalité toute autre7. Lorsqu’elle essaie de porter plainte auprès du commandant russe, celui-ci la rassure avec les mots suivants : « Allons, ça ne vous a certainement pas fait grand mal. Nos hommes sont tous sains.8 »

Les crimes de viol se déroulent de ce fait dans une atmosphère où règnent surtout l’égoïsme et l’indifférence - aussi bien du côté russe que du côté allemand. Cela est évident lors du premier viol. La narratrice intervient en faveur d’une femme allemande, menacée par des soldats russes. Lorsqu’elle veut vérifier si les Russes sont vraiment partis de la cave, qui sert comme abris, la narratrice est attrapée et violée par ces mêmes soldats. La réaction vis-à-vis de cette menace manifeste le plus atroce égoïsme : ils ferment la porte derrière la narratrice, heureux de ne pas être tombés dans les mains des Russes :

Je crie, je hurle… Derrière moi, j’entends claquer la lourde porte de la cave. […] Enfin les deux leviers de fer se soulèvent. […] Je me mets alors à gueuler : « Bande de salopards ! Deux fois violée, et vous claquez la porte, et vous me laissez croupir là comme un tas de merde ! »9

D’ailleurs, la narratrice elle-même fait preuve d’une certaine dureté envers les victimes de viol. Cela n’est cependant pas dû à un trait égoïste, mais à une perception du viol comme « punition » des injustices sociales. Lorsque la liquoriste, qui n’a pas souffert de la guerre, est menacée par les Russes, la narratrice conçoit cela comme peine appropriée pour sa richesse abusive - non sans manifester un certain sarcasme :

Il est vrai que la liquoriste n’a pas connu la misère. Tout au long de la guerre, elle a toujours eu quelque chose à troquer. Voilà qu’elle doit payer pour sa graisse injustement conservée.10

Dans la suite du roman, la narratrice montre deux types de viol qui se distinguent l’un de l’autre. Le premier est le viol individuel, le deuxième est le viol systématique, commis par un groupe de soldats.

Le viol individuel

Ce type de viol est parfois présenté comme un viol par « nécessité physique », à savoir par le besoin naturel du sexe. Certes, il pourrait sembler contradictoire de parler du viol comme exigence physique. Comme l’indiquent Célyne Lacerte-Lamontagne et Yves Lamontagne, « le viol est toujours un acte de pouvoir ou de colère et jamais un acte de gratification sexuelle11 ». Toutefois, Une femme à Berlin montre aussi la recherche de la part des soldats russes d’un certain plaisir sexuel ou même d’un lien émotionnel avec leurs victimes. Ainsi les premiers contacts avec les Russes sont-ils présentés comme « grossières tentatives de flirt12 ». L’un des soldats qui approchent la narratrice commence même à parler « de l’amour, de l’amour vrai, de l’amour passionné […].13 »

Le désir sexuel des soldats est même dépeint comme celui des clients des prostituées : le besoin physique ne s’accompagne pas nécessairement d’un comportement violent, mais d’une recherche d’accord, un échange entre prestation sexuelle et gain matériel14. Cet échange ne tient pas seulement lieu comme promesse pour engager la femme à accorder ses faveurs, mais également comme « salaire ». Lors du troisième viol, la narratrice reçoit comme « récompense » un paquet de cigarettes15. Ces soi-disant échanges peuvent cependant manifester le goût du violeur pour la brutalité et pour le sadisme16.

Cela n’est cependant pas toujours le cas. Le viol par nécessité physique peut également tenir du sentimentalisme. Petka, l’un des soldats qui ont violé la narratrice à plusieurs reprises, est représenté par sa victime ironiquement comme « mon Roméo17 ». Apparemment Petka conçoit son rapport avec la narratrice comme une relation sentimentale :

Petka me regarde tout rayonnant,

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