Le Planétarium, Sarraute
Commentaire de texte : Le Planétarium, Sarraute. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar thyrse • 10 Mars 2026 • Commentaire de texte • 1 441 Mots (6 Pages) • 10 Vues
Cet extrait provient du roman intitulé Le Planétarium. Publié en 1959, il a été écrit par Nathalie Sarraute et s'inscrit dans la vague du Nouveau Roman. Il s’agit d’une tendance littéraire française, aux alentours des années 1950, qui vise à remettre en question le roman traditionnel, notamment en se séparant des codes hérités du XIXème siècle, tel que le réalisme, et en s’intéressant particulièrement à la vie intérieure du personnage au centre de l’histoire. Ainsi, le livre nous présente l’histoire de Pierre et sa femme, désirant obtenir un grand appartement parisien. Cet appartement appartient à une vielle femme bourgeoise, la tante Berthe, mais celle-ci reste attachée à ses biens. Dans l’espoir de l’acquérir, Pierre entretient avec elle une relation polie, mais hypocrite, source de malaise et de gêne. Dans ce passage, Pierre rend visite à la tante Berthe, une scène en apparence ordinaire, mais qui, par les moyens des discours rapportés, révèle les voix intérieures. Nous verrons donc comment Nathalie Sarraute, par la fusion du récit et des discours rapportés, parvient à faire sentir le comportement intérieur du personnage de Pierre à travers une scène banale de la vie quotidienne.
Premièrement, nous analyserons les procédés utilisés pour mettre en place une scène banale du quotidien marquée par l’oralité. Enfin, nous nous pencherons sur la fusion du récit et des pensées de Pierre.
- Une scène banale du quotidien marquée par l’oralité
- Le cadre
Le texte s’ancre dans une scène banale du quotidien. En effet, ce cadre est construit par des notions spatiales, telles que “la porte” (l.1), “l’entrée” (l.7), “le salon” (l.8) ou encore “coin du tapis” (l.13). Cependant, cet espace est privé de toute description, puisqu’il n’est qualifié par aucun adjectif. Ainsi, l'autrice évoque le lieu uniquement à travers les noms communs. Cette absence de détails descriptifs rend l’espace complètement neutre en lui retirant toute forme de singularité. Le cadre devient un lieu typique et donc très banal.
- Les temps verbaux
D’un autre côté, cette impression est renforcée par les temps verbaux. Dans le texte, nous retrouvons du présent de l’indicatif (“s’ouvre” l.1 ; “précède” l.7 ; “se penche” l.13) et du passé composé (“est réparé” l.15 ; “a retourné” l.13), correspondant à ce qui semble appartenir aux temps du récit. Ces temps permettent de rendre les actions immédiates et, pour ainsi dire, créent une impression de simultanéité en plaçant le lecteur au cœur des événements. Ainsi, la scène devient plus proche du vécu quotidien. De plus, lors des discours rapportés, nous pouvons également rencontrer du présent de l’indicatif (présent d’énonciation) : “c’est” (l.1), “viens” (l.3), permettant d’ancrer les faits au même moment où ils sont exprimés. Mais aussi du présent de l’impératif (“fais” l.3 ; “allons” l.12) donnant des injonctions typiques du français oral et familier.
- Les expressions familières
Nous pouvons également observer cette familiarité à travers des expressions familières, par exemple “voyons” (l.16), “dis-moi” (l.4) ou encore “ma petite Berthe” (l.6). Pour continuer, le texte abrite quelques répétitions, ayant aussi pour objectif de créer un effet d’oralité. Effectivement, lorsque les personnages prennent la parole, l’auteur choisit de répéter certaines structures syntaxiques “que je te regarde, que je regarde” (l.4), “je ne crois pas, je crois plutôt” (l.6). Cette imitation de la langue parlée, produite spontanément, sans brouillon, renforce l’effet de banalité en donnant l’illusion d’une conversation réelle du quotidien.
- Le discours direct libre sans incise
Pour poursuivre avec l’oralité, nous pouvons remarquer très vite la forte présence de discours directs, permettant de lire les paroles telles qu’elles ont été prononcées, notamment aux lignes 1, 2 à 7, 12 et 16. Toutefois, ils ont la particularité de ne posséder aucune incise : “Ah, c’est toi…” (l.1), “Allons, mais assieds-toi donc, mets-toi donc là… tu as l’air tout empêtré…” (l.12). D’une certaine manière, le narrateur se voit presque supprimé, offrant au lecteur un enchaînement sans filtre étant donné qu’il est placé au cœur de l'échange.
- La ponctuation
Pour finir, la ponctuation joue un rôle très important dans les discours rapportés. À de nombreuses reprises dans le texte, nous pouvons observer des points de suspension, par exemple : “Ah, c’est toi…” (l.1), “tu as l’air tout empêtré…” (l.12) ou “Laisse donc ça…” (l.16). Ces derniers sont de véritables marquent d’oralité puisqu’ils laissent place aux non-dits et aux sous-entendus typiques de la langue orale.
- La fusion du récit et des pensées de Pierre
- Statut du narrateur
Si l’on se penche sur le statut du narrateur, nous pouvons observer qu’il est extérieur à l’histoire (hétérodiégétique). Effectivement, nous retrouvons des marques de la troisième personne du singulier “il” (l.1) ou “elle” (l.7), mais aucune marque de la première personne du singulier “je”. De plus, celui-ci semble uniquement se baser sur des déductions dues à ses observations : “la porte s’ouvre” (l.1) ou encore “le coin du tapis qu’il a retourné” (l.13), ce qui pourrait nous laisser penser que la focalisation est externe. Néanmoins, nous avons aussi accès aux pensées du personnage de Pierre, par exemple : “comment a-t-il pu accepter ?” (l.11) ou “il a envie de s’en aller” (l.10 à 11). Le narrateur occupe donc également la focalisation interne en immergeant les lecteurs dans les pensées de Pierre.
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