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Peut-on concevoir que la laideur soit objet d'art ?

Dissertation : Peut-on concevoir que la laideur soit objet d'art ?. Recherche parmi 299 000+ dissertations

Par   •  7 Mars 2023  •  Dissertation  •  2 479 Mots (10 Pages)  •  387 Vues

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Dans la philosophie grecque, la beauté est liée à l’Etre, elle est le signe du vrai et du bien, de l’ordre et de l’harmonie alors qu’au contraire la laideur est renvoyée au domaine du sombre et de l’obscur et est définie par les termes de manque, d’imperfection. Elle est la marque du mal, de la fausseté et du mensonge. Et dans l’imaginaire collectif c’est pareil, il suffit de voir au niveau des films, les héros sont souvent ceux qui sont beaux, qui ont un visage parfait alors que les méchants sont le plus souvent représentés comme laids, avec des défauts physiques. Cette stricte séparation a donc marqué l’histoire occidentale des systèmes de pensée et n’a pas été sans incidence dans le domaine artistique. L’art, en tant qu’activité créatrice destinée à la contemplation et principalement liée à la question du beau, représentait donc principalement l’harmonie, la perfection, durant l’Antiquité. (venus) Tout devait être symétrique, équilibré et harmonieux, ce qui a continué lors de la Renaissance. Ce n’est qu’à partir du XIXème siècle que le laid devient un objet de préoccupation esthétique. Les artistes introduisent peu à peu une certaine laideur au sein de leurs œuvres, si bien qu’Adorno, philosophe et compositeur allemand du XXe siècle déclarera « le laid doit constituer ou pouvoir constituer un moment de l’art ». Et pour cause, après un règne incontestable de la beauté sur l’art durant des siècles, on assiste aujourd’hui à une révision des valeurs. La beauté cède la place au difforme, à l’hideux. Les artistes ont ainsi détourné leur attention des sujets dits « nobles » et communément associés à l’art élevé, pour se concentrer sur le côté plus sombre et sordide de l’existence humaine Pourtant, on peut se demander s’il est bien concevable que la laideur devienne objet d’art ? Si, en d’autres termes, ce que l’on considère habituellement comme la vision esthétique du défaut, du mal, du repoussant, peut être l’objet d’une activité dont le produit se destine à être contemplé, à fasciner. Dans un premier temps, nous allons démontrer l’ambiguïté de la laideur dans le domaine artistique. Dans un second temps, nous allons expliquer que l’émancipation de la laideur lui offre un nouveau rôle. Finalement, nous

I-        Ambiguïté de la définition de laideur dans le domaine artistique

A-        Laideur du sujet de l’œuvre ou laideur relative à son traitement plastique

En voyant cette toile, je pense que la majorité dira qu’elle renvoie à la laideur, qu’elle dégage un aspect laid. Cependant, quand on dit qu’on la trouve « laide », deux perspectives se dégagent : soit le sujet de l’œuvre d’art est laid et sa création plastique ne répond pas aux attentes souhaitées, soit le sujet est laid et son traitement plastique est esthétique.

Pour distinguer ces deux visions de la laideur d’une œuvre, il faut donc définir des critères attendus pour qu’une création esthétique puisse être jugée comme laide. Karl Rosenkranz, philosophe du XIXe siècle, s’est donné pour intention de combler une grave lacune dans la réflexion esthétique qui n’a jamais été affrontée : « la touche d’ombre de la figure lumineuse du beau », en gros le laid. Aussi, il publie en 1853 son Esthétique du laid dans laquelle il va définir la laideur comme « l’absence d’accord entre le modèle et la représentation ». Par exemple, dans un tableau de paysage, il faut que les essences d’arbres puissent être distinguées selon leur type naturel, qu’on puisse les reconnaitre. Cette détermination est indispensable parce que sans elle, l’individualité de l’œuvre ne peut pas se manifester. En ce sens, la laideur d’une œuvre serait envisageable comme étant ce qui ne répond pas à certaines règles, soit par rapport à un défaut du point de vue de la forme, soit par ajout d’un élément hétérogène. De plus, on peut résumer les principales formes de ce phénomène esthétique telles qu’elles se manifestent dans l’art de tous les temps. Donc là c’est une petite liste : Proportions écourtées ou rallongées démesurément.

Défiguration des traits/Écarts de la norme/Présentations monstrueuses/Disproportions touchant à la caricature et au grotesque/Dessin savamment absurde, prémédité et voulu par l'artiste/Couleurs fausses engendrant des effets nouveaux

Diderot qui expliquera dans Pensées sur la peinture que « l’unité du tout naît de la subordination des parties et de cette subordination naît l’harmonie qui suppose la variété » confirme la perspective que l’œuvre laide est « manque de ».

Par exemple, si un peintre représente un nu sans parvenir à retranscrire la forme du corps, une proportion entre les parties, une unité, il pourra voir sa toile qualifiée de laide parce que les principaux critères attendus pour une création plastique ne sont pas respectés.

Dans le cas d’une création plastique laide, l’inesthétisme renvoie ainsi à l’absence de certains critères esthétiques attendus. Par contre, dans le cas d’une représentation d’un sujet laid sous un traitement plastique esthétique, on peut se demander « comment est-ce que ce qui est intrinsèquement laid peut devenir beau, c’est-à dire faire l’objet d’un jugement esthétique favorable ? »

B-        La laideur dans la nature devient beauté dans l’art

Une création artistique mettant en scène un sujet considéré comme laid peut donc être esthétique : la laideur alchimiquement, magiquement transposée et sublimée par l’artiste. Aristote en donne déjà une approche dans  La Poétique notamment lorsqu’il parle de l’imitation et qu’il différencie le sujet de l’œuvre d’art de l’œuvre d’art elle-même. « Nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité comme les formes d’animaux les plus méprisés et des cadavres ». Ainsi ce qui est jugé laid à l’état naturel peut grâce à l’exécution de sa représentation procurer un certain plaisir. Ainsi, quand vous voyez cette peinture (soit un monstre de Patricia Piccinini soit la vieille femme grotesque), vous pouvez juger laid le sujet représenté, mais la représentation artistique lui donne une certaine beauté, un certain attrait et on ne peut s’empêcher de regarder parce que l’artiste transfigure cette laideur dans le sens où elle devient l’expression de ce qu’il ressent, de ce qui le traverse. C’est parce que le laid est représenté dans une forme artistique qu’on lui trouve cette beauté. On peut alors citer des peintres comme …  Ce qui revient finalement à réaffirmer ce qu’énonçait Kant dans La Critique de la Faculté de Juger, à savoir que : « Les beaux-arts montrent leur supériorité précisément en ceci qu’ils donnent une belle description de choses qui dans la nature seraient laides ou déplaisantes. Les furies, les maladies, les dévastations de la guerre, peuvent en tant que choses nuisibles, être décrites de très belle façon et peuvent même être représentées par des peintures »[29]. C’est le cas des descriptions de Zola notamment dans « La joie de vivre » où il décrit la maladie de la goutte avec un grand réalisme. Il apparaît ainsi, que la beauté ou la laideur du modèle diffère de la beauté ou de la laideur de la création artistique. Kant qui définit le Sublime par « ce qui est grand absolument, au-delà de toute comparaison » ne cherche en aucun cas à limiter la notion du Sublime par la Beauté. Pour lui, la beauté artistique est « la belle représentation d’une chose » mais il ne spécifie pas que la chose en question doit absolument être belle. Elle peut très bien être laide pourvu que sa représentation soit parfaite. C’est en ce sens que l’art n’est pas la représentation d’une chose belle, mais la belle représentation d’une chose. » Le sujet laid diffère donc de l’œuvre d’art laide et on peut complètement accepter qu’une œuvre d’art jugée comme « laide » puisse nous plaire.

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