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La pensée monarchomaque

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Par   •  6 Novembre 2019  •  Commentaire de texte  •  4 281 Mots (18 Pages)  •  18 Vues

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   Les théoriciens désignés comme « ceux qui combattent le gouvernement d’un seul » sont partisans d’une monarchie contractuelle. Ils sont aussi appelés monarchomaques. Le document qui nous est proposé ici est un pamphlet. Pour être plus précis, il s’agit d’un traité monarchomaque intitulé : Les Vindiciae contra tyrannos rédigé vers 1576 et publié en latin en 1579.  Ce corpus est extrait de la traduction française de 1581 sous le titre De la puissance légitime du Prince sur le peuple et du peuple sur le Prince. L’auteur de ce traité est attribué à Philippe Duplessis-Mornay,masqué sous le pseudonyme d’Étienne Junius Brutus.

   Surnommé « le pape des huguenots »,  Philippe Dupplessis-Mornay (1549-1623) est un théologien réformé, un écrivain et un homme d’État français, ami d’Henri IV, qui fut l’un des hommes les plus éminents du parti protestant à la fin du XVIe siècle. Entre 1573 et 1579, une dizaine de traités dont celui des Vindiciae font émerger un système théorique cohérent : celui de la pensée monarchomaque (c’est-à-dire, ceux qui combattent les monarques). Ce système ne reflète pas le courant puisque les auteurs s’en prennent aux tyrans et non aux rois. Ce traité monarchomaque, les Vindiciae contra tyrannos, redéfinissent la relation d’obéissance au prince qui tyrannise ses sujets. Le but étant d’éviter la tyrannie. Le plan des Vindiciae est construit en quatre parties mais dont ici nous avons la présentation de trois grands thèmes. Chacune de ces parties répondent à une question ; celle de savoir si les sujets sont tenus d’obéir à un prince (1er chapitre) ;  s’ils peuvent le résister et de quelle manière (2e chapitre) ; s’ils peuvent  résister à un prince que viole la loi civile (3e chapitre) et si les princes voisins ont, en ces deux cas, le droit ou devoir d’intervenir (concerne le 4e chapitre).

   Lors du massacre de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572,  de graves conséquences politiques ont eu lieu. En effet, pour les réformés, la culpabilité du roi ne faut aucun doute. Pour tenter de masquer l’éventuelle faiblesse de son autorité, Charles IX (1550-1574) n’a en effet pu faire autrement que d’endosser de manière officielle la responsabilité du massacre en invoquant comme motif la nécessité de prévenir une conjuration huguenote contre sa personne. En effet, celui-ci apparaissait comme l’instigateur de l’assassinat de ses sujets huguenots. Au fil des guerres civiles, et donc après la Saint Barthélémy, intervient alors la pensée monarchomaque. La Saint-Barthélémy est un déclencheur mais elle est élaborée sur le socle de tout ce qui précède. Elle est l’expression visible, massive de ce courant qui était alors resté souterrain.  

   Il s’agira, ici, d’analyser la vision de Philippe Duplessis-Mornay, vraisemblablement l’auteur de l’ouvrage des Vindiciae contra tyrannos, qui met en profondeur l’émergence de ce système théorique : la pensée monarchomaque. Ainsi, pour répondre à notre questionnement, on s’intéressera tout au long de notre développement, à l’argumentation, à la réflexion développée ici par l’auteur. On abordera également un autre point concernant le vocabulaire politique utilisé à travers cette traduction française datant de 1581 : un vocabulaire assez complexe mais intéressant qui nous permet de comprendre le fruit de la pensée monarchomaque. Par ailleurs, on tentera d’apporter une articulation générale de ce traité afin d’établir le raisonnement de Duplessis-Mornay. Raisonnement qui met en avant la représentation du peuple et celle de l’affirmation de la souveraineté puis de la relation entre le Roi et Dieu.

   

   Pour comprendre ce traité, il faut tout d’abord analyser en profondeur la pensée de l’auteur à travers les trois extraits de chapitres qui nous sont présentés ici, et donc de comprendre le contenu de cette œuvre. Philippe Duplessis-Mornay ne veut pas en réalité lutter contre la monarchie mais plutôt contre la tyrannie. Il forme en quelque sorte le noyau dure de la pensée dite « monarchomaque » (c’est-à-dire, ceux qui combattent les monarques). Ce traité des Vindiciae contra tyrannos redéfinit donc la relation d’obéissance au prince qui tyrannise ses sujets. Cette œuvre construite en différentes parties répondent à une question dont nous allons ici détailler.

   En effet, la première partie répond à une problématique (lignes 1 et 2) celle de savoir si les sujets sont tenus d’obéir à un prince qui leur commande d’enfreindre la loi de Dieu : « Question à savoir si les suiets sont tenus et doyvent obeir aux Princes, s’ils commandent quelque chose contre la Loy de Dieu » (lignes 1 à 2). Ici, l’auteur affirme « qu’il faut obéir aux Rois a cause de Dieu, non pas contre Dieu ; et lors qu’ils servent et obeissent à Dieu, et non autrement » (lignes 29 et 30). A  travers les lignes 32 à 35 : « En somme, tout ainsi que les vassaux rebelles taschans s’emparer du royaume, meritent d’estre exterminez, et commettent felonne par le tesmoignage de toutes loix, aussi ceux-là sont criminels en tout sorte qui ne veulent observer la Loy Divine à laquelle ils sont obligez, ou qui persecutent ceux qui desirent se reigler selon icelle, sans les vouloir ouir en leur defenses. » on constate, ici, que les vassaux sont obligés par un serment à son seigneur, à jurer qu’ils seront donc fidèles et qu’ils obéiront. Et, que probablement, le roi donnera sa promesse solennelle de commander selon la « Loy Divine » (ligne 34). Ainsi, le rôle du vassal est simple, c’est qu’il doit obligatoirement respecter la « Loy Divine » (ligne 34) sinon celui-ci sera alors puni sévèrement et sera condamné coupable de félonie envers Dieu et il sera également privé de son royaume . (« [… ] Les Rois qui sont vassaux de Dieu meritent d’estre privez du benefice de leur Seigneur, s’ils commettent felonnie, en mesme façon que les vassaux rebelles en ce monde » (lignes 37 et 38)). Le vassal ne doit pas être ainsi, « desobeissant à Dieu » (ligne 42). En effet, là où le roi commanderait à ses « suiets »  (=sujets) (ligne 1) d’être idolâtres, la désobéissance à cet ordre serait donc tout-à-fait légitime : « Que sera-ce donc, si le Prince nous commande d’estre idolatres ? […] Y a-il pas ecores plus de raisons de ne luy pas rendre obeissance ? [Et], disons davantage. Puisque ce n’est pas assez de s’abstenir du mal, ainsi aussi faut faire le bien, au lieu de nous encliner devant les idoles, nous adorerons et serviront le vray Dieu, selon le nous a commandé » (lignes 49 à 51).  Ainsi, le rôle du vassal est essentiel envers Dieu.

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