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La Recommandation D'après Les Formules De Tours

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Par   •  3 Mars 2013  •  2 470 Mots (10 Pages)  •  1 586 Vues

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L’article soumis à notre commentaire est un acte de recommandation, acte par lequel un homme libre pouvait se « recommander » à un plus puissant que lui, se placer dans sa dépendance pour en obtenir protection et, parfois, nourriture. Le texte que nous avons à étudier, texte du VIIIème siècle, est un des textes marquant l'origine de la féodalité. En effet, cet acte de commendatio (recommandation) place le vassus (ou recommandé) sous le mundium ou le mundeburdis (mainbour) de son protecteur : le dominus (seigneur). Cela est fait selon un un rituel : une demande, comme dans cette formule qui porte le no 43 dans le recueil dit Formulae Turonenses datant de la première moitié du VIIIeme siècle. Par cet acte, le vassus s’engage verbalement à rendre au dominus un servitium, dont la nature n’est pas déterminée, mais qui peut être tout à la fois domestique, économique ou militaire. En contrepartie son protecteur lui doit quotidiennement des aliments, en fait la nourriture et le vêtement, parfois même le logement. Mais il peut aussi, pour assurer son entretien, soit lui remettre une terre en pleine propriété (proprietas), soit la lui concéder à titre de tenure per nostro beneficio, c’est-à-dire « grâce à un bienfait de notre part » : c’est le beneficium (bénéfice), qui, en général, à l’époque mérovingienne, emprunte la forme romaine de la precaria (précaire, du latin precor, prier), car il est sollicité par le demandeur, qui adresse à cet effet au concédant une requête consignée dans une charte. Devenue dès le VIIeme siècle une concession à temps ou viagère, la précaire sauvegarde le droit de propriété du concédant, mais permet au précariste d’exploiter librement ou contre un léger cens les tenures composant le bénéfice, qui lui a été remis pour des raisons essentiellement militaires ou politiques.

Cette recommandation du VIIIème peut retrouver son homologue dans le passé. En effet, au bas empire romain (284 -565), des hommes libres se mettent sous la protection de grands propriétaires qui les entretiennent sur leur villés. En faisant ça, les puissants se constituent des milices privés, ce qui est utile car le bas empire romain est une période incertaine. C'est une pratique qui subsiste après les invasions. Plus tard, en France, aux VIe et VIIe siècles, beaucoup de personnes se recommandent au roi, en se plaçant sous sa protection, mundium, mundeburdis, mot germanique analogue au latin patrocinium ; ou encore sous sa parole, in verbo regis, sub sermone tuitionis regiæ. Sans doute la protection royale s'étend sur tous les sujets du royaume : le roi la leur doit, en échange du serment de fidélité qui lui a été prêté ; mais ceux qui se recommandent ont droit à une protection spéciale, en même temps qu'ils contractent envers le roi des obligations particulières.

Dès le VIIIème siècle, on se recommande non seulement au roi, mais encore aux ducs, aux contes, ou bien à un particulier riche et puissant. Parfois des hommes, après avoir emprunté quelque somme d'argent ou des vêtements, ne pouvant les rendre, aliénaient leur liberté. Voici une formule qu'un recueil de Sens a conservée : Mais la plupart du temps l'obligé ne faisait que se recommander et promettre obéissance et service, et ce service (servilium), il le rendait en tant qu'homme libre (ingenuili ordine). On se recommandait encore pour obtenir, par l'aide d'un puissant, des honneurs ou le gain d'un procès ou la satisfaction de quelque autre désir. En vertu de l'acte même qui les créent, ces relations sont viagères. Mais, par la force des choses, elles tendent à devenir héréditaires. Le protecteur prend le nom de senior, seigneur, qui est déjà d'un usage courant à l'époque mérovingienne ; le protégé est le leude du senior ; on l'appelle aussi gasindus, ou, vers la fin du VIIe siècle, d'un mot qui fera fortune : vassus. Le vassus de la loi salique n'est qu'un esclave attaché au service personnel du maître : à la fin de l'époque mérovingienne, le mot vassus signifie recommandé, et se substitue au mot leude qui disparaît. Dans chaque comté, des seigneurs groupaient autour d'eux un nombre plus ou moins considérable de vassaux. Ces seigneurs reconnaissaient comme supérieur le comte, qui, dans le pagus, devint comme le seigneur des seigneurs : les comtes eux-mêmes, avec leurs vassaux propres et leurs pagenses, se rangèrent sous les ducs, dans les contrées où il y avait des ducs, et la chaîne aboutit ainsi au roi, qui en fut le dernier anneau. Ces relations d'homme à homme ne sont encore que des relations privées : la loi ne les reconnaît point. Le terme de « recommandés » reste employé jusqu'au XIIIe siècle pour désigner les paysans qui viennent volontairement se placer dans la dépendance d'un seigneur laïc ou ecclésiastique afin d'obtenir protection pour leur personne et leurs biens. Bientôt, le paysan engagera sa liberté et celle de tous ses descendants, et le reconnaît en payant un léger cens annuel. En échange, il échappe à des contraintes seigneuriales de plus en plus lourdes à cette époque, surtout s'il se « recommande » à une église ou à une abbaye, ce qui a pu attirer la « recommandation » même de riches bourgeois. Dès le VIII ème siècle, de plus en plus d’individus se recommandent, car ils recherchent protection dans une époque où les invasions barbares reprennent, ainsi que soutient matériel dans une économie de plus en plus repliée sur elle-même.

Ce texte est intéressant à la fois sur un plan sociétal et juridique, car, cette étude de recommandation nous permet de noter l’émergence d’un nouveau rapport entre les individus, rapport marqué à la fois par une forte hiérarchisation de la société, ainsi qu’un isolement, un repliement des individus sur leurs territoires respectifs. Il montre aussi l’émergence d’un système qui marquera l’empire carolingien ainsi que le moyen âge : le système féodal, système ayant à la fois organisé la société et mené à l’ébranlement du pouvoir royal.

Dans une première partie, nous étudierons le caractère nécessaire de la recommandation, qui nous montre que ce système est indispensable pour les plus pauvres comme pour les plus puissant de la société, avant de se pencher sur le caractère obligatoire qui découle de cet acte de recommandation, caractère obligatoire qui nous montre que ce système réponds a des règles bien établies, véritables force de structuration de cette société qui est en train de naitre, la société féodale.

I- Le caractère nécessaire de la recommandation :

La recommandation est à la fois un

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