René Char et l'Atelier surréaliste
Fiche : René Char et l'Atelier surréaliste. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Chiara.cbj • 15 Mars 2026 • Fiche • 1 014 Mots (5 Pages) • 7 Vues
COMMENT MONTRER, SANS LES TRAHIR, LES CHOSES SIMPLES DESSINEES ENTRE LE CREPUSCULE ET LE CIEL ? RENE CHAR 1CAMUS, Albert. Œuvres Complètes. Tome 4.
Le terme de manuscrits « enluminés » désigne ici le fruit d'une collaboration unique entre le poète et ces artistes qu'il a nommés ses alliés substantiels. Les formes et les couleurs voulues par eux s'unissent à la belle écriture de René Char comme jadis le chef-d'oeuvre de l'enlumineur à celui du copiste, mais l'autographe du créateur a matérialisé sur la page le jaillissement de l'inspiration, et la démarche du peintre est à son tour créatrice. Illustrative sans être dépendante, descriptive sans appauvrir, associée à l'image hors de toute subordination logique, elle répond en son langage au voeu du poète : Il me faut la voix et l'écho. Les regards qui s'arrêteront sur ces « Illuminations » contemporaines seront les témoins et les participants d'une genèse multiple qui échappe à toute signification réductrice.
Pour ne pas dissocier le manuscrit de l'imprimé, nous avons cru bon d'ajouter à l'exposition quelques très belles éditions d'oeuvres de René Char. Le rapprochement ne manquera pas d'être suggestif entre les manuscrits peints et ces livres d'artistes. Ici la substance matérielle du mot échappe au poète et les exigences de techniques différentes conduisent les mêmes enlumineurs à trouver d'autres coïncidences entre l'invention et les nécessités de la forme.
Que tous ceux qui ont bien voulu nous prêter les documents sans lesquels l'exposition n'eût pas été complète soient assurés de ma vive reconnaissance.
M. Antoine Coron, conservateur à la Réserve des Imprimés, a étudié pendant plusieurs mois avec passion les manuscrits et les livres, en a rédigé la description, les a disposés dans la galerie Mansart. Je le félicite et le remercie très chaleureusement.
GEORGES LE RIDER
La première enluminure du Livre du Coeur d'amour épris de René d'Anjou nous découvre une chambre nocturne, volets clos : le poète endormi rêve à la lumière d'une bougie placée sur le sol, sous un escabeau. Son coeur rougeoyant lui est dérobé par un personnage ailé vêtu d'azur, de pourpre et d'or, Amour, qui le confie à un écuyer au pourpoint blanc orné de flammes, Désir. Le manuscrit qui commence par ce tableau éclairé d'une lueur qui présage l'art des caravagesques et de Georges de La Tour, se poursuit comme un roman courtois, illustré de seize compositions peintes dont on a pu écrire qu'elles préfiguraient toutes les conquêtes de la peinture du XVIe au XIXe siècle – jusqu'à Van Gogh auquel un soleil d'aurore tournoyant au-dessus d'un grand pré fait irrésistiblement penser. Il n'est pas impossible – certains historiens en sont convaincus – que l'auteur de ce long poème, René d'Anjou, comte de Provence, l'ait enluminé. La poésie et la peinture manifestaient là, vers 1460, chez un des rares poètes, le dernier sans doute avant René Char à confier à des peintres le soin d'enluminer ses oeuvres, et, comme René Char, peintre de ses poèmes, la puissance de leur alliance. Dès ce moment, discrète dans un coin de la pièce, invisible d'ailleurs, mais éclairant d'une chaude lueur l'habit de neige de Désir, la bougie est là, « la bougie qui se penche au nord du coeur », Ange pour René Char, comme l'Amour, chez René d'Anjou.
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