LaDissertation.com - Dissertations, fiches de lectures, exemples du BAC
Recherche

Lettres d'une péruvienne

Dissertation : Lettres d'une péruvienne. Recherche parmi 304 000+ dissertations

Par   •  28 Mai 2026  •  Dissertation  •  3 213 Mots (13 Pages)  •  11 Vues

Page 1 sur 13

Au XVIIIe siècle, les écrivains des Lumières posent un regard satirique sur la société française. Un procédé efficace consiste à mettre en scène des personnages crédules ou étrangers, comme le fait Montesquieu dans son roman épistolaires Lettres persanes en 1721. Publié en 1747, le roman de Madame de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne s’inscrit dans cette même tradition. L’autrice y met en scène Zilia, une jeune princesse Inca arrachée à son pays et conduite en France, qui observe la société française avec les yeux d'une étrangère absolue. Ce livre qui s’insère dans la littérature d’idée, retrace l’évolution de l’héroïne, à travers quarante et une lettres adressées à son fiancé Aza, Zilia découvre la France de Louis XV et se forge une conscience critique. Alors, le regard de Zilia n’est il que critique ? Nous nous demanderons si le regard de Zilia est seulement critique, ou s’il est aussi un regard émerveillé sur le nouveau monde qu’elle découvre. Nous verrons d’abord le regard étranger que pose Zilia sur la société française qui permet une vision lucide et critique de la société française, puis nous verrons que ce regard est nuancé, et sait s’ouvrir à l’admiration.

Lorsque Zilia rentre au couvent, elle apprend à lire, écrire et parler le français. Coupée du monde, dans ce lieu d’enfermement elle dispose de temps pour s’instruire et penser. Sa vision va alors s’élargir, elle pose un regard distancié sur la société française telle une ethnologue, qui ne cesse de la heurter par ses profondes inégalités sociales.

Tout d’abord, Zilia observe la France à travers les valeurs incas. La simplicité, la vertu et la vérité sont des valeurs qui lui sont chères et constituent son cadre de référence. Cela l’amène à dénoncer l’artificialité des mœurs françaises. Dès son entrée dans le « grand monde », Zilia constate que la sociabilité française repose sur l'apparence et non sur la vertu. Elle observe que les visites ne consistent qu'en un échange de louanges superficielles sur « la beauté du visage et de la taille » lettre 32,p151,l405, un rituel vide aussitôt contredit par les mauvaises langues qui s'installent dès que l'on tourne le dos. La formule est révélatrice : ce que l'on célèbre, c'est le corps et le costume, jamais l'âme ni le mérite. Elle comprend alors que cette politesse est illusoire: elle remplace les marques d'estime par de faux compliments. Une métaphore illustre cela : celle des dorures. Alors que les meubles des Incas sont en or massif, ceux des français sont trompeusement couverts d'une peinture dorée : « Les meubles que je croyais d'or n'en ont que la superficie, leur véritable substance est de bois ; de même, ce qu'ils appellent politesse cache légèrement leurs défauts sous les dehors de la vertu. »lettre20,p100,l1771. Ils n’ont pas plus de vertu que leur richesse. De plus, leur hypocrisie se retrouve dans tous les domaines. Pour paraître riche, les gens cherchent tellement à impressionner avec le luxe qu’ils dépensent au dessus de leurs moyens et finissent par se ruiner dans la lettre 20, p100. Zilia les accuse de faire passer le superflu devant le nécessaire, par vanité. Ils vouent presque un culte au matériel. De même, cette hypocrisie de toute la société française, Zilia la condense dans la lettre 33 par une métaphore : les Français ressemblent à des « jouets de leur enfance »p153,l447. En appliquant cette métaphore à une nation, l'image est frappante parce qu'elle est précise : le jouet fascine visuellement mais dès qu’on s’y attarde il est sans substance, sans valeur réelle. Zilia signifie que la brillance française n'est que superficie, que tout ce qui séduit dans cette civilisation.

Ensuite, la protagoniste se livre à une critique acerbe de la religion. Si le couvent dans lequel elle est enfermée avec Céline lui semble d’abord offrir davantage de liberté que sa captivité précédente,cette première impression lui laisse rapidement place à une interrogation profonde. A l’image des philosophes des Lumières, Zilia refuse que les religions et les superstitions prennent le pas sur la raison et les vertus naturelles. En effet, elle dénonce une fois qui impose l’abandon des facultés essentielles de l’être humain, puisque le culte rendu à la divinité exige des religieuses qu’elles renoncent : « aux connaissances de l’esprit, aux sentiments du cœur […] et à la raison »lettre19,p96,l1656. Une foi qui affaiblit les facultés essentielles de l'homme au lieu de les élever ne peut pas, aux yeux de Zilia, prétendre au titre de vertu. Cette condamnation se fonde également sur l’hypocrisie du clergé. En effet, Lettre 21 p106, elle reconnaît volontiers certaines qualités dans cette religion, les vertus prescrites par celle ci sont tirées de la Loi naturelle, et sont aussi pures que celles de son peuple. Mais, autour d'elle, Zilia ne voit qu'hypocrisie, inégalité et cruauté, sans trouver nulle part la trace des vertus que cette religion est censée enseigner. Elle ne parvient pas à « apercevoir le rapport que devraient avoir avec elle les mœurs et les usages de la nation » lettre 21,p106,l1810. Ce gouffre entre la théorie et la pratique lui prouve que la religion est soit mal comprise, soit délibérément détournée de ses propres fondements. Une institution qui prêche la vertu sans parvenir à la produire dans la société qu'elle gouverne se décrédibilise elle-même. La rencontre avec le prêtre Cusipata, chargé de la convertir, révèle un double discours qui indigne Zilia davantage encore. Dans la lettre 22,p110, ce religieux ose qualifier l'amour de Zilia pour Aza d’incompatible avec la vertu et lui conseil d'y renoncer sous peine de péché. Zilia, révoltée, retourne l'argument avec une logique imparable, la religion valorise le bien et la gratitude, mais en même temps elle qui condamne l'amour fidèle au nom de la vertu, se contredit elle-même dans ses fondements. Zilia critique l’instrumentalisation de la religion pour briser des liens affectifs innocents, cette exigence spirituelle lui apparaît comme une violence déguisée en sainteté. Elle élargit enfin sa critique à l'éducation religieuse. Lettre 19, elle avait déjà pointé l'absurdité d'un système qui charge des religieuses ignorantes d'instruire d'autres femmes. La lettre 34 va plus loin avec une ironie cinglante : « on confie le soin d'éclairer leur esprit à des pesonnes auxquelles on ferait peut-être un crime d'en avoir. »lettre 34,p157,l1544. Ce sont donc des ignorants que l'on charge d'instruire, d’ouvrir l’intelligence et de former des âmes ce qui revient à

...

Télécharger au format  txt (20 Kb)   pdf (101.8 Kb)   docx (15.5 Kb)  
Voir 12 pages de plus »
Uniquement disponible sur LaDissertation.com