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Jean de La Fontaine, Fables, Livre I (1668), « Le Loup et le Chien »

Analyse sectorielle : Jean de La Fontaine, Fables, Livre I (1668), « Le Loup et le Chien ». Recherche parmi 304 000+ dissertations

Par   •  19 Mai 2026  •  Analyse sectorielle  •  2 133 Mots (9 Pages)  •  6 Vues

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TEXTE 5 : Jean de La Fontaine, Fables, Livre I (1668), « Le Loup et le Chien »

AMORCE  

Bonjour, … La liberté est souvent considérée comme le bien le plus précieux de l’être humain.

PRESENTATION AUTEUR + OEUVRE

C’est justement ce thème de la liberté que Jean de La Fontaine met en scène dans la fable « Le Loup et le Chien », publiée en 1668 dans le Livre I des Fables.  La Fontaine est un auteur du XVIIᵉ siècle, appartenant au mouvement du classicisme, qui cherche à instruire tout en plaisant.

PRESENTATION DE L’EXTRAIT

Cette fable est la cinquième du Livre I. Le texte est un apologue : un court récit en vers, à visée morale. Il s’inspire d’une fable antique d’Ésope, qu’il enrichit et adapte à son époque.

Comme souvent, il met en scène des animaux anthropomorphes (qui adoptent des attitudes humaines) pour critiquer indirectement la société de son temps, notamment les rapports de pouvoir sous la monarchie absolue de Louis XIV.

Ici, LF oppose deux animaux traditionnellement ennemis : un loup affamé et un chien bien nourri. À travers leur dialogue, il met en confrontation deux conceptions du bonheur :

  • d’une part, une vie confortable mais dépendante
  • de l’autre, une vie difficile mais libre

LECTURE Je vais maintenant passer à la lecture de la fable

« Un Loup n'avait que les os et la peau ;

Tant les Chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.

L'attaquer, le mettre en quartiers,

Sire Loup l'eût fait volontiers.

Mais il fallait livrer bataille

Et le Mâtin était de taille

A se défendre/ hardiment.

Le Loup donc l'aborde/ humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu'il admire.

// Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,

D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, haires, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? Rien d'assuré, point de franche lippée.

Tout à la pointe de l'épée.

Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.//

Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?//

Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens

Portant bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons:

Os de poulets, os de pigeons,

Sans parler de mainte caresse.//

Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :

Qu'est-ce là ? lui dit-il.// Rien.// Quoi ? rien ?// Peu de chose.//

Mais encor ?// Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.//

Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? // Pas toujours, mais qu'importe ? //

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.//

Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. »

PROBLEMATIQUE On peut alors se demander : Quel modèle de bonheur La Fontaine valorise-t-il à travers la confrontation entre le loup et le chien ?

ANNONCE DU PLAN Pour répondre à cette question, nous étudierons d’abord la rencontre inopinée de deux animaux antagonistes, puis le discours séduisant d’une vie confortable par le chien, avant d’analyser la révélation finale de l’asservissement du chien qui conduit le loup à choisir la liberté.

Mouvement 1 : La rencontre fortuite de deux antagonistes (v.1-13)

Dans un premier temps, LF commence par présenter les 2 personnages qui semblent totalement opposés.

« ne… que les os et la peau »

Négation restrictive

  • La fable s’ouvre sur le loup.
  • La négation restrictive « ne… que » insiste sur sa maigreur extrême.
  • On imagine un animal affamé, presque squelettique.  

« Tant les chiens faisaient bonne garde »

Corrélatif « Tant »

+ pluriel collectif

  • LF explique ensuite (au v2) la cause de cet état avec le corrélatif « Tant », qui marque la conséquence : si le loup est maigre, c’est parce que les chiens surveillent bien.
  • Le pluriel collectif  « les chiens » montrent qu’ils participent déjà à un système de domination.

Schéma narratif simple et efficace

  • LF suit ici un schéma narratif classique : la situation initiale décrit le loup misérable,
  • puis le passage au présent « rencontre » marque l’élément perturbateur : la rencontre avec le chien,  qui va déclencher tout le dialogue.

« beau, gras, poli »

Gradation + adjectifs mélioratifs

  • Aux vers 3-4, le chien est décrit de façon très valorisante :la gradation d’adjectifs mélioratifs « beau, gras, poli » dressent le portrait flatteur d’un « Dogue » (hyponyme) vigoureux et bien nourri.

Contraste loup « maigre » / chien « gras »

Antithèse

  • Avec l’antithèse « maigre »/ »gras », le contraste est donc immédiatement visible entre la pauvreté du loup et l’abondance du chien.

« l’attaquer … le mettre en quartiers»

Discours indirect libre + Champ lexical de la violence

+ octosyllabes

  • Aux vers 5-6, le discours indirect libre nous place dans les pensées du loup : il imagine d’abord attaquer le chien, ce qui rappelle sa nature sauvage.
  • Les octosyllabes, plus courts, accentuent cet instinct de violence.

« mais » (v.7)

Connecteur adversatif

  • Cependant, le connecteur adversatif « mais » marque un tournant : c’est là que les péripéties commencent. Le loup comprend qu’il est plus faible.

« livrer bataille », « se défendre hardiment »

champ lexical de la force et du conflit

  • Le champ lexical de la force et du conflit « livrer bataille », « se défendre hardiment » souligne la force du dogue.

« donc »

Connecteur logique

  • Le loup change alors de stratégie, ce que montre le connecteur de conséquence « donc » (v10).

« hardiment » / « l’aborde humblement »

Antithèse

  • Le loup décide donc, par prudence, d’aborder humblement le chien.
  • Et l’antithèse « hardiment » (v9) « humblement » (v10) souligne cette adaptation par nécessité.

« compliment », « embonpoint »

Discours narrativisé + Termes mélioratifs

  • Enfin, le discours narrativisé (v11-12) indique une conversation aimable :
  • les termes mélioratifs « compliment » et « embonpoint » révèlent la diplomatie et la flatterie intéressée du loup

 (Ainsi, dans ce premier mouvement, La Fontaine met en place une opposition très nette entre la misère du loup sauvage et le confort du chien domestique, ce  qui annonce un débat sur leurs 2 modes de vie.)

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