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Nation et nationalisme, exemple du Pays Basque

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Par   •  13 Avril 2026  •  Dissertation  •  3 798 Mots (16 Pages)  •  7 Vues

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Nation, nationalisme. L’exemple du Pays basque.

Qu’est-ce que le nationalisme ? D’après le Petit Larousse : « préférence déterminée pour ce qui est propre à la nation à laquelle on appartient ». Le grand Larousse ajoute : « des individus qui prennent conscience de former une communauté nationale en raison des liens ethniques, linguistiques, culturels, qui les unissent ». On peut donc se dire de nationalité basque et de citoyenneté française.

Je vais rapidement évoquer le contexte géographique et politique.

Le Pays Basque est un quadrilatère d’un peu plus de 20 000 km², bordé par l’Adour au nord, l’Aragon au sud, le Béarn à l’est. Il occupe les deux versants des Pyrénées. Le nord est pastoral, le sud est industriel. Ils ne se ressemblent pas du tout mais ils ont un point commun essentiel, la langue, l’euskara.

Le Pays Basque comporte sept provinces. Du côté sud, la communauté autonome basque Euskadi, regroupant l’Alava, la Biscaye et le Guipúzcoa, et d’autre part la communauté autonome de Navarre. Le centre administratif côté espagnol a été situé à Vitoria, en Alava, pour des raisons politiques, pour ancrer cette province. Du côté nord, on a le Labourd, la Basse Navarre, et la Soule représentant 14 % du territoire et 10 % de la population appartenant au département des Pyrénées-Atlantiques. On peut discuter le caractère authentiquement basque de la bande littorale où je vis d’autant que Bayonne est à moitié gasconne.

Histoire du nationalisme basque

En Espagne, il prend appui sur le particularisme historique, institutionnel et économique des provinces basques, en réaction à la volonté de centralisation de la monarchie espagnole. Les provinces bénéficiaient autrefois d’avantages essentiellement fiscaux, et de droits civils un peu différents, qu’on appelait fueros, et qui furent toujours respectés même après leur abolition dans les autres provinces. Durant les deux guerres carlistes au XIXe siècle, les Basques choisirent majoritairement le camp de l’opposition carliste traditionaliste et religieuse, ce qui amènera à la montée d’un sentiment anti Madrid après l’abolition totale des fueros en 1876. Je signale qu’il existe toujours un parti carliste.

La révolution industrielle a fait venir dans la région de Bilbao une main-d’œuvre issue des autres provinces espagnoles, qui heurte les basques traditionnalistes. Le nationalisme à proprement parler est créé en 1895 par Sabino Arana Goiri, rentier et fils de militant carliste exilé. C’est lui qui a créé le Parti National Basque ou PNV, et qui a inventé le terme Euskadi, qui désigne la patrie basque, notion politique alors que le Pays Basque, Euskal Herria, est une notion plus géographique et culturelle. Ses idées tiennent en 6 points : indépendance des provinces, indépendance de l’État par rapport à l’Eglise mais application intransigeante du catholicisme dans la vie politique, indépendance basque fondée sur la race basque définie par les noms de famille, défense de la langue basque, rétablissement de la démocratie basque traditionnelle et égalitaire, ruralisme et anticapitalisme. C’est un projet fondamentalement raciste, celui qui parle le basque mais n’a pas un nom basque n’est pas basque. Celui qui a un nom basque mais qui parle espagnol est basque. Il est donc formellement déconseillé de se marier avec un non-basque. Après la mort de Sabino Arana Goiri le parti est le siège de graves dissensions entre ultras et modérés. En 1911 apparaît un syndicat nationaliste qui va enraciner le PNV chez les ouvriers et les employés. La grande guerre apporte la prospérité à l’industrie et à la marine marchande et en 1917 le nationalisme obtient la majorité absolue à l’assemblée provinciale de Biscaye puis envoie des députés à Madrid. L’influence du parti nationaliste se superpose au caractère industriel de la région, il est plus faible dans les provinces agricoles, ainsi qu’en Navarre traditionaliste.

A la veille du coup d’état de 1923 il y a une scission en deux formations, l’une autonomiste, l’autre indépendantiste, le PNV, toujours au pouvoir en Biscaye, en Alava, et en Guipúzcoa.

En 1931 les quatre provinces basques espagnoles sont les seules à voter à droite. Une éphémère République d’Euskadi a existé entre 36 et 37 jusqu’à la chute de Bilbao. Malgré son anticommunisme et son cléricalisme, le PNV ne va pas s’associer au soulèvement franquiste, qui enterre le statut d’autonomie. Le Pays Basque va souffrir de la dictature de Primo de Rivera, puis de celle du général Franco, qui nourrissent le sentiment anti espagnol. La culture basque est persécutée, les prénoms basques sont interdits, la langue basque est combattue même dans la sphère privée. L’essor de l’industrie amène une nouvelle immigration des autres provinces espagnoles, accroissant la population basque de 900 000 personnes entre 1950 et 70. Mais l’immigration et le déclin de la langue n’ont pas pourtant fait reculer le nationalisme.

La lutte armée apparaît en 1959 avec l’ETA, Euskadi ta Askatasuna, « Pays basque et Liberté », créée par une nouvelle génération qui reproche au PNV son inertie et son pacifisme. Elle est influencée par les guerres décoloniales et la révolution cubaine et se convertit au socialisme puis au marxisme-léninisme, peut-être, en partie, pour recevoir des armes des pays de l’Est. Son but est l’indépendance d’un Pays Basque unifié et socialiste. L’abolition des frontières avec une société sans classes, est un objectif lointain qui viendra au terme d’une période de transition imposant des sacrifices, et des luttes. Chacun peut être un bon Basque s’il apprend la langue ou s’il lutte pour la cause. On est passé d’un nationalisme de type allemand, ethnique, à un nationalisme de type français, basé sur la subjectivité : je choisis d’être basque.

En 68 un policier ancien tortionnaire est tué à Saint-Sébastien, ce qui envoie en prison ou en exil des centaines de militants. Les habitants n’approuvent pas forcément la lutte armée mais admirent néanmoins le courage des activistes qu’ils voient comme une conscience morale, et ils finissent par devenir complices.

Au retour de la démocratie en 1977, le nationalisme basque espagnol est divisé mais majoritaire, sauf en Navarre. Le roi Juan Carlos accorde aux provinces basques un statut d’autonomie et de nombreuses concessions mais la fraction extrémiste de l’ETA poursuit ses attentats et il y eut en fait beaucoup plus de morts sous la démocratie que sous Franco, jusqu’à une centaine de morts par an à la fin des années 70. Beaucoup d’industriels

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