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Que désigne la science ?

Fiche : Que désigne la science ?. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  20 Mai 2013  •  Fiche  •  2 408 Mots (10 Pages)  •  514 Vues

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Introduction

Que faut-il entendre, dans cet intitulé de sujet, par la science? Ce terme désigne, par opposition à la connaissance « vulgaire », une connaissance rationnelle obtenue, soit par la voie démonstrative (ex : les mathématiques), soit par observation ainsi que par vérification expérimentale (ex : la physique). Ce type de connaissance est rigoureux, objectif, incontestable et « vrai ». Sa démarche rationnelle et sa visée d'objectivité le caractérisent. Par opposition aux connaissances philosophiques, où ne saurait régner l'accord entre les esprits, la science suppose cet accord ; non seulement elle est accessible à tous en droit, sinon en fait, mais elle se donne comme universellement valable, pour tout esprit. Sur cette « objectivité » et cette « universalité » de la science, il faudra, bien entendu, revenir ultérieurement.

Que signifie, maintenant, l'expression « avoir le monopole de » ? Posséder le monopole d'une chose, c'est en détenir le privilège exclusif, l'exclusivité en quelque sorte. Quant à la vérité, elle désigne ce à quoi l'esprit peut et doit donner son assentiment, par suite d'un rapport de conformité avec l'objet de pensée, ce qui est en correspondance avec un « donné » et semble ainsi « réel ».

• L'intitulé du sujet possède donc le sens suivant : la connaissance discursive établissant des rapports nécessaires, caractérisée par sa démarche rationnelle et sa visée d'objectivité et d'universalité, représente-t-elle le seul type de connaissance valable, auquel nous puissions donner notre assentiment et qui dégage un savoir réel ?

• Toutefois, cette idée que seule la science détiendrait le vrai pose problème. En effet, la notion de vérité et celle de vrai n'ont rien d'univoque. Bien au contraire, elles se donnent à nous de manière équivoque et ambiguë et elles peuvent désigner des axes de réalités multiples. En effet, je puis parler de la vérité de mes sens, de celle d'une proposition morale, h[***]istorique, etc... Tout ceci exprime des ordres de réalité fort différents. Par conséquent, l'idée d'un « monopole » de la vérité, détenu par la science, peut être, en première apparence, soumise au soupçon et questionnée. Loin d'être évidente, elle pose problème, pour le philosophe attentif aux ambiguïtés du vrai, qui s'interrogera sur le thème d'une vérité une et exclusive.

A) La science aurait le monopole de la vérité : la thèse scientiste.

Que la science détienne le monopole de la vérité, qu'elle possède, en quelque sorte, l'exclusivité du vrai, semble, néanmoins, à beaucoup d'esprits, une évidence, dans notre culture : en effet, la connaissance scientifique se donne comme objective par essence. Que signifie ce prédicat « objective » ? Ceci veut dire que la science dépasse les simples apparitions sensibles, contingentes, particulières, et qu'elle tente, au-delà de ces données empiriques, d'atteindre un sol en quelque sorte stable, au-delà du flux héraclitéen coloré, divers, changeant, qu'elle s'efforce d'établir un « monde vrai » se prêtant à des déterminations abstraites, lesquelles transcendent les opinions individuelles. Ainsi, dans la mesure où la science se propose de réaliser une connaissance des choses qui dépasse la sphère de la subjectivité, on peut dire, à première vue, qu'elle seule constitue un savoir « vrai ». Depuis l'époque de Galilée, la science moderne, la connaissance mathématique de la nature et des choses, s'est progressivement implantée dans tous les domaines, refoulant, d'étapes en étapes, de conquête en conquête, le qualitatif et le subjectif. Ainsi a-t-elle rejeté et refoulé les éléments arbitraires, subjectifs et flous, dans toutes les sphères, de manière à introduire le mathématique, le `mesurable et le quantitatif. En opérant un contrôle rigoureux sur tous les faits empiriques, la science semble atteindre ainsi le « réellement réel », le vrai. En effet, les autres recherches et disciplines, qu'il s'agisse de la religion, de la philosophie ou même de l'art, ,ne peuvent se prévaloir d'instruments aussi objectifs. Dans le cas de la recherche artistique, qui concerne toujours la sensibilité, un tel outil, par essence objectif, est d'ailleurs rigoureusement exclu. Dès lors, la science paraît légitimée, dans sa quête du vrai, par la réussite de la méthode expérimentale, l'objectivité qu'elle peut atteindre, mais aussi par une accumulation remarquable de résultats et succès scientifiques, particulièrement depuis le 19e siècle. Ainsi, la science possèderait seule une compétence absolue, et ce, dans tous les domaines du réel. Quant aux sciences humaines,' ces fameuses « sciences de l'esprit », comme on disait encore en une époque reculée — il s'agit de ces disciplines vouées à l'étude de l'humain — elles seraient destinées à se modeler sur le 'modèle des sciences de la nature, à s'orienter, elles aussi, vers le quantitatif et l'objectif voire à se diriger vers l'infrastructure des molécules ou atomes qui seuls, aux yeux de certains chercheurs, seraient en mesure de nous faire comprendre le monde de l'esprit.

Cette conception attribuant, à la science le monopole de la vérité porte un nom dans l'histoire des idées : elle s'appelle le « scientisme » ou le « positivisme » (au sens large de ce terme, et non point dans la signification étroite du système d'Auguste Comte). La science posséderait l'exclusivité du vrai, elle seule aurait donc une valeur absolue. Le « scientisme » a connu, à la fin du 19e siècle, une extraordinaire faveur et, de cette faveur, le roman de Roger Martin du Gard, Jean Barois, porte témoignage. Le héros refoule et rejette progressivement la vérité subjective, personnelle, religieuse, au nom de l'attitude scientifique et du modèle scientifique, comme si seule la science constituait la matrice de la vérité, comme si l'objectivité devait refouler l'univers de la croyance subjective, comme si la connaissance prétendant à une objectivité pouvait seule, en expulsant du monde les qualités sensibles, s'arroger le droit de se dire « vraie ». Mais le « scientisme » du 19e siècle, décrit par Martin du Gard, n'a nullement régressé. Bien au contraire, l'idéologie scientiste et positiviste de notre époque prolonge, en un assaut et un mouvement plus profonds, en une volonté beaucoup plus intense de réduire et d'éliminer, le vieux

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