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Plan de dissertation - Alain "La passion c'est moi et c'est plus fort que moi"

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Par   •  17 Mars 2016  •  Dissertation  •  1 814 Mots (8 Pages)  •  3 910 Vues

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Français-Philosophie : colle n°2, vendredi 18 mars 2016

Sujet A

Alain, dans ses Propos sur le bonheur (1928), résume ainsi ce que le passionné pense de lui-même : « La passion, c'est moi, et c'est plus fort que moi ». Votre lecture des œuvres au programme vous permet-elle de confirmer cette formule ?

On supporte moins aisément la passion que la maladie ; dont la cause est sans doute en ceci, que notre passion nous paraît résulter entièrement de notre caractère et de nos idées, mais porte avec cela les signes d’une nécessité invincible. Quand une blessure physique nous fait souffrir, nous y reconnaissons la marque de la nécessité qui nous entoure ; et tout est bien en nous, sauf la souffrance. Lorsqu’un objet présent, par son aspect ou par le bruit qu’il fait, ou par son odeur, provoque en nous de vifs mouvements de peur ou de désir, nous pouvons encore bien accuser les choses et les fuir, afin de nous remettre en équilibre. Mais pour la passion nous n’avons aucune espérance ; car si j’aime ou si je hais, il n’est pas nécessaire que l’objet soit devant mes yeux ; je l’imagine, et même je le change, par un travail intérieur qui est comme une poésie ; tout m’y ramène ; mes raisonnements sont sophistiques et me paraissent bons ; et c’est souvent la lucidité de l’intelligence qui me pique au bon endroit. On ne souffre pas autant par les émotions ; une belle peur vous jette dans la fuite, et vous ne pensez guère, alors, à vous-même. Mais la honte d’avoir eu peur, si l’on vous fait honte, se tournera en colère ou en discours. Surtout votre honte à vos propres yeux, quand vous êtes seul, et principalement la nuit, dans le repos forcé, voilà qui est insupportable, parce qu’alors vous la goûtez, si l’on peut dire, à loisir, et sans espérance ; toutes les flèches sont lancées par vous et reviennent sur vous ; c’est vous qui êtes votre ennemi. Quand le passionné s’est assuré qu’il n’est pas malade, et que rien ne l’empêche pour l’instant de vivre bien, il en vient à cette réflexion : « Ma passion, c’est moi ; et c’est plus fort que moi. »

Il y a toujours du remords et de l’épouvante dans la passion, et par raison, il me semble ; car on se dit : « Devrais-je me gouverner si mal ? Devrais-je ressasser ainsi les mêmes choses ? » De là une humiliation. Mais une épouvante aussi, car on se dit : « C’est ma pensée même qui est empoisonnée ; mes propres raisonnements sont contre moi ; quel est ce pouvoir magique qui conduit ma pensée ? » Magie est ici à sa place. Je crois que c’est la force des passions et l’esclavage intérieur qui ont conduit les hommes à l’idée d’un pouvoir occulte et d’un mauvais sort jeté par un mot ou par un regard. Faute de pouvoir se juger malade, le passionné se juge maudit ; et cette idée lui fournit des développements sans fin pour se torturer lui-même. Qui rendra compte de ces vives souffrances qui ne sont nulle part ? Et la perspective d’un supplice sans fin, et qui s’aggrave même de minute en minute, fait qu’ils courent à la mort avec joie.

Beaucoup ont écrit là-dessus ; et les stoïciens nous ont laissé de beaux raisonnements contre la crainte et contre la colère. Mais Descartes est le premier, et il s’en vante, qui ait visé droit au but dans son Traité des Passions. Il a fait voir que la passion, quoiqu’elle soit toute dans un état de nos pensées, dépend néanmoins des mouvements qui se font dans notre corps ; c’est par le mouvement du sang, et par la course d’on ne sait quel fluide qui voyage dans les nerfs et le cerveau, que les mêmes idées nous reviennent, et si vives, dans le silence de la nuit ; cette agitation physique nous échappe communément ; nous n’en voyons que les effets ; ou bien encore nous croyons qu’elle résulte de la passion, alors qu’au contraire c’est le mouvement corporel qui nourrit les passions. Si l’on comprenait bien cela, on s’épargnerait tout jugement de réflexion, soit sur les rêves, soit sur les passions qui sont des rêves mieux liés ; on y reconnaîtrait la nécessité extérieure à laquelle nous sommes tous soumis, au lieu de s’accuser soi-même et de se maudire soi-même. On se dirait : « Je suis triste ; je vois tout noir ; mais les événements n’y sont pour rien ; mes raisonnements n’y sont pour rien ; c’est mon corps qui veut raisonner ; ce sont des opinions d’estomac. »

DISSERTATION 1 : ALAIN

« Ma passion c’est moi ; et c’est plus fort que moi. »

  1. Analyse du sujet
  1. Compréhension globale essentielle
  • Soyez attentif à l’organisation de la phrase, à l’ensemble, avant d’analyser les mots précisément. Cette étape est essentielle et première (dans le temps et en importance).
  • Ici, la phrase est construite clairement comme un paradoxe ou une contradiction. Celle-ci ne peut qu’interroger le lecteur, que poser problème : comment est-ce possible ?

 

  1. Attention portée au point de vue
  • Soyez attentif à la place du locuteur : qui s’exprime ?
  • « Ma passion » : ici, il s’agit clairement du passionné. Cette affirmation ne se présente pas comme une vérité générale mais comme le point de vue du passionné. C’est sa façon de percevoir, sentir, vivre sa passion.
  • On pourra donc s’interroger sur la place de cette subjectivité. Le fait que cela soit un ressenti et non forcément la réalité permettrait-il de dépasser le paradoxe ?

 

  1. Analyse des termes de la phrase
  • Les termes ont un sens (ou plusieurs) issu du dictionnaire mais surtout ils ont un sens en tant que mots insérés dans la phrase et mis en relation avec les autres.
  • On a ici comme une tentative de définition de « ma passion » comme quelque chose qui nous définit (« c’est moi ») et paradoxalement comme quelque chose qui nous excèdeet nous domine (« c’est plus fort que moi »). Il faudra analyser ces caractéristiques de la passion et les problèmes qu’elles posent.
  • Si on est attentif au sens des mots on pourra s’interroger sur ce « moi ». Il se présente ici comme identique d’où la souffrance issue du paradoxe, d’où le paradoxe mais est-ce le même moi ? Question à analyser au cours du développement.

 

  1. Compréhension dans le contexte
  • Il est indispensable de prendre en compte le contexte de la citation si vous avez le texte d’où elle est tirée.
  • On supposera votre connaissance et compréhension du texte au préalable (exercice du résumé) et on attendra que vous évitiez les contresens et les hors-sujets grâce à la lecture et analyse préalable du texte.
  • Vous pouvez et parfois devez exploiter le texte, ce qu’Alain par exemple a voulu dire et vous pouvez bien sûr utiliser le texte dans votre développement, ponctuellement.

 

  1. Enjeu du sujet
  • Il est très important de s’interroger sur les conséquences des affirmations énoncées, sur les problèmes soulevés par le sujet.
  • Ici, ce paradoxe présente un constat plutôt pessimiste et fataliste suscitant, comme le fait remarquer Alain lui-même dans son texte, angoisse et culpabilité. Je suis responsable et dépassé, je subis et je ne suis pas que victime.

Ce sujet pose ainsi la question de savoir si nous sommes ainsi condamnés à subir la passion et à vivre ce douloureux paradoxe.

  • Ce sujet pose aussi une question quant à notre relation avec la passion sous l’angle de notre identité : est-ce ce qui nous définit ou bien ce que nous vivons comme notre identité ?

 

  1. Problématique
  • Rappel : la problématique est une question qui synthétise l’analyse du sujet et met à jour le problème principal posé par le sujet.
  • Cette reformulation explique le sujet et met en valeur votre compréhension du sujet.
  • Exemples possibles :

La passion peut-elle paradoxalement nous définir et nous assujettir ?

En quoi la passion peut-elle à la fois me représenter et me dépasser ?

Suis-je défini entièrement/uniquement par ma passion et comment est-il possible dans ce cas qu’elle soit plus forte que moi ?

En combattant ses passions, l’homme s’oppose-t-il à sa nature même ?

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