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Jeux et enjeux de la cour de récréation

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Par   •  23 Septembre 2012  •  Cours  •  9 815 Mots (40 Pages)  •  1 220 Vues

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terrainrevue d'ethnologie de l'Europe

Culture enfantine et règles de vie.> sommaire du numéro

terrain n°40 mars 2003 Enfant et apprentissage

Culture enfantine et règles de vie.

Jeux et enjeux de la cour de récréation

Julie Delalande

[résumé | abstract | table des matières | texte intégral | notes | bibliographie | citation | version imprimable]

Résumé

Apprendre est une nécessité pour devenir un adulte compétent. Au jour le jour, chaque enfant doit acquérir et maîtriser un savoir enfantin pour s’intégrer au groupe de ses pairs. L’observation de cours de récréation, à l’école maternelle et élémentaire, laisse apparaître une culture enfantine, ensemble de savoirs et savoir-faire, qui s’apprend au sein du groupe d’âge grâce à une complicité permettant l’initiation.Cet apprentissage de savoirs ludiques et de règles entre pairs est vécu dans une égalité de statut, loin de toute intention éducative, fournissant aux enfants l’occasion de s’approprier les enjeux sociaux et culturels propres à toute vie collective.

Mots clés : apprentissage,cours de récréation,culture enfantine,savoirs ludiques

Abstract

Children’s culture and the rules of life: Learning the rules on the school playground

Learning is necessary in order to become a competent adult. From day to day, each child has to acquire and control knowledge so as to become part of the peer group. Observing playgrounds in kindergartens and primary schools gives us a glimpse of a “children’s culture”, a set of knowledge and know-how learned within the age-group via an initiation based on mutual understanding. The experience of learning play and rules among age-mates is grounded in an equality of status, far from any intention to educate. It provides children with the opportunity to appropriate what is socially and culturally important for participation in a group.

Keywords : France,children’s culture,knowledge of play,learning,playground

Table des matières

Les enfants détenteurs d’un savoir

Apprendre pour faire partie des siens

Le savoir comme pouvoir : transmettre et créer un lien

La classe d’âge, espace de transmission et d’appropriation

L’apprentissage des règles de vie

Les rapports de sexes

Quel lien avec l’action éducative des adultes ?

Texte intégral

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Apprendre : voilà bien le mot que nous associons spontanément à celui d’enfance. L’activité d’apprendre serait au centre de son quotidien et de ses préoccupations. Le plus souvent, le fait d’apprentissage est envisagé du point de vue de l’adulte : comment enseigne-t-on aux enfants ? Pourtant, l’autre approche est également objet d’intérêt : comment les enfants apprennent-ils ? Dans les deux cas, on pense d’abord aux enseignements donnés par les adultes, les maîtres et par la famille. Mais qu’en est-il des apprentissages entre enfants ? Quels sont les savoirs enfantins qui méritent d’être transmis de leur point de vue et comment se fait leur apprentissage ? Cet article veut montrer le lien intime existant entre ces savoirs et les compétences sociales nécessaires à leur valorisation et à leur diffusion. Il présente non seulement les modes d’apprentissage des jeux, mais aussi ceux des règles sociales insufflées par les adultes et que les enfants s’approprient entre pairs. Ainsi apparaît le rôle primordial des relations entre enfants dans le processus éducatif.

La réflexion qui suit s’ajoute à sept années de recherche et d’observation dans les cours de récréation, pendant lesquelles j’ai exploré le large champ des dimensions sociales et culturelles des relations entre enfants 1. Cette étude m’amène à considérer le savoir moins comme un moyen de devenir un adulte compétent que comme une nécessité pour s’intégrer au groupe de pairs. De l’un à l’autre, ce qui change est bien le point de vue : s’intéresser à l’apprentissage non pas de notre point de vue, voyant en l’enfant l’adulte en devenir, mais de celui de l’enfant qui vit la maîtrise d’un savoir au présent, et comprend à chaque instant ce qu’elle lui apporte techniquement et socialement, auprès des adultes et des pairs.

Les enfants détenteurs d’un savoir

L’idée d’un savoir enfantin est largement admise par les anthropologues. Et pour cause : dès le xixe siècle, les folkloristes français se sont appliqués à fixer celui-ci pour en conserver la mémoire. En 1883, le folkloriste Eugène Rolland publiait Rimes et Jeux de l’enfance qui, mis à part un court avant-propos, se compose de formulettes 2 recueillies en diverses régions de France. Bien qu’il ne constitue qu’un inventaire, cet ouvrage témoigne de l’existence d’un savoir enfantin qui se transmet d’une génération à l’autre, certaines formulettes comme « une poule sur un mur… » étant toujours d’usage aujourd’hui. En 1931, Jean Baucomont, alors inspecteur de l’enseignement primaire, débute une enquête auprès des instituteurs sur le « folklore enfantin tout en entier », souhaitant faire connaître « plus intimement la vie profonde et le caractère des enfants ». Son travail n’est malheureusement pas publié, mais on peut le consulter aux archives des ATP (Arts et Traditions populaires) à Paris. Le souhait de Baucomont se trouve encore plus abouti dans le travail d’Arnold Van Gennep (1943) qui dépasse l’approche habituelle des folkloristes. Sa description de la société enfantine replace en effet les éléments de folklore dans les enjeux sociaux qui les organisent, proposant une véritable étude ethnographique. Il écrit : « L’éducation de l’enfant, son instruction verbale et agie, se fait surtout par les autres enfants, et sans qu’il s’en doute, par une contrainte morale et imitative. Il doit faire comme les autres : s’abstenir de “ce qui ne se fait pas”, se soumettre à un code d’honneur qui oppose la société enfantine à celle des adultes, de la famille d’abord, puis des

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