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Commentaire sur le poème La Musique de Charles Baudelaire

Mémoire : Commentaire sur le poème La Musique de Charles Baudelaire. Recherche parmi 240 000+ dissertations

Par   •  13 Novembre 2012  •  1 556 Mots (7 Pages)  •  751 Vues

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Les poètes entretiennent souvent une relation fructueuse avec les autres arts. Le recueil Les Fleurs du Mal (1856) témoigne de cette osmose ; Baudelaire célèbre la peinture dans « Les Fleurs », évoque la sculpture dans « La Beauté », et dans « La Musique » il nous fait de la façon dont, ordinairement, il ressent l'audition d'un morceau de musique, que nous pourrions par exemple attribué à Richard Wagner qui a souvent suscité son admiration. Pour nous permettre d'entrer dans sa sensation auditive, Baudelaire recourt à une vaste métaphore qui structure le texte et qu'il importera d'étudier en général avant de s'attacher à l'analyse du comparant, le voyage maritime, qui sert à évoquer les états d'âme contrastés du poète.

D'emblée le lecteur est saisi par le caractère éminemment métaphorique de ce texte. Au lieu d'analyser la musique qu'il écoute, Baudelaire nous la donne à entendre par le rythme et les sonorités, et à voir, à travers l'image filée du flot musical qui l'emporte. Le comparé « la musique » n'est nommément présent que dans le titre et l'incipit. Tout part ici de la sensation auditive, comme dans « Parfum exotique » la vision naît d'une sensation olfactive.

Un texte entretient toujours un dialogue avec son titre-annonce, désignation, programme-, aussi gardons-nous l'idée de musique à l'esprit tout au long du texte, même si Baudelaire, par le jeu des synesthésies (les couleurs, les parfums et les sons se répondent), semble nous emmener bien loin du domaine des sons. Le comparé « la musique », disparaît au profit du comparant « la mer », l'audition du morceau de musique devenant un voyage en voilier avec toutes ces vicissitudes. A partir du second vers la métaphore filée est presque in absentia tant la référence directe à la musique disparaît.

Il est probable que Baudelaire s'inspire ici de la musique de Wagner qui redonna une grande importance à l'orchestre tout au long de ses opéras prenants et envoûtants comme l'océan. Dans une de ses lettres au compositeur, en 1860, le poète célébra « la solennité des grands bruits, des grands aspects de la Nature » qu'il retrouvait dans ses ouvrages et dira éprouver, à leur audition « une volupté vraiment sensuelle et qui ressemble à celle de monter dans l'air ou de rouler sur la mer ».

La mer offre en effet ici l'idée de l'immensité et surtout du mouvement. L'allitération en labiales m, retirée quatre fois, insiste sur l'initiale commune de « musique » et de « mer » qui ont sur le poète l'effet d'un emportement total. « me prend » agit comme une prise de possession amoureuse ou maternelle. La modalité exclamative renforce l'élan de cet incipit. Par la suite, le mouvement sous toutes ses formes évoque les variations de la musique et les aléas du voyage en mer tous deux analogiques de la vie intérieure du poète en proie à la joie ou au long tourment. L'allusion à la nuit vers 7-8 (« les flots.que la nuit me voile ») montre que la sensation visuelle cède sa place au ressenti du mouvement pur (« j'escalade le dos. »). Un lexique ambigu vient servir cette figure de l'analogie qui, amorcée par une comparaison « comme une mer », s'épanouit en une vaste métaphore structurelle. Un verbe comme « vibrer » s'applique au trois domaines des sens : vibration des ondes sonores, de la coque du navire soumis à la colère des flots, et du système nerveux du poète qui est toute réceptivité. La métaphore structurelle et généralisée, qui travaille ce texte invite à s'interroger plus précisément sur la caractéristique du comparant, le voyage maritime. Qui subit ou vit ce voyage ? La figure dominante d'énonciation, le « je », apparaît d'emblée à travers le pronom personnel « me » et on note le rappel explicite de sa présence huit fois à travers les pronoms personnels (« je », « me ») et les adjectifs possessifs (« ma », « mon »). La première strophe peut laisser planer une ambiguïté sur ce « je » : est-il sur le navire ? « Je mets la voile » peut-être utilisé par un capitaine qui fait corps avec son bâtiment. Où est-il le navire lui-même ? La seconde strophe assimile le poète à une sorte de figure de proue (« la poitrine en avant ») tandis que les poumons se muent aux voiles. Une comparaison vient s'intégrer au vaste système métaphorique (« les poumons gonflés comme de la toile ») faisant du « je » un navire à part entière. En effet, il s'agit bien d'un voyage avec toutes ses composantes. La destination

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