Note critique du film l'histoire de Souleymane
Commentaire d'oeuvre : Note critique du film l'histoire de Souleymane. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar meloo.744 • 12 Février 2026 • Commentaire d'oeuvre • 1 016 Mots (5 Pages) • 10 Vues
Note critique : l’histoire de Souleymane
L’histoire de Souleymane est un film français sorti en 2024, primé au Festival de Cannes 2024 et aux César 2025. Le film suit Souleymane, un jeune guinéen sans papiers ayant quitté son pays d’origine avec sa mère afin de s’installer à Paris et aspirer à une vie meilleure. Le film dénonce la déshumanisation bureaucratique et l’exploitation économique des migrants en France, révélant les contradictions d’un système d’asile à la fois protecteur en discours mais répressif en pratique. Ce récit met en lumière la réalité des politiques migratoires françaises. A Paris, Souleymane travaille illégalement en tant que livreur de commandes Uber Eats. Son train de vie est sans repos, sans intimité, et marqué par un rythme rapide : courses à vélo pour ses livraisons, appels matinaux au 115 pour un lit en centre d'hébergement, ainsi qu’une nuit passée à la rue qui capture sa situation de précarité.
Au cours du film, il échange avec différents interlocuteurs. Emmanuel, le “patron” et propriétaire du compte Uber Eats sous-loué à Souleymane, incarne pleinement l’exploitation intra-migratoire. Il récupère et s’approprie la majeure partie des revenus de Souleymane, le traite comme s’il était inférieur à lui et redevable du prêt de son compte, puis finit par le brutaliser physiquement lorsque Souleymane lui réclame sa part. Ce phénomène s’inscrit dans “l’ubérisation” des migrants : entre 2019 et 2022, le nombre de livreurs a été multiplié par plus de 5 (de 35 000 à 180 000), avec une forte présence de migrants sans papiers via la sous-location de comptes, particulièrement dans les quartiers prioritaires. De plus, les revenus horaires bruts chez Uber Eats ont chuté de 27,7 €/h en 2021 à 20,5 €/h en 2024 (-34% ajusté à l’inflation)[1], accentuant la dépendance et la précarité. Parallèlement à ses livraisons, Souleymane s'apprête à passer son entretien auprès de l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) pour sa demande d’asile. Afin d'être le mieux préparé, il demande de l’aide à Barry qui vend un récit stéréotypé de persécution politique à plusieurs demandeurs d’asiles, sous prétexte que cela augmentera leurs chances d’une décision favorable. Barry profite en partie de ce “business” pour lequel les demandeurs d’asile le payent. Mais il aide finalement Souleymane en lui fournissant des documents malgré l’absence de paiement. Kadiatou, sa compagne restée en Guinée (qu'il a quitté pour lui laisser l’opportunité de se marier et connaître une vie meilleure) symbolise les sacrifices que doivent faire les migrants.
D’autres acteurs alimentent le mépris quotidien que subit Souleymane (clients, patrons de restaurants...). La scène avec les policiers (lors d’une livraison à un véhicule de police) matérialise l’interdit du travail avec un simple récépissé de demande d’asile. La réflexion du policier sur l’identité du détenteur du compte instaure un climat de peur et d’anxiété (sanctions administratives, perte du compte et de revenus, expulsion potentielle du pays…). Cette interaction montre les rapports de force entre les migrants sans papiers et les agents de l'État : vulnérabilité et peur constante du contrôle face à des agents répressifs et omniprésents.
Le film résonne avec les travaux d’Alexis Spire sur les agents de guichets et les demandes d’asile. Au guichet administratif, les agents soupçonnent systématiquement les récits des demandeurs d’asile, et dans la rue, les policiers appliquent de manière répressive l'interdiction de travailler (CESEDA, art. L.5333-1). Il illustre ce que Alexis Spire décrit comme la “dépolitisation du droit des étrangers par le travail bureaucratique”[2]. C’est le processus par lequel les agents administratifs transforment l’examen des demandes d’asile en une simple routine. Ils traitent les demandeurs avec indifférence et mépris et vident les histoires de leur dimension politique (sans évaluer les menaces réelles dans les pays d’origine). Le passage de l’entretien à l'OFPRA illustre bien cette dynamique, l’agente détecte tout de suite que le récit de Souleymane est faux et récité. Cela illustre le fait que de nombreux demandeurs d’asile se sentent contraints de mentir afin d’espérer avoir une réponse favorable. Ce besoin de mentir est également causé par la pression des délais et la logique de tri auxquels ils sont confrontés au sein des dispositifs administratifs. Mais malgré une froideur procédurale initiale, elle l’encourage à raconter sa vraie histoire, ce qui humanise brièvement l’entretien.
...