Retour à Reims
Fiche de lecture : Retour à Reims. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar titnessou • 15 Mars 2026 • Fiche de lecture • 4 025 Mots (17 Pages) • 6 Vues
FICHE DE LECTURE : « Retour à Reims »
PRESENTATION DE L’OUVRAGE
« Retour à Reims » de Didier Éribon est un récit autobiographique analysé sous le prisme sociologique. Paru en 2009 chez Fayard, ce livre comporte 247 pages au format poche dans l’édition Flammarion, Champs essais de 2018. Qualifié de « grand livre de sociologie et de théorie critique »[1], c’est un travail réflexif qui nous fait entrer dans l’intimité de l’auteur en même temps qu’il fait l’analyse de la société des années 50, 60. Cette autobiographie nous permet de découvrir son histoire depuis sa naissance, mais aussi de comprendre le contexte familial, social et éducatif dans lequel il a grandi. On découvre également les évolutions de la société au fil du temps depuis la naissance de ses parents jusqu’à l’écriture de l’œuvre.
BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR
Pour comprendre ce livre, je m’attarderai sur la biographie de Didier Éribon, car c’est un élément clé de compréhension du récit. Il faut saisir son parcours pour comprendre le sens de son œuvre.
Didier Éribon est un homme aux multiples casquettes professionnelles, il est à la fois auteur, journaliste, sociologue et philosophe. Né à Reims en 1953, de parents ouvriers, il est issu d’un milieu extrêmement modeste, dans lequel il a connu une grande pauvreté qui ne laissait en rien présager du succès de son devenir professionnel. Très tôt dans sa vie il s’est senti différent de sa famille. C’est à la fois son orientation sexuelle et son profond rejet de sa classe sociale qui l’ont incité à partir ; d’abord à Reims pour le lycée, puis à Paris pour ses études supérieures en philosophie, puis pour le travail. Il a choisi de poursuivre sa carrière professionnelle à Paris, car cette ville lui permettait d’être qui il voulait, sans se cacher, ni avoir honte. Il avait comme ambition d’être agrégé et de devenir enseignant, mais après plusieurs échecs au passage de l’agrégation il dû se résoudre à renoncer à son projet. Ses contacts amicaux, ainsi que ses compétences en littérature lui ont permis d’obtenir un emploi en tant que journaliste littéraire au sein du journal ‘Libération’. Grâce à son travail journalistique, il a pu « accéder et participer au monde intellectuel [2]» dont il rêvait depuis qu’il était jeune. Cette intégration lui a permis de se lier d’amitié avec le grand philosophe Michel Foucault ou bien l’éminant sociologue Pierre Bourdieu. Plus tard, à la suite de cette expérience en tant que journaliste, et grâce au soutien de ses amis écrivains et intellectuels, Didier Éribon s’est lancé dans le travail d’auteur, qui était un de ses projets, conservé comme un rêve secret dans un coin de son esprit. C’est d’abord en écrivant la biographie de Michel Foucault qui avait été son mentor et ami, qu’il a franchi le pas et est devenu un auteur reconnu et publié dans plusieurs langues. Malgré son sentiment de manque de légitimité, toujours lié à ses origines de classe, il a par la suite, écrit de nombreux ouvrages théoriques[3] sociologiques et philosophiques, dans lesquels nous avons découvert son sens de l’engagement, aussi bien politique, que social et humain. Concernant son engagement politique, il a eu, très tôt dans sa vie, une orientation très à gauche, voire à l’extrême gauche. Il était déjà engagé dans une organisation politique trotskiste alors qu’il n’avait que 16 ans[4]. On notera qu’au fil du temps, un changement s’est opéré, non pas de ses opinions mais du courant auquel il se sentait rattaché politiquement. En effet, l’évolution de la gauche et du communisme au fur et à mesure des années ne correspondait plus à ses représentations et à ce qu’il attendait des représentants politiques, il a notamment écrit à ce sujet dans D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (2007). D’un point de vue social et humain, Didier Éribon était un homme engagé et investi pour la cause homosexuelle étant lui-même concerné par le sujet. C’est même « cette petite différence » qui a été, en grande partie, à l’origine de son éloignement vis-à-vis de sa famille et de sa ville, mais également à l’origine de son parcours de vie et de son parcours professionnel. Il a écrit plusieurs livres au sujet de l’homosexualité, dont l’œuvre « Réflexions sur la question gay » (1999), qui lui a valu une renommée et reconnaissance internationale, lui permettant d’atteindre enfin son ambition professionnelle initiale : devenir enseignant à l’université, d’abord à l’international puis enfin en France. Depuis, Didier Éribon, en parallèle de son travail d’enseignant chercheur à l’université, participe toujours à une analyse juste, approfondie et acérée de notre société, au travers de conférences et d’œuvres écrites telles que son nouvel ouvrage paru en 2023, qui se nomme « Vie, vieillesse et mort d’une femme de peuple ». Ce livre traite d’un sujet d’actualité qui l’a touché au plus profond de son être : la prise en charge de sa mère et plus largement de nos ainés au sein des HEPAD publics en France. Par ce nouvel opus, D.E nous expose son point de vue sociologique concernant cette prise en charge particulière qui souffre comme l’ensemble des services publics du manque de personnel, de considération et de moyens[5].
CONTEXTE HISTORIQUE, POLITIQUE ET SOCIAL
L’histoire se déroule dans le milieu prolétaire d’une ville ouvrière de province, en l’occurrence Reims, au milieu du 20ème siècle. Cette région champenoise qui avait été profondément marquée par les 2 grandes guerres, était en pleine mutation liée à la croissance industrielle en cours à cette période. Les cités dortoirs se développaient au fur et à mesure que les ouvriers se multipliaient. L’ambiance était morose malgré la croissance, car la pénibilité des métiers ouvriers, ainsi que le manque de ressources financières (lié aux bas salaires de ce milieu), impactaient le moral de l’ensemble des individus de la classe laborieuse. L’arrivée des immigrés afin de pallier les besoins de main d’œuvre des années 60 n’avait pas arrangé le climat social. Cela l’avait même empiré lorsque dans les années 70, à la suite des 2 chocs pétroliers de 1973 et 1979, le chômage a connu une croissance exponentielle, entrainant avec lui la hausse de l’hostilité vis-à-vis des populations immigrées. Lorsque le chômage à commencer à croitre, la colère des classes populaires qui était jusqu’alors dirigée vers les classes bourgeoises dominantes, s’est dirigée vers une nouvelle classe, celle des immigrés, classe plus stigmatisée et rejetée encore que la plus basse des classes sociales du système, celle des prolétaires. Il leur était reproché d’être responsable de l’explosion du chômage et de la hausse de la délinquance. Cette redistribution des places dans l’ordre social, ainsi que l’embourgeoisement des représentants politiques de gauche par lequel le ‘petit peuple’ ne se sentait plus représenté, ont également bouleversé les orientations politiques des classes ouvrières, qui étaient jusqu’alors majoritairement communistes et qui se sont tournées vers le front national, parti politique qui répondait à leurs nouvelles préoccupations, à savoir, la limitation de l’immigration et la restitution intégrale de l’accès au marché du travail au citoyens français d’origine.
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