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Le cinéma indépendant turc

Dissertation : Le cinéma indépendant turc. Recherche parmi 241 000+ dissertations

Par   •  22 Octobre 2018  •  Dissertation  •  2 797 Mots (12 Pages)  •  144 Vues

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Manon Grodner

17105S366

Etudiante en 3ème année

Le cinéma indépendant en Turquie

Depuis l’apparition du cinéma en 1895 avec les Frères Lumières, la Turquie, et avant elle l’Empire Ottoman, se sont appliqués à promouvoir ce 7ème art comme vecteur de culture et de création identitaire. Après l’apogée du Yeşilçam jusqu’à la fin des années 70, le cinéma turc s’est surtout fait connaître pour ses films érotiques, puis pour des long-métrages à retentissement international comme le film Yol de Yılmaz Güney de 1982 qui a notamment reçu la Palme d’Or du Festival de Cannes la même année. Dès lors, le cinéma turc a connu une expansion sur tous les points de vue : soutien de l’État, développements de festivals en tout genre, reconnaissance à l’international… Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : en 2008, 265 films ont été à l'affiche contre 252 en 2007, avec respectivement 52 films turcs en 2008 et 42 l’année passée, contre seulement 13% de production locale en 1998. En 2009, la Turquie comptait 440 complexes de cinéma, soit 210 110 fauteuils. Sur les 38 millions de spectateurs, 22 millions allaient visionner des films locaux cette année-là. Enfin, en 2014, les salles de cinéma turques ont cumulé 61,4 millions d’entrées, menant le taux de fréquentation cinématographique à 80% de la population totale.

Si le cinéma turc a tout d’abord été celui, majoritairement, d’un cinéma populaire soutenu par le gouvernement et avec de gros moyens, de nombreuses productions indépendantes brillent aujourd’hui dans le pays et à l’international. Le cinéma populaire turc détient une esthétique particulière : souvent des histoires d’amour à dimension dramatique, à cadence rythmée et dont l’importance de la musique est fondamentale, en liaison avec la tradition du théâtre d’ombres du début du 20ème siècle en Turquie. Avec le cinéma indépendant turc aujourd’hui, l’esthétique est celle d’une cadence plus lente, axée sur une tradition d’auteurs et traitant de multiples sujets, politisés, tabous ou non. Doté de peu de moyens, le cinéma indépendant turc est porteur de messages décalés, qui dérangent parfois, et s’inscrit souvent dans la lignée du 7ème art à proprement parler, avec des plans artistiques qui invitent à une réflexion poussée. Même s’il est reconnu et encouragé par le gouvernement à travers des festivals comme l’If Festival (Festival des films indépendants) créé en 2001, le cinéma indépendant turc doit parfois aller à l’encontre d’obstacles d’ordres sociétaux et politico-culturels.

Dès lors, à travers les nombreux festivals de cinéma turcs, quelle est la place du cinéma indépendant en Turquie actuellement et quels sont ses axes de recherche, ses assises ou encore les barrières qui s’érigent contre son essor ?

En 1998, Hülya Uçansu, ancienne directrice du Festival International du Film alarmait sur l’importance fondamentale « d’introduire des cinématographies différentes en Turquie ». Ce festival, qui se tient à Istanbul depuis 1982, a longtemps tenu tête à la censure étatique et a permis au cinéma turc d’acquérir une maturité technique doublé d’un regard plus sensible sur la réalité politico-sociale du pays. Il décerne notamment la prestigieuse Tulipe d’Or pour les films internationaux, et d’autres récompenses uniquement destinées aux films turcs. Yeşim Ustaoğlu, Nuri Bilge Ceylan, Serdar Akar ou Reis Çelik sont autant de jeunes réalisateurs turcs issus de cette nouvelle génération de la fin du millénaire. Appelée parfois la « Nouvelle Vague » turque, un des films fondateurs serait « A bord » (Gemide), de Serdar Akar, réalisé en 1998 sans moyens et relatant la vie d'une bande de marins, rythmée par les journées de travail sur le Bosphore et les nuits sans fin vouées à la consommation de drogues et au récit d'histoires salaces. Portrait d'un monde clos et hiérarchisé, frustration sexuelle et incommunicabilité forment les balises de cette navigation en eaux troubles, menée sur un mode naturaliste. Emblématique du cinéma turc indépendant, cette première œuvre issue du groupe des « nouveaux cinéastes » (Yeni Sinemacılar), et sélectionnée au festival de Cannes par la Semaine de la Critique, mêle un ton provocateur et politiquement incorrect à un sens aigu de la mise en scène.

A la fin du 20ème siècle, le cinéma indépendant turc prend donc un essor considérable avec des films comme « La blessure » (Yara), du turco-allemand Yılmaz Arslan qui traite de la drogue, de la violence et du racisme puis « Lola et Bilidikid » (Lola ve Bilidikid), second film de Kutluğ Ataman qui présentera aux yeux du public l’itinéraire d’un jeune turc homosexuel dans les rues de Berlin pour insister sur les vicissitudes d’une petite communauté doublement marginalisée, socialement et sexuellement. Tous ces films indépendants posent dès lors les bases du cinéma turc indépendant à travers des sujets tabous comme la question kurde, la drogue, l’exil, l’identité sexuelle et sociale. Dans la même veine, la plus grande réalisation pour le cinéma indépendant turc reste la mise en place de l’If Festival depuis 2001, Festival du Film Indépendant qui, pour s’affranchir de tout élitisme stambouliote, est également basé à Ankara et Izmir et organise des projections dans plus de 30 villes en Turquie, en Palestine, à Chypre et en Arménie. De la science-fiction au film expérimental, des questions de sexualité aux revendications kurdes, le festival insuffle liberté et créativité dans la capitale culturelle du pays.

Le cinéma indépendant s’envole ensuite avec des réalisateurs s’inscrivant dans un processus plus international, avec l’aide financière de l’Union Européenne notamment et d’autres fonds d’ordre privé. Nuri Bilge Ceylan est l’un de ces réalisateurs auquel on ne peut passer outre. Ainsi, « Uzak » et « Il était une fois en Anatolie » (Bir Zamanlar Anadolu’da) lui ont fait remporter par deux fois le Grand Prix du jury au festival de Cannes, en 2003 et 2011. Primé du Meilleur film en 2012 au Festival International de Dublin, Nuri Bilge Ceylan a par ailleurs raflé le titre d’Orange d’or du Meilleur Film pour ses deux films « Uzak » et « Les Climats » (Iklimler) au Festival International d’Antalya, autre grand festival de renom pour le cinéma turc. En 2008, on lui décerne le Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes pour son long-métrage « Les Trois Singes » (Üç maymun). Parmi ces réalisateurs fondamentaux, Yeşim Ustaoğlu est aussi une pionnière de cette nouvelle génération de cinéastes dont les films ont été distribués en France et sélectionnés dans de grands festivals comme celui de Berlin. Avec des films comme « Araf, quelque part entre deux » (2013) ou « Voyage vers le soleil » (1999), elle est l’auteure du premier film turc en langue kurde et aborde les questions politiques, notamment kurde et arménienne. Ce film, culte en Turquie, ne sera d’ailleurs jamais montré à la télévision et seulement diffusé par le Festival International du Film d’Istanbul dirigé par Kerem Ayana.

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