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Fiche de lecture - 2008, Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration, Paris, Raisons d’agir.

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Par   •  26 Septembre 2017  •  Fiche de lecture  •  2 020 Mots (9 Pages)  •  710 Vues

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Après s’être intéressé aux rapports entre l’immigration et administration Alexis Spire mène ici une enquête de terrain dans une observation participante à l’intérieur même des services de l’immigration en tant qu’agent de guichet, en France et à l’étranger, afin de comprendre ce qu’il appelle « la politique des guichets ». C’est un adepte de la sociologie expérimentale ce qui dans son enquête se montre par un détachement réflexif des outils théoriques pour privilégier des explications sur l’observation en faisant varier les échelles entre individus, institutions et superstructure. Son livre s’articule autour de deux sujets. D’un côté il cherche à comprendre comment fonctionne le paradoxe de la politique migratoire de l’Etat français qu’il décrit comme un faux compromis entre accueil des étrangers dans le respect des droits de l’homme selon les conventions internationales signées par la France, et une volonté de « maîtrise des flux migratoire » se traduisant dans les faits par une fixation d’objectifs chiffrés toujours plus élevés dans la lutte contre l’immigration illégale. De l’autre côté il s’intéresse aux personnes chargées de mener cette politique dans les bureaux de l’immigration, en particulier les guichetiers en contact direct avec les étrangers. Il déconstruit ainsi deux prénotions sur ces agents de l’immigration, le fait qu’il seraient pour la plupart raciste expliquant les mauvaises conditions d’accueil des immigrants mais aussi qu’ils ne font qu’appliquer la loi, or ils disposent d’un fort pouvoir discrétionnaire qui varie donc à la fois en fonction des agents mais surtout des instructions de leur direction locale et non nationale.  Ce résumé des conclusions de l’enquête qu’il fait au début du livre permet directement au lecteur de cerner les ambitions de l’auteur au début de son enquête et son sentiment vis-à-vis de la politique de l’immigration française, à défaut de montrer un engagement politique soutenant les étrangers il les présente comme des victimes « d’insécurité juridique » et « corvéables au gré des besoins des entreprises ». La subjectivité de l’auteur semble donc très difficile à évaluer car si le travail est objectif le choix même de ce sujet clivant et très présent dans l’actualité peut montrer un positionnement politique. Ma problématique rejoint donc le paradoxe posé plus haut afin de décrypter la politique mise en place dans l’immigration et son effet réel, c’est-à-dire en décalage avec une vision d’un service d’accueil neutre tel qu’il est pensé par ces guichetiers. Comment s’articule cet écart dans les entre volonté d’accueillir et contrôle des flux d’immigrations dans les guichets des services de l’immigration ?

La reprise des expressions du pouvoir faite par Alexis Spire comme « sévère et digne » ou « ferme et humaine » permet bien d’identifier le but réel de la politique migratoire. Il y a clairement une position de méfiance envers les étrangers qui pour reprendre les mots d’Alexis Spire « ne doivent pas constituer une menace pour l’ordre politique, économique et social ». Cette lutte idéologique qui dessine l’immigration comme une menace à l’identité nationale est un discours qu’il retrouvera souvent chez ces agents guichetiers, qui se font ainsi un relai de cette idéologie. Il dresse ainsi un ordre à protéger qu’il décompose en trois thèmes, ceux-ci recoupent à la fois le discours du pouvoir en place mais aussi les représentations que les guichetiers se font de l’immigration. On y retrouve donc l’opposition entre le « profiteur » qui ne veut pas travailler ni s’intégrer et eux les guichetiers, ceux qui ont vécu la précarité mais ont dû travailler dur pour survivre et se considèrent donc comme des méritants.

 Ils sont donc les défenseurs de l’ordre public en luttant contre les fraudes, de l’ordre moral en stigmatisant ceux qui abusent du « modèle social » français et enfin de l’ordre économique en faisant la distinction entre étrangers « utiles » à l’économie et les autres. Concrètement, Alexis Spire illustre cette lutte en identifiant les nouvelles formes de fraudes et profils qui y sont associés, par exemple on serait passé d’une lutte dans les années 1970 contre les « faux touristes » à une lutte contre les « faux réfugiés » dans les années 1980 et après. Une vérificatrice de procédures exerçant en préfecture, témoigne donc d’une nouvelle tendance de fraude qui serait celle des mariages de complaisance, ce qui est très dur à prouver mais elle affirme pouvoir « repérer tout de suite lorsqu’il y a un truc louche ». Alexis Spire identifie ces guichetiers très zélés comme des entrepreneurs de morale, qu’il considère peu nombreux mais très influents. L’immense majorité n’adhère pas aveuglement à ce discours mais ne le conteste pas pour autant, ce sont les pragmatiques. Il y aussi des réfractaires, ceux qui refuse ce discours stigmatisant mais qui néanmoins finissent par adopter les pratiques des autres, cela s’explique par la politique du chiffre qui met une grosse pression en termes d’objectif sans donner les moyens aux guichetiers de les atteindre en accueillant dignement les migrants. Ils ne sont donc pas en mesure de remettre en cause ce système car ils tiennent beaucoup à ce métier stable qui leur transmet par ailleurs une fierté nationale en tant que défenseur des services publics.

Cette politique du chiffre influence en fait beaucoup la cohésion idéologique des agents de l’immigration car à défaut d’uniformiser les opinions sous la pression elle a créé une véritable identité de groupe soudé et solidaire en opposition à celles des étrangers dont ils sont poussés à se méfier ce qui permet de surmonter les divisions. Les divers entretiens d’Alexis Spire sont ainsi très enrichissant en donnant des exemples concrets pour renforcer ses interprétations. Un jour, alors que le bureau allait fermer après avoir « fait ses chiffres », une réfractaire proteste et souhaite accueillir les deux étrangers restants. Sa directrice de service lui rétorque que non ce n’est pas possible, en effet si les bureaux accueillent plus d’étrangers que prévu leurs objectifs chiffrés seront revus à la hausse ce qui leur ferait plus de travail sans disposer de plus de moyens. Ceux qui voudraient changer les pratiques des guichetiers y sont donc fortement découragés par le fonctionnement même de l’institution. Après tous les nouveaux guichetiers sont peu formés et sont donc forcés de calquer les pratiques des autres guichetiers s’ils ne veulent pas être débordé, par les conflits avec les étrangers à l’accueil en particulier. Ce vécu partagé dû à des manques de moyens renforce encore plus l’identité de groupe basée sur le « eux et nous ».

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