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Recension la contre démocratie

Commentaire d'oeuvre : Recension la contre démocratie. Recherche parmi 236 000+ dissertations

Par   •  8 Novembre 2019  •  Commentaire d'oeuvre  •  21 131 Mots (85 Pages)  •  42 Vues

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Travaux dirigés : Science politique générale

Recension: La contre-démocratie, la politique à l’âge de la défiance, Pierre Rosanvallon, Seuil, 2006

I – Introduction

Pierre Rosanvallon, né le 1er janvier 1948 à Blois, diplômé de l’Ecole des hautes études commerciales (= HEC), est un historien et sociologue français connu comme l’un des principaux théoriciens de l’autogestion. Passé par la Confédération Française Démocratique du Travail (= CFDT), le Parti socialiste unifié de Michel Rocard et l’actuel Parti socialiste, il occupe aujourd’hui la chaire d’Histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France et est également directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (= EHESS) où il dirige le centre de recherches sociologiques et politiques Raymond Aron. En 2002 il fonde « La République des idées », un atelier de réflexion classé au centre-gauche et connu pour ses publications régulières aux éditions Seuil. Considéré comme le plus grand spécialiste de la démocratie française il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence comme Le sacre du citoyen (1992), Histoire de la représentation démocratique en France (1998), La démocratie inachevée (2000) et La contre- démocratie (2006).

Dans La contre-démocratie, Pierre Rosanvallon fait le constat paradoxal que « si l’idéal démocratique règne désormais sans partage, les régimes qui s’en réclament suscitent presque partout de vives critiques » (page 1). Il y aurait donc une érosion de la confiance des citoyens dans leurs dirigeants qui se traduirait en France, par un rejet systématique des gouvernements en place depuis 1981 et l’arrivée de la gauche au pouvoir, synonyme d’alternance politique. Alors que les interprétations traditionnelles de cette érosion mêlent individualisme croissant, repli sur la sphère privée, déclin de la volonté politique et élites coupées du peuple, Pierre Rosanvallon prend le contrepied de ces idées reçues et s’oppose au « mythe du citoyen passif » (page 23). En effet, bien que la démocratie d’élection soit en déclin (abstention), d’autres formes de participations politiques non conventionnelles se sont développées mettant à mal l’idée de repli sur la sphère privée. Le problème serait

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plutôt celui de l’impolitique, c’est-à-dire « du défaut d’appréhension globale des problèmes liés à l’organisation d’un monde commun » (page 28). Ainsi, en préférant influencer le pouvoir plutôt que de le conquérir, les manifestations de la contre- démocratie conduiraient au creusement de la distance entre le peuple et les institutions, « ont pour première conséquence de dissoudre les expressions de l’appartenance à un monde commun » (page 28). Cette contre-démocratie répond à la démocratie, elle-même définie « comme une promesse et comme un problème, promesse d’un régime accordé aux besoins de la société [...] et problème d’une réalité souvent fort loin d’avoir satisfait ces nobles idéaux » (page 10) et n’est donc pas le l’exact contraire de la démocratie, « c’est plutôt la forme de démocratie qui conforte l’autre, c’est la démocratie des pouvoirs indirects disséminés dans le corps social, la démocratie permanente de la défiance face à la démocratie épisodique de la légitimité électorale » (page 15).

La crise qui traverse la démocratie serait donc le fruit d’une dissonance entre ce qui est attendue d’elle et ce qu’il en est concrètement. Faisant la distinction entre les mécanismes d’institution de la légitimité politique et ceux qui permettent l’installation d’une véritable confiance, Pierre Rosanvallon instaure ainsi dès l’introduction une différence conceptuelle fondamentale entre légitimité et confiance. La première, épisodique mais concrète car fondée sur le vote, la seconde, continue (ou non) mais plus abstraite car fondée sur un lien de confiance entre le peuple et ses représentants. Le système démocratique est ainsi fait que de la première devrait découler la seconde, force est de constater que tel n’est pas le cas puisqu’il existe un décalage entre légitimité et confiance. Cette particularité n’est cependant pas propre à l’époque actuelle et semble inhérente aux régimes démocratiques, « nous n’avons jamais connu de régimes démocratiques, les démocraties réellement existantes sont restées inachevées » (page 10). Ce décalage engendre une tension, c’est de cette tension dont il est question lorsque Pierre Rosanvallon parle de défiance. Cette défiance se manifeste sous deux formes. La première, libérale et théorisée par Montesquieu dans De l’esprit des lois (« pour qu’on ne puisse abuser de pouvoir, il faut que, par disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir »), vise à éviter l’abus de pouvoir. La seconde, démocratique et étudiée en l’espèce, qui consiste à « veiller à ce que l’élu reste fidèle à ses engagements, de trouver les moyens permettant de maintenir l’exigence initiale d’un service du bien commun » (page 14).

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Pierre Rosanvallon distingue trois modalités d’organisation de la défiance démocratique : les pouvoirs de surveillance, les formes d’empêchement et les mises à l’épreuve d’un jugement. Ces pouvoirs indirects sont à la fois post-démocratiques, « c’est-à-dire qu’ils s’établissent en réaction de promesses non tenues » (page 29) et pré-démocratiques, « en ce sens où l’exercice de pouvoirs de surveillance et de résistance constituent la première étape de l’émancipation humaine » (page 30). Ces trois contre-pouvoirs dessinent les contours de ce que Pierre Rosanvallon appelle la contre-démocratie.

II – Exposé critique

Nous faisons ici le choix d’une présentation calquée sur la structure en quatre parties de l’ouvrage de Pierre Rosanvallon.

A. La démocratie de surveillance

A l’instar de Madame Roland qui déclara « le gouvernement représentatif devient bientôt le plus corrompu des gouvernements si le peuple cesse d’inspecter ses représentants », de nombreux acteurs ayant pris part à la Révolution française ont invoqué le pouvoir de surveillance dès les prémices de ce mouvement. Il faut cependant attendre la seconde moitié du 20ème siècle et les travaux de Michel Foucault pour que soit étudiée cette société de surveillance que Pierre Rosanvallon définit comme « un ensemble de dispositifs au moyen desquels les pouvoirs se glissaient

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