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Le don est-il gratuit ou n'est-il qu'une forme de l'échange ?

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Par   •  12 Octobre 2017  •  Dissertation  •  1 627 Mots (7 Pages)  •  2 347 Vues

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Le don est il gratuit ou n'est il qu'une forme de l'échange ?

        Pour l’ethnologue Marcel Mauss “On se donne en donnant” ,  le don ne peut se penser sans une réciprocité, un retour.  Pourtant on oppose spontanément le don et l’échange ou on considère que le don n’est pas un échange ordinaire.  On peut donc se demander si le don est comme l'indique sa définition première gratuit et désintéressé  , ou alors  si il n'est qu'une forme de l'échange comme le pense Marcel Mauss ? L'échange quel qu’il soit est lié à un intérêt, sous sa forme économique notamment, puisqu’il n’y a pas d’échange sans contrepartie, par opposition au don qui est, semble-t-il, désintéressé. Donner, par définition, ce n’est pas échanger. Donner est l'action d'offrir quelque chose sans obtenir de contrepartie (quelle qu'elle soit) de la part du receveur. Au contraire, l'échange du latin excambiare formé sur “cambiare” qui signifie échanger , troquer est l'action de donner quelque chose, mais le donneur reçoit une contrepartie de valeur équivalente. On peut donc dire que le don implique une action à sens unique, tandis que l'échange requiert l'action de toutes les parties engagées. Ainsi nous verrons dans un premier temps qu'est ce qui par définition rend le don gratuit ? Puis nous nous poserons la question suivante ; peut-il y avoir une générosité totalement désintéressée ?  C'est pourquoi nous nous demanderons pour finir à quelles conditions le don peut en effet prendre la forme d'un échange autrement dit , le don dans sa pureté est-il possible?

        Par définition , donner, c’est offrir sans espoir de retour, sans attendre de contrepartie. Le don ne demande pas de retour, il n’est pas une relation réciproque, il renvoie à des valeurs morales comme la générosité, la gratuité, le plaisir désintéressé et échappe  au rapport marchand. En effet , dans le processus du don , celui qui donne le fait librement et spontanément. Quant au bénéficiaire du don il n'a aucune obligation de rendre le don.

De plus , le don créer un lien , ce lien permet d’échapper aux règles de l’échange monétaire et d’instaurer des liens désintéressés, donc des relations humaines autres que marchands. Par exemple, le don est au fondement de l’amour et de l’amitié : entre amis, on ne compte pas.  Selon Aristote dans «  La véritable amitié » la cité repose sur l’amitié « philia »  c’est-à-dire sur l’attachement mutuel des citoyens. Le don, dans cette optique, permet une forme authentique de rapport à autrui. Les liens affectifs, à l’intérieur de la famille, par exemple, interdisent l’échange : les parents ne comptent pas les heures de nuit passées à donner le biberon, ils donnent sans compter. Le don est, très souvent, un don sans contre-don. Si je consacre mes efforts à assister un parent malade, je m’attends, certes, à ce qu’il en fasse autant pour moi si je suis à mon tour souffrant, mais je souhaite n’être pas malade et donc n’avoir pas à recevoir la contrepartie de mon don gracieux. Ainsi donne-t-on de l’argent pour aider une association ; on donne des cadeaux à Noël ou pour un anniversaire, non pas par calcul intéressé, mais pour faire plaisir à autrui et lui manifester notre affection. On donne son sang, son temps et même, dans certaines circonstances, sa vie.

Mais est ce que la gratuité du don est réellement désintéressée ?

Si tout semble opposer le don et l’échange, le don n’obéit-il pas à la même logique que celle de l’échange ? Le don échappe-t-il vraiment aux obligations sociales ?

         Ne donne-t-on pas, en réalité, dans l’espoir, fût-il inconscient, de recevoir en retour ? On donne pour se faire plaisir, pour avoir bonne réputation, pour se donner bonne conscience, voire pour dominer autrui. De plus ,  le don n’échappe pas à la logique marchande et à celle de la consommation. Les cadeaux que l’on fait à Noël, par exemple, entrent dans une logique marchande, entretenue par la publicité et la pression sociale. En outre , la tradition, les coutumes, la fierté nous obligent à rendre lorsqu’on nous a donné. Le don appelle nécessairement un contre-don. Derrière le don , on peut apercevoir la même logique que celle de l'échange. Il est possible d’illustrer cet argument a la lumière des travaux de l'anthropologue Marcel Mauss ayant étudié le mécanisme du don dans Essai sur le don. D'après lui , le don repose sur une triple obligation : donner , recevoir , rendre. Mauss entend montrer que , loin d’être altruiste le don participe à la création d'un réseau d'obligations.

D'après lui , le don est un « fait social total » : on n’échange pas simplement des biens et des services mais aussi des structures familiales ( des femmes) , des rituels , des structures religieuses ou politiques. Le don est donc une forme d’échange qu'il faut comprendre à l’échelle de la société et non pas seulement dans sa dimension économique. Marcel Mauss étudie ainsi le phénomène du potlach (échange rituel) parmi les indiens d’Amérique du nord. La pratique du “potlatch” consiste à offrir des biens à un rival afin de le défier ou de l’humilier; le donateur doit, sous peine de perdre tout son prestige, pratiquer un contre don équivalent . Le potlatch est un type de prestations sociales dans lesquelles s’affrontent sous forme de fêtes les chefs de clans rivaux. Cette pratique est organisée en un système de rivalité : il s’agit de surenchérir sur les dons de l’autre, ce qui implique ce que Mauss appelle l’ “allure agonistique” (le combat) de cette prestation. Au lieu de se battre à coups de flèches, on se bat à coups de cadeaux. Le circuit de l'échange s'engage , selon l'obligation de donner , recevoir , rendre. Marcel Mauss note le caractère paradoxal du don: il est par définition volontaire et, de ce fait, gratuit. Cependant, toutes les sociétés font obligation aux individus de pratiquer l'échange. Le don est à la fois volontaire et obligatoire. Il possède l'une des caractéristiques du fait social tel que le définissait Durkheim : il s’impose à l’individu, il est contraignant. Certes , le don n'a pas à proprement parler une valeur économique mais il est loin d’être un échange désintéressé. Au delà de simples échanges économique , les dons et les contre dons s'inscrivent dans une relation de défi et de reconnaissance , de lutte pour la vie au moyen d'objets d'échange dont la valeur , aussi significative soit-elle , reste toujours secondaire. Cela rend-il le don impossible ? Cela lui fait-il perdre toute valeur ?

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