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Le désir Est-il La Marque De La Misere Del'homme

Dissertation : Le désir Est-il La Marque De La Misere Del'homme. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  11 Mars 2012  •  2 687 Mots (11 Pages)  •  1 529 Vues

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Si on tente de classer les manques auxquels est soumis l’homme, une distinction classique consiste à séparer les besoins des désirs. Les besoins ont pour caractéristique d’être nécessaires, que ce soit pour des raisons biologiques (manger, dormir, boire, respirer…) ou pour des raisons sociales (dans notre société, il est nécessaire d’avoir accès à l’électricité, à un logement, à l’eau courante, à des moyens de communication, de déplacement). Si on ne les satisfait pas, on tombe dans une situation où le nécessaire n’est plus satisfait, autrement dit dans la misère, qui est justement définie comme étant la privation de tout, même du nécessaire. Le désir est un manque moins palpable car même si on sait qu’on désire, l’objet du désir n’est pas forcément ce que vise manifestement le désir. Autrement dit, si l’objet du besoin est identifié, celui du désir est plus flou car il s’agit moins d’un « manque d’avoir » que, comme l’écrira Sartre, d’un « manque d’être » . Dès lors, si le besoin, quand il n’est pas satisfait peut sans aucun doute être considéré comme une marque de la misère de l’homme, on va avoir plus de mal à considérer le désir sous cet angle là puisque, même s’il est bien de l’ordre du manque, on peut considérer qu’il ne s’agit pas d’un manque nécessaire. Néanmoins, si on considère que le désir non satisfait n’est pas la marque de la misère de l’homme, alors on affirme simultanément que l’homme ne vit que de besoins vitaux et sociaux satisfaits. Or on peut douter que satisfaire ses besoins suffise à l’homme. C’est pour cela que la question que nous devons finalement traiter, c’est celle de la valeur et de l’importance du désir dans une vie d’homme : doit on considérer que voir le désir non satisfait provoque la misère de l’homme ? Ou doit on au contraire penser que le désir est de l’ordre du superflu et qu’il est un supplément, que l’homme peut satisfaire s’il en a le loisir, mais qui ne constitue pas son essence ? Voici les questions auxquelles nous devons donner réponse.

On l’a dit, le désir est avant tout un manque. Quand Platon le décrit, c’est à travers deux images. La première, c’est celle du tonneau des danaïdes, qu’on trouve dans son dialogue le Gorgias. Dans la mythologie grecque, les danaïdes étaient les cinquante filles du roi Danaos, qui, forcées à se marier le même jour, tuèrent toutes leur mari le soir même du mariage. Elles furent punies à aller en enfer, et à remplir un tonneau dont le fond était percé, et qui perdait l’eau au fur et à mesure qu’on l’y versait. On cerne bien dans cette première image le caractère singulièrement précaire du désir : comme l’eau qu’on verse dans ce tonneau, le désire se « désatisfait » au fur et à mesure qu’il trouve satisfaction. On a là ce qui fait le point commun entre le besoin et le désir : le manque. Mais on a aussi ce qui en fait la différence : le besoin peut être satisfait, le désir ne le peut pas. En effet, quand on a soif, on boit et le besoin disparaît, au moins pour un temps. Alors que si on désire quelque chose, mystérieusement, la satisfaction n’est jamais au rendez vous.

En ce sens on va considérer que le désir est sans fin, qu’il se renouvelle sans cesse, qu’il trouve toujours un nouvel objet sur lequel se fixer, mais qu’en fait ce n’est pas l’objet qui le caractérise, mais le manque de l’objet. C’est là une différence plus profonde entre besoin et désir : le besoin est défini par l’objet dont il est le manque, alors que le désir ne se réduit pas à son objet, au contraire il le dépasse sans cesse. L’exemple typique de ce trait de caractère du désir, c’est l’image de Dom Juan qui semble désirer les femmes, mais dont on voit bien qu’aucune des femmes qu’il séduit ne parvient à lui offrir satisfaction. C’est donc que son désir dépasse l’objet désirer, qu’il a soif de quelque chose qui est au-delà d’elles. Mais si on considère que le besoin peut être satisfait, alors que le désir ne le peut pas, alors on tient un bon argument permettant d’affirmer que le désir est bien une certaine forme de marqueur de misère, qu’il serait même a la source d’une misère nécessaire, puisqu’il serait une soif qui ne s’étanche jamais.

Pour autant, il y a un risque que le désir ne soit finalement qu’un caprice. On sait qu’un enfant est capable de vouloir tel ou tel objet uniquement pour éprouver son pouvoir sur ses parents, et manifester sa colère en cas de refus. Le caprice ne porte ni sur l’objet requis, ni sur quelque chose d’essentiellement vital. Il n’est qu’une mise à l’épreuve égocentrique et injustifiée. En ce sens il est comme certaines formes de consommation, l’expression de notre goût pour le superflu. Mais si cette forme d’envie est superflue, on ne peut affirmer que sa non satisfaction puisse être caractérisée comme étant un critère de misère. Ce serait excessif.

Aussi pouvons nous ici affirmer que le désir est ambigu car il possède un caractère définitivement insatisfait, qui peut laisser penser qu’il est marque de misère humaine. Mais pour que ce soit vraiment le cas, il faudrait aussi qu’il porte sur quelque chose d’absolument essentiel pour l’homme. Or pour le moment, il semble plutôt se trouver dans l’ordre des manques superflus et égoïstes.

Le problème, c’est que le classement des manques entrepris dès l’introduction est difficile à mettre en place, dans la mesure où les besoins ne se limitent pas aux strictes nécessités biologiques, peuvent même devenir relativement complexes, et dans la mesure aussi où le désir s’appuie sur des objets repérables et souvent matériels pour exister, ce qui ne peut que brouiller les pistes. Le problème est aussi qu’un même objet peut aussi bien être objet de besoin ou objet visé par un désir. La cigarette est un exemple simple et parlant. Le rapport le plus simple qui finit par exister entre le fumeur et le tabac est un rapport de besoin. Il arrive en effet un moment où le tabac provoque dans l’organisme des phénomènes de manque qui font que l’on fume par besoin, et que chaque bouffée apporte une satisfaction qui fait, certes provisoirement, disparaître ce manque. Dans ce cadre là, le rapport à l’objet est dirigé par des raisons matérielles de manque et de satisfaction directe de ce manque.

Mais la cigarette peut aussi être un objet de désir. C’est particulièrement visible dans les films de Wong Kar Waï, qui utilisent énormément la cigarette comme objet non plus de besoin mais bel et bien de désir. A quoi le perçoit on ? Au fait qu’à strictement parler ses personnages ne fument pas vraiment. Ils se contentent plutôt de tenir leur

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