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Stupeur Et Tremblements d'Amélie Nothomb: Montrez comment cette auteure met en scène avec humour le choc des cultures

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Par   •  4 Janvier 2015  •  2 132 Mots (9 Pages)  •  1 637 Vues

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Montrez comment Amélie Nothomb met en scène avec humour le choc des cultures.

Auteure belge de langue française, Amélie Nothomb publie en 1999 Stupeur et tremblements. Nous montrerons comment, dans cette œuvre, elle met en scène avec humour le choc des cultures.

Dans le roman autobiographique d'Amélie Nothomb, l'entreprise japonaise nous apparaît comme un univers étrange et impitoyable, ce qui explique le choc vécu par le personnage principal.

On y voue, pour commencer, un véritable culte à la hiérarchie. Ainsi, tout individu dans l'entreprise est situé sur une échelle hiérarchique, son échelon renseignant sur son importance et la considération, le respect et la soumission qu'on lui doit. À la page 7 on peut lire : " Monsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, qui était le supérieur de mademoiselle Mori, qui était ma supérieure", et plus loin "Donc, dans la compagnie Yumimoto, j'étais aux ordres de tout le monde.". Ce système fonctionne différemment selon le sens où on le prend : un supérieur peut sauter un échelon, pas un inférieur. Comparons la page 7 "les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques", et la page 25, à propos de M. Haneda : "Il eût été inconcevable, en amont, de sauter même un seul échelon hiérarchique - a fortiori d'en sauter autant. Je n'avais le droit de ne m'adresser qu'à mon supérieur direct...". La page 149 nous renseigne en outre sur l'attitude la plus commune aux salariés de Yumimoto : "Ma soumission à l'autorité est absolue".

Donc, le bon employé obéit, envers et contre tout. Il obéira en effet à son supérieur, sans jamais contester ses ordres, même quand ceux-ci sont absurdes : pages 11-12 (lettre à Adam Johnson, sans cesse recommencée), 21 (ordre d'oublier la langue japonaise, pour la maîtrise de laquelle elle avait été recrutée " Je vous donne l'ordre de ne plus comprendre le japonais."), et 33-35 (photocopier les mille pages du règlement du club de golf avec un alignement au millimètre près). Tout esprit critique sera ainsi aboli : lorsque Amélie quitte l'entreprise à la fin de son contrat, qu'elle ne souhaite pas renouveler, elle ne peut justifier ce choix par la moindre critique. Ses arguments doivent être "énoncés à la première personne du singulier", ce qui signifie qu'elle "doit prendre tous les torts sur <elle>." (p.165) Et se plaindre est évidemment inenvisageable : après avoir reçu l'ordre incroyable de monsieur Saito à propos de la langue japonaise, Amélie est effondrée. Cependant, lorsqu'elle confie à Fubuki son souhait de voir M. Haneda à ce propos, sa supérieure lui rappelle la règle : "Monsieur Haneda est un homme remarquable. Il est très intelligent et très bon. Hélas, il est hors de question que vous alliez vous plaindre à lui." (p.25) Ce principe est de nouveau évoqué à la page 164 : "Il allait de soi que j'observerais la grande règle : ne pas me plaindre."

Et pourtant, les motifs de réclamation seraient nombreux. En effet, l'humiliation est monnaie courante dans l'entreprise japonaise. Elle peut-être privée. Ainsi à la page 68, Melle Fubuki prend à part Amélie et l'insulte généreusement : "vous êtes soit une traîtresse, soit une demeurée", et plus loin : "Si vous apparteniez à la catégorie des handicapés mentaux, il fallait me le dire". Ce constat de la débilité mentale d'Amélie est de nouveau fait sans aucune gêne par Melle Mori à la page 76. L'humiliation peut aussi être publique : cela arrive à Amélie à propos du sigle GMBH des sociétés anonymes allemandes (p.63), ou encore de son incapacité à ne pas "rajouter" ou "enlever à chaque fois au moins un zéro" dès qu'il y en a plus de quatre d'affilée (p.65-66). Fubuki subira elle aussi une humiliation, pour une raison mystérieuse, mais, tout comme Amélie, "devant la quarantaine de membres de la section comptabilité" (p.117). Qu'elle se passe dans l'intimité d'un bureau ou devant tout le monde, l'humiliation est toujours extrême et spectaculaire : avec M. Tenshi, Amélie découvre "ce qu'est une engueulade" (p.44). Le responsable de la section produit laitiers et elle-même reçoivent de M. Omochi "des hurlements insensés" et subissent un discours "incroyablement insultant" (p.44). La colère de ce supérieur à propos de Fubuki est qualifiée à la page 118 d' "interminable agression", de "spectacle abominable" et l'auteure emploie le verbe "marteler" et le nom "tortionnaire". Amélie estime alors qu'on est "en train d'infliger à un être humain un sort indigne". Aux pages 119-120, elle a même l'impression qu'Omochi est en train de "violer mademoiselle Mori" et qu'il a choisi d'agir en public pour "ajouter à sa jouissance la volupté de l'exhibitionnisme" (p.120). On sait par ailleurs que "Mademoiselle Mori a souffert des années pour obtenir le poste qu'elle a aujourd'hui". (p.52).Cependant on comprend qu'il s'agit là d'une culture d'entreprise, et non d'un sadisme particulier de M. Saito ou de M. Omochi, lorsque Amélie nous parle de sa supérieure en employant ce même mot de "tortionnaire" (p.169) et décrit sa montée vers l'orgasme lorsqu'elle assiste à l'auto-humiliation de son employée (p.165 à 172) : "- Croyez-vous que l'on voudra de moi au ramassage des ordures ? / - Oui ! dit-elle avec un peu trop d'enthousiasme. / Elle respira un grand coup. J'avais réussi." (p.172) On comprendra cette fin de dialogue à la lumière d'expressions comme "volupté (p.170), "septième ciel" (ibid.) "jouissance" (ibid.), "plaisir" (p.171) et "elle en redemandait" (ibid.).

L'entreprise apparaît donc pour toutes ces raisons comme un véritable lieu de négation de l'individu et même de torture. Amélie dit ainsi regagner son "ergastule" à la page 35, c'est-à-dire son logement d'esclave. De même elle décrit en ces termes la compagnie : "ce lieu de torture, où je subissais chaque jour des humiliations absurdes, où j'étais l'objet de tous les mépris" (p.91). Elle en parle dans le même paragraphe comme d'une "géhenne", c'est-à-dire comme d'un enfer. Et pourtant, tout salarié japonais s'y soumet corps et âme,

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