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Commentaire Du Monologue De Figaro dans la pièce de théâtre Le mariage de Figaro de Beaumarchais

Mémoire : Commentaire Du Monologue De Figaro dans la pièce de théâtre Le mariage de Figaro de Beaumarchais. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  17 Mars 2015  •  3 621 Mots (15 Pages)  •  1 042 Vues

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Ce monologue est extrait de la pièce Le Mariage de Figaro du célèbre dramaturge Beaumarchais. Elle s’inscrit dans le mouvement culturel et littéraire des Lumières, opposant ainsi au modèle classique du XVIIe siècle une alternative entre la tragédie et la comédie. L’intrigue se situe bien dans l’époque, puisqu’il s’agit de la révolte d’un valet contre son maître, et Beaumarchais s’attaque à la société de son temps. Situé à la fin de la pièce, ce très long monologue, l’un des plus imposants de l’histoire du théâtre français, marque une pause dans la progression de l’intrigue. Figaro se rend au jardin, pensant surprendre Suzanne le trahissant, et se lance dans une longue dénonciation des injustices sociales. Figaro raconte sa vie, et philosophe, il s’agit d’un réquisitoire social, le personnage alterne donc entre des passages de narration, et des passages de discours. Le dramaturge, à travers son personnage, règle également ses comptes avec la censure, dont il a été victime, usant pour cela d’ironie. Il profite aussi de ce monologue pour évoquer les conditions de vie précaires de l’écrivain, traduisant son combat pour les droits d’auteurs et la reconnaissance sociale. Afin que le spectateur ne s’ennuie pas lors de la représentation, l’auteur use ici énormément de la mise en scène, qui est l’un des piliers de fonctionnement du réquisitoire, et permet de rendre le monologue vivant au-delà de la parole. Comment Beaumarchais fait-il de Figaro un homme représentatif du peuple sujet aux injustices, en composant son monologue entre récit et dénonciation, usant d’ironie et de la mise en scène, afin de mettre en place un réquisitoire social, et de défendre la condition des écrivains en critiquant la censure ? Nous verrons dans un premier temps la composition du monologue, avant de s’attarder sur la façon dont Figaro se dresse en métaphore du peuple, et contre quoi il s’insurge.

On peut relever deux composantes essentielles dans ce monologue. Il arrive au moment crucial de la pièce, et se présente comme un récit, une pause. Mais les éléments de récit, qui sont finalement les différentes étapes de la vie de Figaro, sont entrecoupés par des passages de discours dans lesquels le valet dénonce et critique les injustices de son temps. Les passages de discours, tout d’abord, interrompent la narration, mais dans une suite logique, Figaro raconte sa vie, et puis à un moment s’emporte et là, il critique, il dénonce. Les coupures sont marquées par exemple par un verbe introducteur « Je lui dirais… » avec valeur de futur, Figaro souhaite enfin dire ce qu’il ressent. Beaumarchais met en scène un débat fictif, puisque le valet est seul sur scène, mais on peut relever le vers « on se débat, c’est vous, c’est lui, c’est moi, c’est toi… ». Tout le monde est pris à parti, cela donne l’illusion de plusieurs personnes débattant du sujet sur scène, avec la présence des pronoms personnels de la deuxième personne ‘vous’ et ‘toi’, le spectateur ou le lecteur se sent impliqué, il entre lui aussi dans le débat. Le monologue est aussi entrecoupé d’apostrophes, marquant les destinataires, pluriels, du monologue, et coupant également le récit de la vie de Figaro. Au début, il s’adresse aux femmes en général, terme qu’il répète trois fois, il commence d’ailleurs son discours par une définition de la femme selon lui. L’interjection « Oh » marque le début d’un monologue empreint d’indignation. Il s’adresse également à sa femme, Suzanne, répétant à la fin du monologue trois fois « Suzon, Suzon, Suzon » ce qui rappelle bien évidemment le début où il s’adressait aux femmes. Finalement, le monologue a pour prétexte la trahison de Suzanne, dont Figaro ignore qu’elle est fausse, et le monologue commence et finit bien sur ce thème. Il apostrophe pareillement le comte, et assez longuement : « non, monsieur le comte, vous ne l’aurez pas[…] et vous voulez jouter ! ».

Dans les autres passages, Figaro raconte donc sa vie. Ici, il s’agit de s’attendrir sur le personnage, de découvrir son parcours pour le moins chaotique, et de comprendre sa révolte. A un rythme soutenu, se déroule sous les yeux du public toute la vie de Figaro depuis la naissance « fils de je ne sais qui… » jusqu’au moment présent. Le récit a donc une dimension rétrospective, Figaro se retourne sur son passé. Par l’accumulation de péripéties, il y a aussi une dimension romanesque, Figaro devient un personnage de roman. On pourrait aussi parler de picaresque, car Figaro est issu d’une classe sociale défavorisée, et à la façon de Picaro, il tente de survivre aux durs évènements auxquels il est confronté. Comme dans tout roman autobiographique, Figaro raconte sa vie et la commente. Il fait une analyse psychologique de ses motivations et utilise un langage de l'introspection, « ambitieux par vanité, laborieux par nécessité… poète par délassement, musicien par occasion, amoureux par folles bouffées… » Les noms ou les adjectifs définissent l'état, et le complément en donne la cause. Ces évocations autobiographiques sont marquées par la domination de trois temps. Lorsqu’il parle d’une généralité passée, on trouve l’imparfait : « Le désespoir m’allait saisir », lorsqu’il raconte des faits ponctuels passés, c’est le passé simple, typique de la narration, que l’on retrouve « il fallut bien périr encore », et lorsqu’il amène des évènements importants, marquant son errance, et aussi le fait que finalement, cela peut être de nouveau le cas, que ce n’est pas fini, il utilise le présent afin de les mettre en relief : « on me met un jour dans la rue », « je reprends ma trousse et mon cuir anglais. ». Dans ces moments-là, on sent bien que pour Figaro, ces épreuves ne sont pas finies. Il va toujours errer, toujours finir par être rejeté, par échouer de nouveau, puisque le récit de sa vie est le récit d’une succession d’échecs. Ces passages narratifs donnent beaucoup de vitesse au récit, enchaînant les actions de façon accélérée « je crois pouvoir y fronder Mahomet […] à l’instant un envoyé »; « j’écris sur la valeur de l’argent […] sitôt je vois ».

Afin de marquer physiquement la différence entre les passages de discours et ceux de narration, Beaumarchais utilise la mise en scène. Ainsi, les passages de discours, les plus importants, sont couplés avec la position levée : « (il se lève) Que je voudrais bien tenir un de ses puissants de quatre jours… », « (il se lève en s’échauffant) On se débat, c’est vous, c’est lui, c’est moi… ». Il y a, de la part du dramaturge, une volonté de casser la monotonie de la scène, de la rendre plus vivante, puisque longtemps l’acteur jouant Figaro

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