Le menteur, Corneille – Acte V, scène 6 (1944)
Commentaire de texte : Le menteur, Corneille – Acte V, scène 6 (1944). Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Kriss0613 • 28 Février 2026 • Commentaire de texte • 2 263 Mots (10 Pages) • 15 Vues
EXPLICATION LINEAIRE n°3 – Le menteur, Corneille – Acte V, scène 6 (1944)
Introduction
Le Menteur, comédie de Corneille créée en 1944 présente un jeune homme, Dorante, fraîchement arrivé à Paris après avoir arrêté ses études et en quête d’aventures amoureuses. Dans la scène 6 de l’acte V, l’avant dernière scène de la pièce, Dorante semble continuer de faire la cour à Clarice (qu’il prend pour Lucrèce), mais la vraie Lucrèce a reçu la lettre de Dorante, donc chacune pense qu’il veut la séduire. L’ambiguïté demeure jusqu’au moment où les identités se dévoilent. Dans un premier temps, nous verrons que le quiproquo initial est résolu en même temps que la révélation du stratagème ; puis nous analyserons l’échec du stratagème avec l’ultime mensonge de Dorante.
Lecture expressive
Problématique : Nous allons à présent tenter de voir en quoi le mensonge apparaît-il dans cette scène comme un moyen d’accès à la vérité des sentiments ?
Etude Linéaire :
- La résolution du quiproquo initial et la révélation du stratagème (=le menteur trompé)
- Le menteur trompé
Dorante est complètement perdu comme le montre le vers qu’il adresse en aparté à son valet « Lucrèce ! Que dit-elle ? » : lorsqu’elle joue le rôle de Lucrèce sur le balcon, la nuit précédente, Clarice ignore que Dorante la prend réellement depuis le début pour Lucrèce. En prononçant le prénom de son amie peu avant cette réplique (« Lucrèce, écoute un mot. »), sans le vouloir, elle vient de révéler à Dorante sa réelle identité : c’est pourquoi ce dernier ne comprend pas pourquoi le son de sa voix entendue lui a semblé familier dans la scène du balcon. Le premier hémistiche oppose le CCT « cette nuit » au CC de moyen « à la voix » pour souligner que le seul moyen dont disposait Dorante pour identifier son interlocutrice était son ouïe, or comme il le dit : « j’ai cru la reconnaître », le modalisateur montrant le doute, l’absence de preuves ; le spectateur qui connaît, lui l’existence du quiproquo initial sur l’identité des jeunes femmes, sait que Dorante ne s’est pas trompé, c’était bien Clarcie qui lui parlait. La réponse du valet est aussi donnée en aparté (les deux jeunes femmes se parlent, Dorante et Cliton aussi de leur côté) ; c’est donc Cliton qui donne la clef de l’énigme à son maître avec la révélation du stratagème « Clarice sous son nom parlait ». Le menteur habituel s’est donc trouvé dupé à son tour par les deux jeunes femmes, ainsi il n’est pas le seul à recourir au mensonge et même il apparaît ici clairement comme une victime de la ruse féminine.
- L’aveu de Cliton
Le valet insiste en se donnant le rôle d’un confident digne de confiance comme le souligne l’allusion à sa complicité avec Sabine, la servante de Lucrèce, qui lui a révélé le stratagème « m’en a fait un secret entretien ».
On peut constater que cette scène de reconnaissance, de révélation est aussi celle de la sincérité : Cliton avoue indirectement à Dorante qu’il ne lui a rien dit, qu’il l’a laissé se rendre au rendez-vous nocturne sans le prévenir de la ruse.
- La réaction de Dorante
Au vers suivant (v.12), Dorante réagit tel un beau joueur « bonne bouche, je suis pris », il ne se révolte pas mais va tirer profit de la situation nouvelle générée par la combinaison du quiproquo initial et du stratagème.
Le connecteur d’opposition « mais » souligne le fait que finalement les choses tournent en sa faveur, ou plutôt en faveur de ses amours, car il admet éprouver désormais une attirance pour la vraie Lucrèce représentée par le pronom indéfini « l’autre », et aussi « dès tantôt je la trouvais bien faite ». Ainsi, l’évolution des sentiments de Dorante suit celle des sentiments de la vraie Lucrèce, comme si une série de hasards heureux favorisait leur rapprochement amoureux.
Le vers 14 suit la subordonnée de cause du vers 13 et insiste donc sur la conséquence inespérée « mon cœur penchait déjà où mon erreur le jette » : la métaphore du cœur qui penche souligne la préférence amoureuse pour Lucrèce, la métonymie de l’erreur insistant sur l’attirance inévitable, en réalité Dorante explique à Cliton que le quiproquo a permis à la vérité du sentiment d’être révélée.
- Nouveau mensonge de Dorante
Toutefois le naturel reprend le dessus et Dorante commence le vers 15 par une injonction à la forme négative à l’adresse de Cliton : « ne me découvre point ». Le valet qui sait garder les secrets doit cette fois montrer sa fidélité à son maître en laissant Dorante se livrer à son exercice favori, le mensonge. Le contre-rejet qui met en valeur « et dans ce nouveau feu », cliché désignant l’amour tout neuf pour la vraie Lucrèce, est prolongé par l’annonce directe du « nouveau jeu » auquel va se livrer Dorante.
Le lexique du théâtre qui envahit ce vers 16 met en évidence le statut d’acteur du personnage et de fait celui de spectateur interne pour Cliton : « Tu vas me voir ». La périphrase annonce délai la nouvelle performance que le menteur s’apprête à réaliser et qu’il invite son valet à regarder : on perçoit le plaisir que le personnage trouve au mensonge, dont l’aspect ludique lui permet d’exercer son inventivité. La rime « feu » // « jeu » permet de montrer son envie de jouer avec la fausse Lucrèce puisqu’il aime la vraie.
La polyptote du vers 17 expose la méthode qu’il compte utiliser « changer » // « changeons ». L’aspect antithétique du vers accentue l’impression de virtuosité, Dorante choisissant pour chauqe situation la meilleure stratégie. Icic, il décide de conserver la thématique amoureuse « discours » mais de l’utiliser différemment « batterie, ce faisant il créé un effet d’annonce pour Cliton qu’il cherche à impressionner mais aussi pour le spectateur externe, complice également, qui se demande ce qu’il va bien pouvoir inventer, se réjouissant déjà à l’idée de retrouver la virtuosité du personnage à l’œuvre, pour ce dernier mensonge, aboutissement de tous les précédents. On peut noter l’utilisation du mot « batterie » qui renvoie au lexique militaire déjà perceptible dans la métaphore du feu vers 15 : Dorante prépare ses armes dans cette guerre de séduction face à Clarice.
- L’échec du stratagème (=le dernier mensonge de Dorante)
- La complicité des deux jeunes femmes
Lucrèce parle en aparté avec Clarice aux vers 18-19 : on peut remarquer une sorte de dépit dans ses propos comme le montre le terme dépréciatif « effronterie ». Selon elle, Dorante se permet toutes les audaces, tous les mensonges, sa déception est à la mesure de l’attirance qu’elle éprouve pour lui.
Le vers suivant montre bien que la scène se joue à deux niveaux, les personnages communiquant en apartés deux par deux. Ici, Lucrèce montre qu’elle ignore que Dorante a entendu et connaît son identité.
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