Peut-on dire que les armées sont, depuis 1789, le pilier de la politique extérieure de la France ?
Dissertation : Peut-on dire que les armées sont, depuis 1789, le pilier de la politique extérieure de la France ?. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Maeva.Atl • 2 Mars 2026 • Dissertation • 4 893 Mots (20 Pages) • 229 Vues
Dissertation : Peut-on dire que les armées sont, depuis 1789, le pilier de la politique extérieure de la France ?
“La Révolution française a fait de la guerre une affaire de citoyens”, écrit l’historienne française Annie Crépin dans son livre ‘Défendre la France, Les Français, la guerre et le service militaire, de la guerre de Sept Ans à Verdun’ à propos de la rupture politique et militaire de 1789. Cette phrase souligne combien la puissance militaire est étroitement liée à la définition même de la nation et à son action extérieure. Depuis plus de deux siècles, la France apparaît en effet comme un Etat pour lequel la capacité militaire constitue un élément structurant, que ce soit pour sa capacité à défendre son territoire, exporter ses idéaux, bâtir un empire colonial ou tout simplement peser dans les puissances internationales. De la levée en masse révolutionnaire aux opérations extérieures menées sous l’action internationale au XXIème siècle, le recours aux armées semble ainsi accompagner de manière constante les actions extérieures françaises. Il faut ici réfléchir sur une longue durée, allant de 1789 à nos jours, puisqu’on retrouve tout au long de cette période une évolution de la définition même de la guerre, et un changement de l’utilisation des armées. Par armée, on entend non seulement les forces armées proprement dites, mais aussi l’ensemble de l’outil militaire : les hommes (et maintenant aussi les femmes) qui servent sous l’uniforme, les règles de méthodes d’engagements, les équipements ainsi que les technologies qui les soutiennent. La politique extérieure désigne l’ensemble des actions menées par l’Etat français hors de ses frontières afin de défendre ses intérêts, garantir sa sécurité et affirmer son rang international. Enfin, qualifier l’armée de pilier implique de se demander si elle constitue le fondement principal de cette politique, ou si elle n’est qu’un instrument parmi d’autres, au côté de la diplomatie, de l’économie ou du soft power. Dès lors, une question ressort et on se demande si l’on peut dire que les armées sont et restent, depuis 1789, le fondement principal de l’action extérieure française. Pour répondre à cela, on montrera d’abord que, depuis la Révolution française, l’armée s’impose comme un instrument central de la politique extérieure. On analysera ensuite comment l’armée est subordonnée au pouvoir politique et intègre des cadres diplomatiques et multilatéraux. Enfin, on s’interrogera sur la remise en question de cette centralité militaire.
Depuis la Révolution française, la mise en avant de l’armée constitue la base de la politique nationale et extérieure, incarnée par le modèle du citoyen-soldat. La loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1789 en est la preuve : en instaurant la conscription obligatoire pour tous les hommes français, elle permet de créer une armée de masse capable non seulement de défendre le territoire, mais aussi de projeter la puissance française et d’affirmer ses valeurs. Comme le souligne Annie Crépin, cette mesure traduit l’idée que chaque citoyen doit contribuer directement à la défense de la patrie, faisant de l’armée un instrument qui sert à préserver la liberté, l’égalité et les acquis révolutionnaires. La mise en avant de cette force citoyenne dépasse donc la simple nécessité militaire : elle constitue un levier politique qui relie la société à l’Etat et à son action internationale. Le concept de citoyen-soldat traduit également une dimension civique et culturelle qui renforce le rôle de l’armée comme outil d’influence. Selon Odile Roynette dans son ouvrage ‘Bons pour le services’ le service militaire représente un véritable ‘rite d’initiation’ civique et sociale : il forge l’identité nationale, inculque un sens de l’appartenance à la République et assure la cohésion nécessaire à une politique extérieure ambitieuse. Cette logique se manifeste de manière évidente lors de la mobilisation massive de 1914-1918, lorsque plus de 8,5 millions d’hommes sont mobilisés. La société toute entière est mise au service de l’armée, et, à travers elle, de la puissance et de l’action extérieure française. L’armée devient ainsi le garant de la sécurité de l’Etat et soutient ses ambitions politiques. Cette promotion du citoyen-soldat permet également à la France d’exporter ses idéaux révolutionnaires par la force, en utilisant l’armée comme moyen d’influence politique et diplomatique. Comme l’indique l’historien Hervé Drévillon, les armées révolutionnaires et napoléoniennes incarnent une nouvelle conception du pouvoir en intégrant la force militaire dans la stratégie de la transformation de l'Europe et de la protection des intérêts français. Ses recherches et publications, telles que "Guerres et armées napoléoniennes. Nouveaux regards", montrent comment l'armée napoléonienne a joué un rôle central dans la guerre et la paix, en utilisant la force militaire comme outil de pouvoir. La conscription et la mobilisation de citoyens-soldats assurent ainsi à la France une capacité militaire suffisante pour peser sur l’ordre international. Enfin, l’évolution des effectifs, du temps de Napoléon à 1870 puis à la mobilisation de 1914, montre que cette mise en avant de l’armée est une constante, qui s’adapte aux changements technologiques et politiques. Les historiens Jean‑Pierre Bois et Yves Cohen expliquent que l’armée n’est pas juste un outil de combat : elle joue un rôle central dans la politique du pays. Bois insiste sur son importance pour la société et les institutions, tandis que Cohen montre comment elle incarne l’autorité et le commandement, utile à la fois pour protéger le territoire et affirmer la puissance du pays. La conscription et le modèle du citoyen-soldat illustrent ainsi comment, depuis 1789, la France a structuré sa politique extérieure autour de l’armée.
Cette perception de l’armée subsiste encore au XIXème siècle, siècle durant lequel elle permet non seulement de défendre le territoire français, mais aussi et surtout d’assurer l’expansion et la consolidation de l’empire colonial. La force militaire devient le moyen par lequel la France affirme sa puissance et sa place dans le concert des nations. L’armée n’est plus seulement un outil de protection face aux menaces extérieures, elle devient un instrument actif de la politique extérieure française. C’est ce que souligne Julie Andurain, l’armée coloniale ne se limite pas à une fonction défensive, mais soutient le contrôle et la domination des territoires colonisés. La conquête coloniale ne peut donc pas être dissociée de la
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