La réaction des sociétés démocratiques face à leur passé criminel
Discours : La réaction des sociétés démocratiques face à leur passé criminel. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar eline._0 • 10 Janvier 2026 • Discours • 3 197 Mots (13 Pages) • 379 Vues
Comment les sociétés démocratiques font-elles face à leur passé criminel (traite négrière, esclavagisme…) ?
Introduction :
Depuis le XVème siècle, de nombreux évènements ont marqué l’Histoire. Certains sont plus tragiques que d’autres tout en étant dictés par les régimes en place. Ces actions, parfois criminelles, sont légitimées, instaurées et mises en application par le chef de ces régimes et ses partisans. Ainsi, encore aujourd’hui, celles-ci impactent le futur des différentes nations impliquées. Nous pouvons donc nous interroger sur l’influence du passé criminel sur les sociétés démocratiques actuelles.
Mais tout d’abord qu’est-ce qu’une société démocratique ? Une société démocratique est une société qui repose sur des élections libres et équitables, qui permettent aux citoyens de choisir leurs dirigeants et d'influencer les politiques publiques. C'est une société qui repose sur les principes d'égalité et de liberté et où l'Etat apparaît comme un acteur fondamental.
Maintenant que nous avons éclaircis la notion de société démocratique, nous allons faire de même pour celle de passé criminel. On peut définir le passé criminel comme des évènements qui ont, dans l'histoire d'une société, porté atteinte à la vie d'individus.
Ainsi, ces évènements laissent des traces dans l'Histoire et plus particulièrement dans celles des sociétés impliquées. Ils ont ainsi un impact sur la perception, et donc sur les actions, des sociétés au fur et à mesure des siècles.
Pour illustrer nos propos, nous allons prendre l’exemple de deux périodes marquantes de l’Histoire : la Shoah et l’esclavagisme (associé à la traite négrière). Dans un premier temps, nous évoquerons les crimes commis lors de la traite négrière puis ceux exercés durant la Shoah.
I/ Esclavagisme et traite négrière
A/ Rappel des évènements
1. La traite négrière et l’esclavage : un système organisé (XVIᵉ - XIXᵉ siècle)
L'esclavage et la traite négrière ont été des éléments centraux du commerce colonial entre le XVIème et le XIXème siècle. La France a été un des principaux acteurs de ce commerce colonial et plus particulièrement de la traite atlantique. Pour rappel, la traite atlantique consistait à la déportation d'esclaves noirs, échangés en Afrique contre des produits européens, puis en Amérique contre des matières premières en échange d'une exploitation dans les colonies. Elle est donc organisée selon le commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques. La France a ainsi participé activement à cette traite négrière : des navires partaient de ports français comme Nantes, Le Havre ou encore Bordeaux chargés de marchandises. Celles-ci étaient ensuite échangées contre des esclaves en Afrique, destinés à la déportation vers les colonies. Les esclaves africains étaient contraints de travailler dans les plantations de sucre, de coton ou encore de café. La traite atlantique a abouti à la déportation de plus de 12 millions de personnes d’Afrique vers les Amériques entre les XVIe et XIXe siècles, auxquelles il faut ajouter 7 millions de morts sur les chemins de traite (avant l’embarquement en bateau). La France a elle déporté près d'1,3 millions d'Africains dans ses colonies. Elle est ainsi le 3ème pays ayant déporté le plus d'êtres humains. Celles-ci étaient principalement situées vers les Antilles (Guadeloupe, Martinique, Guyane…) et à la Réunion.
2. L’esclavage dans les colonies françaises
Dans les colonies françaises, les esclaves étaient soumis à des conditions extrêmement dures :
- travail forcé dans les plantations de sucre, café, cacao et coton.
- châtiments corporels sévères et interdiction de posséder des biens ou de se marier librement.
- absence de droit puisque les esclaves étaient considérés comme des biens.
En mars 1685, le roi Louis XIV promulgue le Code Noir. Celui-ci réglemente l'esclavage dans les colonies françaises de la manière suivante :
- il reconnaît les esclaves comme une propriété des maîtres.
- il interdit les esclaves de pratiquer leur religion d'origine, ils sont donc convertis au catholicisme.
- il prévoit des sanctions particulièrement sévères en cas de rébellion ou de fuite : un esclave en fuite pouvait avoir une oreille coupée après la première tentative. En cas de récidive, le jarret pouvait être tranché. Un esclave coupable d’une troisième tentative d’évasion risquait la peine de mort.
Ce code reste en vigueur jusqu’à l’abolition de l’esclavage.
3. L’abolition de l’esclavage : un combat progressif
L’abolition de l’esclavage en France s’est faite en plusieurs étapes. Le 4 février 1794, à la suite de la Révolution Française, les idéaux de liberté conduisent à une première abolition de l’esclavage par la Convention nationale. Cette décision est encouragée par la révolte des esclaves à Saint-Domingue (maintenant Haïti), menée par Toussaint Louverture (esclave affranchi, général et homme politique franco-haïtien). L’île de Saint-Domingue était la principale possession française avec près de 500 000 esclaves en 1791. En 1802, Napoléon Bonaparte, sous la pression des colons, rétablit l'esclavage. Cela provoque des révoltes, notamment à Saint-Domingue, qui devient le premier pays noir indépendant sous le nom d’Haïti en 1804. La traite est interdite en 1830 et l'esclavage est définitivement aboli le 27 avril 1848 (sous la IIe République). Un des acteurs principaux de cette abolition est Victor Schœlcher (journaliste et homme politique français). A la suite de cette décision, environ 250 000 esclaves sont libérés des colonies françaises.
B/ Les impacts
Les anciens territoires esclavagistes (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion) sont devenus des départements français le 19 mars 1946 avec la loi de départementalisation : "Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française sont érigées en département français".
La France a reconnu officiellement l’esclavage comme crime contre l’humanité avec la loi Taubira en 2001 et c'est l’un des rares pays à l'avoir fait. En France, le 10 mai est la journée nationale des mémoires de la traite négrière. On peut lire dans le rapport au premier ministre du 12 avril 2005 : " Le Comité [pour la mémoire de l'Esclavage] propose au gouvernement de la République française la date du 10 mai comme jour de commémoration annuelle en France métropolitaine de l’abolition de l’esclavage. Il propose que ce jour soit dénommé « Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Le Comité préconise la mise en œuvre de cette commémoration dès le 10 mai 2005. ".
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