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Peut-on Ne Pas Savoir Se Que L'on Fait

Note de Recherches : Peut-on Ne Pas Savoir Se Que L'on Fait. Recherche parmi 283 000+ dissertations

Par   •  2 Novembre 2014  •  2 893 Mots (12 Pages)  •  942 Vues

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Savoir, c’est d’abord prendre acte de quelque chose. Je sais que l’autre est là, que j’ai chaud, que nous sommes lundi. 2. En ce sens, il semble que tous nos actes s’accompagnent d’une conscience immédiate. Nous sommes présents à nous-mêmes, on sait donc qu’on est là, que c’est nous et pas un autre. 3. Mais savoir c’est aussi et surtout avoir compris, or comprendre quelque chose, c’est en saisir les causes ou le but, le sens, le contenu. Or si nous savons que nous sommes en train de faire et d’être, nous ne savons pas nécessairement les raisons et effets de nos agissements comme ce que nous sommes vraiment. On peut ici penser aux actes irréfléchis ou à tous ces moments où on ne se reconnaît plus ou à cette difficulté d’être soi-même. Il est donc possible que nous ne sachions pas qui nous sommes et ce qui nous poussent à faire telle ou telle chose, ce que nous faisons. 4. Aussi peut-on se demander si finalement on ne peut pas ne pas savoir ce que l’on fait . 5. Est-il possible de faire sans avoir conscience ? Peut-il y avoir véritablement action sans conscience ? 6. Nous nous demanderons si nous n’avons pas une conscience immédiate de nos actes, si on comprend pour autant nos actes et notre être et si enfin on pourrait se contenter, en ayant le droit de ne pas savoir ce que l’on fait et est?

I. Il y a deux degrés de conscience : la conscience immédiate et la conscience réfléchie. La première, commune à l’homme et à l’animal, consiste à simplement être présent à ce qui se passe en nous et hors de nous. Nous sentons ce qui nous affecte et ce que nous faisons, dès que nous sommes en éveil. Et, cette conscience ne disparaît que partiellement quand nous dormons, le rêve attestant sa présence, puisque il vient nous protéger contre ce que nous ressentons en nous et hors de nous et qui pourrait perturber notre sommeil. De même, le somnambule, même s’il ignore son état, témoigne par la sûreté de son pas d’une conscience du terrain. Donc, nous ne pouvons pas ne pas nous rendre compte que nous faisons, même si cette sensation est confuse et ténue. La conscience accompagne chacun de nos faits et gestes. Dès que nous pensons, avons une activité mentale quel qu’elle soit, nous le savons. C’est ce que Sartre appelle la « translucidité de la conscience », rien ne lui échappe et c’est aussi pourquoi notre existence ne peut nous échapper, selon Descartes, dès que nous pensons, nous le savons et nous savons que nous sommes.

Cette conscience apparaît d’autant plus logiquement présente quand nous « faisons ». Faire renvoie à l’idée d’être actif, donc cette action semble exiger un effort, une attention, une stratégie, une mise en œuvre de moyens pour atteindre une fin, ce qui ne peut manquer d’impliquer la conscience. Comment faire un acte qui exige un effort intelligent sans le savoir, cela apparaît illogique

Nuance : Pourtant il y a certaines situations où cela pourtant arrive : la conscience semble se retirait de l’action par exemple dans l’automatisme. Pour acquérir un automatisme, il faut un apprentissage qui nécessite attention, concentration, un effort d’adaptation et des choix. On décompose l’acte, on le répète. Mais, paradoxalement, l’apprentissage a pour résultat que l’acte se solidifie et se fait ensuite de lui-même sans choix. On peut voir cela dans l’apprentissage de la conduite. Elle exige au départ une attention extrême pour coordonner les mouvements (débrayer, passer la vitesse, accélérer …) pour s’adapter à la situation et faire le bon choix. Mais, à force d’expérience, cela se fait presque seul, je perçois et réagis tout en pouvant discuter avec mon passager. C’est pourquoi Bergson dira que la conscience est « la fonction du réel » et dès lors que l’adaptation n’est plus nécessaire par sur-adaptation, elle se retire, inutile. Je n’ai plus besoin de choisir, je réagis, comme un animal réagira instinctivement à un stimulus. Dans certaines pathologies, comme l’hystérie, on peut faire un acte intelligent sans le savoir, c’est le cas de l’écriture automatique observée chez certains hystériques, la conscience malade n’étant plus capable de synthétiser tous les actes.

Nous avons donc vu que sauf cas pathologiques, notre conscience immédiate et même réfléchie accompagne nos actes, nous savons que nous faisons, mais savons-nous pour autant ce que nous faisons ?

PT 1 : Et si on entend par savoir pas seulement prendre acte mais connaître nos actes , il se peut que nous sachions que nous faisons mais pas ce que nous faisons. Connaître, c’est saisir les causes et les conséquences avec justesse, vérité. Je peux prétendre connaître quelque chose, si il y a accord entre mon jugement et la réalité.

II. Or même si notre conscience fonctionne normalement, même si nous ramenons à nous nos actes, il se peut qu’on évalue d’abord mal la valeur de nos actes et leur conséquence, on croit faire le bien et on fait le mal, soit parce qu’on ne peut prévoir les conséquences de nos actes, qui ne dépendent d’ailleurs pas que de nous, soit parce qu’on se laisse emporté par la passion qui nous aveugle ou pervertit nos jugements, soit parce qu’on est simplement ignorant, par manque de connaissance ou d’expérience. C’est pourquoi Socrate soutenait par exemple dans le Gorgias de Platon, que finalement « nul n’est méchant volontairement » soulignant par là qu’on peut agir sans conscience. C’est aussi ce que suggère Hannah Arendt avec le cas Eichmann, illustration de ce qu’elle appelle « la banalité du mal ». C’est à cause de la mauvaise habitude de ne jamais juger, de ne pas penser par soi-même que ce nazi zélé ne se rend pas compte de ce qu’il a fait. Il a obéi, c’est tout, il a fait ce que lui disait de faire.

Mais, ce ne sont pas que les conséquences et la nature de nos actes qui peuvent nous échapper, cela peut aussi être les causes. Il se peut aussi que je ramène l’acte à moi-même et donc sois conscient que c’est moi qui fais sans savoir pour autant les causes de ce que je fais. C’est ce que suggère l’hypothèse de l’inconscient de Freud. On peut savoir que l’on fait mais ignorer les réelles causes de ce faire. On peut penser ici aux symptômes hystériques de Anna O. analysés par Freud comme des réminiscences, c’est-à-dire comme le fait de rejouer au présent des événements traumatisants passés sans avoir conscience de les rejouer, ni de leur caractère passé. Là encore ce n’est pas le privilège de certaines pathologies ou des simples manifestations de notre inconscient, nous avons bien du mal à savoir pourquoi nous agissons ainsi, qui nous sommes aussi. Je sais que je suis, je ne sais pas forcément qui je suis.

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