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Critique théâtrale Roméo et Juliette Comédie Française

Commentaire d'oeuvre : Critique théâtrale Roméo et Juliette Comédie Française. Recherche parmi 241 000+ dissertations

Par   •  3 Mai 2019  •  Commentaire d'oeuvre  •  2 137 Mots (9 Pages)  •  120 Vues

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Revisiter un classique

Quand des metteurs en scène ont le courage de s’attaquer à de grands classiques, chacun rajoute son grain de sable grâce à la version qu’il va produire. Comment s-y sont pris les artistes de la comédie française pour faire revivre ce chef-d’oeuvre classique?

Du 5 décembre 2015 et jusqu’au 25 juillet 2018, à la Comédie Française, à Paris se joue la célèbre tragédie Shakespearienne Roméo et Juliette mis en scène par Eric Ruf. Il a entre autre intégré le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il entre à la Comédie Française en 1998, et, depuis 2014, il y est l’Administrateur général. Il a travaillé à la télévision, à part sa carrière dans le théâtre.  Les personnages principaux de la pièce sont incarnés par Alain Lenglet (Montaigu), Bruno Raffaelli (Capulet), Claude Mathieu (La Nourrice), Jérémy Lopez (Roméo) ou encore Suliane Brahim (Juliette). La Salle Richelieu est le théâtre historique de la Comédie-Française depuis 1799. Elle a été inauguré en 1790 pour la troupe des Variétés amusantes. Chaque année, le théâtre propose une douzaine de pièces issues d’un répertoire varié, classique (tel le Misanthrope ou Roméo et Juliette) ainsi que des pièces plus récentes, modernes comme Les oubliés.

L’action se déroule dans une Vérone du 17e siècle déchirée par de nombreuses guerres civiles passées et à venir. En effet, au sein de la ville s’opposent deux familles, les Capulets et les Montaigu.  Au sein de ces derniers, nous retrouvons Roméo, qui va, lors d’une fête donnée par l’ennemi rencontrer leur fille, Juliette Capulet et va tomber éperdument amoureuse de lui. Ils font rapidement connaissance et projettent très vite de se marier (dans le projet de réconcilier leur deux famille). Plus tard, Roméo et Juliette se confient encore une fois leurs sentiments l’un pour l’autre durant la célèbre scène du balcon. Juliette est en haut, Roméo en bas, dans le verger lui exprime ses sentiments. Ils ont du mal à se quitter et fixent le rendez-vous au lendemain pour la noce. Peu après, le meilleur ami de Roméo (Mercutio), rencontre Tybalt, cousin de Juliette. Roméo est également présent. Mercutio et Tybalt s’affrontent en duel et Mercutio est tué, Roméo, fou de douleur, tue alors le vieux Tybalt. Juliette va être déchirée entre la douleur pour son cousin (du moins c’est ce qu’elle affirme à ses parents) et entre la douleur qu’elle exprime face à ses sentiments pour le meurtrier de son cousin. Elle comprend qu’à cause de cette assassinat, leur bonheur ensemble est impossible car les deux familles ne se tolérerons jamais, elle a été trop ambitieuse de vouloir les réconcilier. Le père de Juliette, le vieux Capulet, la voyant dans cet état va arranger son mariage avec le vaillant mais vieux Paris dans quelques jours. Juliette va, par la suite se procurer une potion auprès des prêtres qui ont un rôle primordial (ils ont, entre autre, marié le couple).  Cette potion va la faire paraître morte pour quarante-deux heures. Les prêtres se chargent d’avertir Roméo de la supercherie. Une fois Juliette « ressuscitée », Roméo et Juliette pourront vivre heureux. Roméo ne sera jamais averti et s’empoisonne aux pieds de Juliette. Quand celle-ci se réveille enfin, il est trop tard, elle voit la fiole de poison, comprend et vient mourir aux côtés de son bien aimé afin de le rejoindre dans un sommeil éternel qu’ils vont partager.

L’histoire est racontée grâce à des éléments de décors modulables, c’est-à-dire qu’il se compose de haut panneaux déplorables qui vont se mouvoir tout au long de la pièce afin d’y construire différentes scènes. Ces panneaux font penser à un mur scié en divers morceaux qui s’éloignent et se rassemblent au fur et a mesure que les scènes se succèdent.* Le fond de scène, quant à lui va rester le même durant tout la pièce, imitant des fenêtres avec volets (desquels ils manquent des bouts) typiques pour une rue Italienne. [pic 1][pic 2]

[pic 3]

A mon avis, il s’agit d’un décor simple mais qui reste efficace. Il s’agit ici de ces épais panneaux qui, comme qui dirait, sont faits en pierre, en marbre. Ils sont donc d’une couleur contrastée qui va du blanc au gris foncé. Teintes neutres et tristes, qui ici, nous rappellent que la pièce se finit par l’exécution du tragique destin pour les deux amants. Mais encore, cette matière donne une sensation de froideur au spectateur de par la couleur mais aussi de par la température de cette dalle. On s’imagine qu’elle est froide et des frisons nous gagnent quand nous voyons, dans la deuxième partie de la pièce, Juliette pieds nus sur son balcon ou sa nourrice dans la chambre de Juliette qui parait aussi déchaussée. Cela traduit pour moi une acceptation de l’habitat austère dans lequel les personnages évoluent: malgré l’aspect d’inconfort que cela pourrait présenter de sentir le contact avec le marbre froid à fleur de peau, elles résistent pour montrer que se sont des femmes fortes. C’est un fait que les hommes de la pièce ne tolèrent pas ou ne comprennent pas. Peu après la fameuse scène de rencontre, Roméo s’empresse de sécher les mains de Juliette avec son souffle. On peut traduire cela pour le désir de la réchauffer, de la réconforter. Cet acte marque donc un profond contraste entre ce geste chaleureux et la froideur du décor et de l’ambiance. De plus, ces panneaux sont très interessants, on y retrouve un aspect très moderne: celui de vouloir à tout prix, non seulement vouloir occuper l’espace des planches à même du plancher de la scène mais aussi celui d’occuper la scène en hauteur. C’est, à mon goût, la pièce idéale pour faire ce genre d’expériences artistiques grâce à la scène du balcon. C’était une construction effritée, située sur le milieu de l’un des panneaux (visiblement muni d’un escabeau à l’arrière). Le sang de spectateur s’est glacé à la vue de Juliette, avançant à tâtons sur ce balcon qui pourrait céder d’une minute à l’autre. Il est placé à trois ou quatre mètres du sol et toutes les protections ont été usé par le temps… Un geste non-maîtrisé et la comédienne (Suliane Brahim) peut vite se retrouver dans le vide au péril de sa vie. Le metteur en scène trouvait sans doute que cette scène n’était pas déjà suffisamment éprouvante émotionnellement pour le public… D’où ce choix de rajouter une frayeur supplémentaire au public et à la comédienne qui incarne Juliette. Celle-ci, tremblante en haut de son balcon délabré sème le doute en moi. En effet, pour un bref instant son vertige nous paraît tellement réel que on se questionne s’il s’agit de la peur du vide de Juliette ou de l’actrice elle-même. Tant le mélange d’émotions (amoureuses et apeurées du vide et de ne pas se faire prendre) dans sa voix sont bien dosées. J’aimerais revenir sur cette scène du balcon. Le choix sténographique évoqué par l’image** est très intéressant. La scène du balcon restera un grand classique dans le patrimoine du théâtre à l’échelle mondiale. Souvent, le balcon de Juliette se trouve en fond de scène et est entouré de végétation (dans la plupart des représentations). Ici, grâce à cette volonté de jouer dans l’espace, en hauteur, le balcon est en suspendu, en plein milieu de la scène de la Comédie Française. La scène se passe de nuit, la seule éclairée est Juliette. Roméo, en dessous du balcon, tourné souvent de profil au de trois quart, les mains jointes s’adressent à sa bien aimée. Juliette nous ai donc présenté ici comme une étoile, comme la lune de Roméo qui va le guider dans la nuit (puis progressivement, vers sa mort). Nous l’avons dit plutôt, l’absence de couleurs et le décor assez rudimentaire cherche à nous révéler quelque chose de fondamental. En effet, outre les décors, un élément vraiment simpliste sont les costumes. Ils ont certes été crée par l’un des plus grands stylistes  de mode du XXème et XIXème siècle: Christian Lacroix. Ses costumes restent vraiment travaillés et très élégants, d’où son talent: créer le beau dans la simplicité. Il utilise de la dentelle, de l’étoffe brillante (satin) mais les costumes ne comportent souvent qu’une seul couleur et ne sont certainement pas le genre de costumes qui nous viennent à l’esprit quand nous abordons cette pièce. Le style des costumes se rapproches de la mode dans les années 30 mais ce décalage surprenant (certes) n’est pas dérangeant vu que C. Lacroix lui-même, dans son interview (pendant l’entracte) nous explique qu’il a eu l’occasion de récupérer des archives de la Comédie Française de représentations antérieures de ce chez-d’oeuvre Schakespearien. De même, les seuls à sortir de cette simplicité sont la nourrice et surtout la mère de Juliette. La robe de cette dernière est imposante, avec volants, cerceaux, dentelles et plusieurs couleurs. C’est aussi le cas pour la nourrice dont la robe à la fête des Capulet est très tape à l’oeil et contraste avec celles des jeunes filles. Nous avons donc l’impression ici qu’être une femme mûre cela se mérite: avec l’âge, on obtient la possibilité de porter des pièces vestimentaires plus élaborées. La nourrice est un cas à part car c’est le seul personnage féminin qui, plus tard dans la pièce apparait en pantalon, ce qui, en soit n’est pas dérangeant mais dans le cas où ce personnage évoluera aux côtés de filles et de femmes en robe et en jupe, ça le devient. J’ai peur de ne pas avoir tout a fait compris ce choix et il ne me semble pas que ce soit un simple hasard. Je présume que le message qu’a voulu nous donner le metteur en scène est celui d’une femme rebelle qui ne respecte pas les codes de la société et aide une Capulet et un Montaigu à se marier et, qui, donc, ne respecte pas non-plus les codes vestimentaires imposés à son sexe. Idée confirmée d’ailleurs car au moment de “s’empoisonner”, Juliette enfile sa robe de mariée, imposante et colorée par dessus une légère nuisette de jeune fille: c’est le moment du mariage imposé (et non pas par amour) donc le passage de la frivolité et passion excessive enfantine à la mariée de force “aimante” et douce. Pour conclure sur cela, le côté rudimentaire du décor et des costumes peut être traduit par la volonté du metteur en scène et des comédiens de mettre en avant l’histoire et non pas les pantins (les comédiens) qui la font vivre. En effet, cette scénographie très moderne, cherche paradoxalement à rompre avec cette idée dans la littérature aujourd’hui de mettre le personnage en avant et plus vraiment l’histoire. Les codes de la tragédie sont aussi remis en question. Tout au début de la pièce, avant le levé du rideau, nous avons un Bakary Sangaré (frère Jean) qui, avec un grand sourire, vient débuter la pièce. Il vient, au devant de la scène, souriant de pleines dents annoncer la mort prochaine de nos deux antagonistes. Cet épisode ne fait que rajouter de l’ambiguïté de ce personnage que le spectateur a, à la fois, envie de détester et d’adorer. De détester, car c’est par leur mégarde que le destin funeste des deux amants va être exécuté. Adorer, car c’est grâce à eux et à la nourrice que le bref instant d’espoir et de bonheur va être possible: en effet, les deux hommes religieux s’occupent du mariage. Nous pouvons de plus constater l’importance de la séparation entre les deux familles que le metteur en scène a tenu à souligner dans de petits détails. Rien qu’au début: nous nous trouvons dans une salle de danse séparée en deux où un chanteur entonne des chansons italiennes dans un style des années 30 du siècle passé. Cette guerre civile dure depuis si longtemps que des disputes éclatent sans raison particulière. Le conflit date depuis si longtemps, que eux-mêmes en ont oublié la raison. Cet argument peut être renforcé par ces fenêtres au volets fermés et délabrés pour insinuer une ville “morte”, dépourvue de tout son côté pittoresque, ses couleurs. Il ne faut pas non-plus oublier qu’il s’agit de théâtre filmé, destiné au cinéma comme le précise au début Bakary Sangaré ce qui explique beaucoup de choses et notamment la présence d’éléments très visuels évoqués plus haut. Cette présence du “deux” est très forte dans le texte qui renforce cette idée de deux familles qui se détruisent l’une l’autre depuis des générations, et, en plein milieu du front, des barbelés, de profonds fossés qu’ils se sont creusés, ces deux enfants naïfs qui s’aiment et qui en trois jours, retournent Vérone sens dessus dessous. Même dans la mort, il vont partir à deux.[pic 4][pic 5][pic 6][pic 7][pic 8]

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