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La Maison des Métallurgistes à Paris

Fiche : La Maison des Métallurgistes à Paris. Recherche parmi 256 000+ dissertations

Par   •  2 Mai 2021  •  Fiche  •  2 403 Mots (10 Pages)  •  14 Vues

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La Maison des Métallurgistes, plus familièrement appelée, la Maison des Métallos se situe 94 rue Jean Pierre Timbaud (anciennement rue d’Angoulème), dans le 11ème arrondissement de Paris. Ce bâtiment, construit en 1881 a connu une histoire riche au cœur d’un quartier ouvrier et populaire. Pourtant, en 1997, la Maison des Métallos a failli disparaitre, rachetée par des promoteurs immobiliers. Mais les habitants du quartier en ont décidé autrement et se sont battu pour que cet espace qui faisait pour eux partie du patrimoine du quartier et de la ville soit préservé. Grace à eux, les façades des bâtiments sur rue et sur cour ainsi que leurs toitures ont été inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 2000 et un an plus tard, la Mairie de Paris a racheté les lieux afin d’en faire un centre culturel.

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© Denis Cosnard

Une manufacture d’instruments de musique de renommée mondiale

A l’origine, le bâtiment est construit pour Gautrot, un fabriquant d’instruments de musique en cuivre qui ouvre une manufacture dans un quartier réputé pour le travail des métaux. Dès 1888, la manufacture est rachetée par la Maison Couesnon, entreprise mondialement reconnue pour la qualité de ses instruments de musique et qui possède alors six sites de fabrications.

L’industrialisation du 11ème arrondissement a débuté vers 1830 grâce à la situation particulière du quartier, entre le Canal Saint Martin (achevé en 1825), le Bassin de La Villette, la Gare du Nord et la Gare de l’Est. Le quartier abrite une main d’œuvre qualifiée et est proche du centre de la capitale qui devient un grand centre de consommation. A la fin du XIXème siècle, le 11ème arrondissement est le plus industrialisé de la ville. Dans ce quartier, l’industrie la plus représentée est la métallurgie. C’est une industrie complémentaire à celle de l’ameublement qui est principalement installée dans le Faubourg Saint-Antoine. On y fabrique alors des vis, clous, charnières mais aussi des éléments décoratifs comme des poignées, des bronzes… Avec le développement des industries mécaniques, la métallurgie va connaitre un véritable essor dans ce quartier.

Construit sous la direction de l’architecte Nanteuille considéré à l’époque comme « un spécialiste de la construction industrielle », le bâtiment est conçu pour abriter des ateliers, une remise, une écurie pour quatre chevaux et son grenier à fourrage, des logements et des espaces de vente. La mixité des fonctions est à l’époque très courant. Dans le cas présent, elle a été planifiée par l’entrepreneur lors de la construction de la manufacture qui occupe une parcelle de 1600 m². Le caractère monumental de l’ensemble que l’on découvre sur la gravure publicitaire du catalogue Couesnon S.A. explique en partie pourquoi ces ateliers ont échappé aux destructions du XXème siècle. (Archives Couesnon, 1934)

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L’entrée de la manufacture était fermée par une grille en fer forgé représentant une lyre en référence à l’activité de l’entreprise. 

[pic 3] [pic 4]                     

                                                    © mbzt                                       Alain Caste ©Sammode

La disposition actuelle des bâtiments a peu changé. Les premiers bâtiments sur rue étaient à usage commercial et de restauration des instruments. Dans la cour, on retrouve des immeubles de logements, les anciennes réserves et les écuries. Au premier étage de l’immeuble de droite, un appartement était réservé pour le gérant de l’entreprise. Au fond de la cour, on distingue la façade imposante de l’hôtel industriel (photo de droite ci-dessus) qui occupe toute la largeur de la parcelle. Les matériaux de construction utilisés sont typiques de l’architecture industrielle de cette époque : pierre, brique et acier. Ce bâtiment imposant abritait un espace de vente qui devait impressionner le visiteur par sa hauteur de 7,5mètres. En effet, l’étude des rivets et des structures métalliques a montré que le 1er étage avait été évidé en sa partie centrale. La récente réhabilitation du bâtiment a remis en valeur ce volume structuré par des colonnes métalliques arquées et décoratives (photo ci-dessous copyright, Alain Caste ©Sammode).

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Derrière l’espace commercial prestigieux, se trouvaient les ateliers de fabrication. A côté d’ateliers de petite taille spécialisés dans des taches bien précises comme l’assemblage ou les finitions, se trouvait l’espace de fabrication principal de la manufacture, la halle métallique qui abritait plusieurs dizaines d’ouvriers (photo ci dessous, Archives Couesnon, 1910). Ces derniers étaient alignés derrière leurs établis le long d’une allée centrale qui permettait aux contremaitres de vérifier le travail et aux pièces de circuler entre les différentes compétences nécessaires à leur fabrication. En effet, aucun artisan ne réalisait d’instrument en entier, le travail était déjà très rationnalisé et la circulation des différents éléments composant les instruments était optimisée.

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Au début du XXème siècle la manufacture Couesnon est prospère. Alors que le nombre de manufactures d’instruments de musique décroit, la manufacture Couesnon continue de grandir et compte dans les années 20, 1000 employés répartis sur 6 sites différents. Couesnon fournit alors de nombreux orchestres (Conservatoires, Beaux-Arts), les fanfares officielles, puis après guerre, les musiciens de jazz, en particulier sur le continent américain qui assure 50 % de ses ventes. Cette présence importante aux Etats-Unis sera finalement son talon d’Achille. En effet, la crise de 1929 a sur l’entreprise un impact considérable. En 1936, elle doit réduire ses activité et décide de vendre la manufacture parisienne.

Un haut lieu de la lutte syndicale

Comme de nombreux entrepreneurs de son époque, Gautrot était un chef d’entreprise paternaliste qui souhaitait donner à la manufacture une ambiance conviviale ce qui se perçoit à travers l’agencement des lieux. Son successeur, Amédée Couesnon ancien député radical-socialiste exerçait une politique salariale ouverte et innovante pour son époque. En 1921, il avait décidé « en vue d’améliorer la situation matérielle de son personnel, de l’intéresser à ses affaires et de le faire participer à sa prospérité ». Il avait alors mis en place un système de primes et de participations aux bénéfices et avait instauré une allocation de naissance et d’allaitement, créé une cantine ainsi qu’une centrale d’achat pour le personnel. Dès les années 30, il avait autorisé les réunions syndicales dans ses locaux. Au moment où il décide de se séparer de la manufacture parisienne, le Front Populaire dirige la France. En quelques mois, les effectifs de l’Union Fraternelle de la Métallurgie de la Confédération Générale du Travail (CGT) passent de 10 000 à 250 000 syndiqués. Cet afflux de cotisants permet à la CGT de disposer de fonds importants que l’organisation décide d’investir dans des locaux. C’est donc finalement dans une sorte de continuité logique que la CGT rachète le site.[1] 

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