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L'objectivité De L'histoire Suppose-t-elle L'impartialité De L'historien 

Rapports de Stage : L'objectivité De L'histoire Suppose-t-elle L'impartialité De L'historien . Recherche parmi 241 000+ dissertations

Par   •  5 Janvier 2012  •  2 615 Mots (11 Pages)  •  1 089 Vues

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Introduction

Comme l'affirmait Nietzsche au début de sa deuxième Considération inactuelle, l'animal vit « étroitement attaché […] au piquet de l'instant » : il ne connaît ni la morsure du remords, ni la crainte de l'avenir, parce qu'il demeure d'instant en instant dans un présent qui dure toujours. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas, au sens propre, d'histoire des animaux, et que c'est l'homme et lui seul qui peut écrire une histoire naturelle : l'homme est le seul de tous les êtres vivants à mener une vie historique, c'est-à-dire à avoir conscience que le passé passe, justement, qu'il s'abîme dans le néant et qu'il faut en garder une trace que ce soit sur le mode du souvenir personnel, de la mémoire collective d'un peuple ou de ces récits que construisent ceux qui s'attachent à reconstituer l'histoire passée de l'humanité, les historiens. L'historien, au sens moderne du mot, n'est plus le chroniqueur du Moyen Âge dont la fonction était d'écrire pour les archives les faits et gestes des puissants afin d'en conserver la teneur (si tant est que le terme « archive » vient du grec archè, le pouvoir, le commandement) : le rôle de l'historien moderne, c'est justement de retrouver ces traces, de les comparer à d'autres sources et d'en tirer peu à peu une connaissance du passé la plus exacte et la plus objective possible. Mais s'il étudie par définition un passé révolu (que ce dernier soit proche ou lointain), l'historien n'en est pas moins à chaque fois un homme de son temps, animé de préoccupations qui sont celles de son époque et de la société à laquelle il appartient, préoccupations qui constituent le présent dans lequel s'exerce son activité de recherche : c'est à partir de son présent que l'historien interprète le passé, en sorte que son travail reflète parfois davantage les préjugés de son siècle que la réalité historique qu'il est censé dépeindre (on n'écrirait plus l'histoire de la Révolution française comme Thiers le faisait au XIXe siècle, par exemple). Cette difficulté est devenue particulièrement aiguë au siècle dernier, quand l'histoire a eu la prétention de s'ériger en science et même en « reine des sciences », puisqu'elle était la seule (pensait-on) à pouvoir expliquer toutes les autres (ainsi, les progrès de la mathématique ne sont pas pensables hors d'une histoire des mathématiques). Or, dans ce souci d'élaboration scientifique de l'histoire, on s'est mis à exiger de l'historien qu'il se comporte lui-même comme un scientifique, c'est-à-dire qu'il demeure exact, impartial et objectif face aux faits qu'il décrit et dont il essaye de reconstituer l'enchaînement. En devenant science, l'histoire a voulu se faire objective ; et une science est « objective » quand elle n'interprète pas les faits, mais qu'elle se préoccupe uniquement de les expliquer. Ce qui fait que la physique est une science, c'est que le physicien n'interprète pas la nature : il essaye d'en dégager les lois, c'est-à-dire d'expliquer les phénomènes en les rapportant à leurs causes.

Mais précisément : cette exigence d'objectivité a-t-elle un sens en histoire, où il ne s'agit pas simplement de dégager des chaînes de causes et d'effets, mais bien plutôt de déterminer l'importance et le sens des événements historiques ? L'objectivité de l'histoire suppose-t-elle l'impartialité de l'historien ? La question est bien de savoir si l'historien est susceptible de faire abstraction des influences du présent afin qu'elles ne viennent pas déformer ou orienter de manière partiale son interprétation du passé. Mais d'un autre côté, la connaissance du passé ne sera jamais qu'interprétative puisqu'il ne s'agit pas simplement de faits constatables, mais de conduites humaines invitant à poser la question de leur sens et des intentions poursuivies. Alors, l'historien peut-il être impartial, et même doit-il l'être ? Si la réponse est affirmative, de quelle impartialité pourrait-il bien s'agir et quel sens donner à l'objectivité de l'histoire ?

I. L'histoire est une discipline interprétative

Si l'historien cherche à comprendre le sens des événements passés, alors il se livre à un acte d'interprétation qui court toujours le risque d'être entaché de préjugés subjectifs : comment l'histoire pourrait-elle être objective si l'historien interprète les événements et ne se contente pas de les décrire ? Car enfin, faire l'histoire du débarquement allié, ce n'est pas dénombrer les forces en présence et compter les canons : c'est tâcher de comprendre pourquoi les alliés l'ont fixé à cette date, pourquoi les Allemands ont tardé à réagir, etc. L'historien a affaire non à des faits naturels, mais à des actions humaines ; il se pose la question de l'intention qui y a présidé, laquelle ne pourra jamais qu'être sujette à interprétation. Parce que l'histoire est toujours histoire des hommes, elle est histoire d'événements à chaque fois singuliers, qui se seraient déroulés différemment si les acteurs n'avaient pas été les mêmes : non seulement l'objet de l'histoire est « une réalité qui a cessé d'être » (comme l'affirmait Raymond Aron), mais cette réalité ne se reproduira plus jamais exactement de la même façon. On comprend alors la difficulté qu'il y a à faire de l'histoire une science objective : si le physicien peut être objectif, c'est parce que son objet (la nature) est régi par des lois. Il n'y a pas d'événements naturels, il n'y a que des faits qui sont la conséquence nécessaire de lois physiques ; c'est pourquoi les faits naturels se répètent, alors que l'histoire, comme le disait Marx, « ne repasse pas les plats ». Parce que les faits naturels se répètent, le physicien peut dégager les lois de leur apparition : expliquer la chute d'un corps, c'est ramener cette chute particulière à la loi de la gravitation universelle. Mais si les événements historiques sont singuliers, alors l'historien ne saurait les ramener à des lois de l'histoire : on explique un fait de la nature en le ramenant à sa loi, on comprend un événement historique en tentant d'en élucider le sens, ce qui est bien différent

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