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L'amour : la souffrance ou jouissance ?

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Par   •  17 Mars 2019  •  Dissertation  •  2 345 Mots (10 Pages)  •  1 309 Vues

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L’amour : Souffrance ou jouissance ?

Sujet :

« Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons. »

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, 1930.

► Dans quelle mesure votre lecture des œuvres inscrites au programme vous permet-elle d’éclairer cette citation ?

Plan possible

I-  Il n’y a presque jamais d’amour sans souffrance :

1) L’amour est d’abord vécu comme un manque.

2) L’amour subit parfois des assauts extérieurs.

II- Mais l’amour peut également nous libérer de la souffrance :

1) Il est un remède contre l’ennui de la vie.

2) Il transgresse toute forme de d’autorité.

III- Au-delà de toute souffrance, l’amour est à penser comme une conduite morale exigeant endurance et héroïsme :

1) L’amour est un engagement moral.

2) Il exige fidélité, endurance et héroïsme.

Rédaction intégrale

Il va sans dire que l’amour est impensable sans la souffrance. Les amants ne peuvent ainsi jouir intensément de leur liaison qu’en confrontant divers obstacles liés aussi bien aux lois sociales qu’aux contraintes familiales. Cette réalité trouve sa place dans Malaise dans la civilisation où S. Freud affirme dans un ton catégorique que « Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons.» Prenant la forme d’une vérité générale, le propos présente l’amour comme une source de souffrance aussi bien pour l’amant que pour l’aimé. Si l’homme vise, comme par instinct, à quêter le plaisir et à « se protéger » contre la souffrance, il semble que l’amour est un destin qui fragilise l’être en l’exposant à toutes formes de douleur ce qui renforce davantage sa condition tragique. Or, amour sans souffrance n’est pas amour. Au-delà de toute peine, l’amour procure une certaine jouissance qui permet à l’amoureux de mieux savourer le suc de la vie. Comment donc l’amour ne peut atteindre le bonheur et la quiétude espérés qu’en subissant fatalement une souffrance polymorphe. Aimer n’est-il pas à vrai dire une promesse de liberté, l’espoir toujours renouvelé pour surmonter toute forme de tourment et d’affliction ? La lecture du Banquet de Platon, du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et de La Chartreuse de Parme de Stendhal, nous permettra initialement de repérer les éléments de la souffrance en amour, avant de le considérer comme une possibilité qui libère des facteurs responsables de la douleur. C’est pour cette raison que l’amour se présentera finalement comme une conduite morale exigeant héroïsme et abnégation.

Il n’est point surprenant de concevoir l’amour comme une source de souffrance. Défini essentiellement comme un manque, l’amour est le théâtre où l’on doit subir tous les assauts et faire face à tous les dangers.

Être amoureux, c’est d’abord se soumettre à l’expérience de l’insuffisance, à l’insatisfaction et à la mélancolie. En effet, l’étrangère Diotime montre dans Le Banquet de Platon qu’« Eros » est à l’origine « fils de Pôros et de Pénia ». Sa généalogie prouve clairement que l’amour naît d’un besoin, voire d’une misère. De sa part, Socrate montre qu’aimer, c’est toujours désirer quelque chose, ce qui fonde ce sentiment sur la situation d’un manque jamais comblé. Pour lui, « il y a désir de ce qui manque, et il n’y a pas désir de ce qui ne manque pas » (p132). Du coup, ce qui est parfait et complet n'a que faire d'Eros car « on ne saurait désirer ce que précisément l’on possède » (p133). En outre, La Chartreuse de Parme relate le parcours atypique de Fabrice Del Dongo, ce jeune homme qui, malgré sa beauté physique, semble incapable de jouir pleinement de l’amour véritable. Ses liaisons, trop nombreuses, n’ont pas pu assouvir sa soif d’aimer bien comme il faut : « N’est-ce pas chose plaisante, dit-il, que je ne sois pas susceptible de cette préoccupation exclusive et passionnée qu’ils appellent de l’amour ? » (XIII, p301). Par le truchement de l’autodérision, Fabrice mesure péniblement la distance qui le séparer du vrai amour qu’il ne trouvera que tardivement avec Clélia. Bref, l’amour est l’expérience d’une souffrance quasi indomptable.

Conçu comme un manque, l’amour se vit en second lieu comme une aventure exposée à tous les assauts extérieurs. Dès qu’on devient amoureux, on est instantanément sujet à toutes les frappes, exécutées par une panoplie de forces liées aux lois sociales comme aux traditions familiales. En effet Le Songe de Shakespeare présente le couple Hermia et Lysandre comme le modèle achevé de l’amour souffrant. Butant contre l’entêtement d’Egée qui préfère Démétrius tout en accusant Lysandre d’avoir ensorcelé le cœur de sa fille, mais aussi contre l’obstination du roi Thésée qui pour faire fléchir Hermia, lui promet la mort ou l’enfer du couvent, les deux amants supportent difficilement leur relation comme le confesse avec amertume Lysandre: « L’amour véritable n’a jamais eu un cours facile. » (I, 2, p45). De son côte, le roman de Stendhal relate comment Fabrice est l’objet d’attaques extérieures incessantes, du moment où il est perçu, eu égard à sa beauté, comme un rival invincible. Ce programme narratif est d’ores et déjà prophétisé par l’abbé Blanès : «Ton âme peut se préparer à une autre prison bien autrement dure, bien plus terrible. […] Ta vie sera très heureuse aux yeux des hommes.» (VIII, pp237, 238). Même le comte Mosca, à juste titre, estime n’avoir aucune chance de lui disputer Gina: « une idée atroce [le] saisit comme une crampe : le poignarder là devant elle, et me tuer après ? » (VII, p219). Pour le Comte, comme pour les autres, Fabrice est un rival de taille, qu’il faut battre. En définitive, la vie de Fabrice, comme celle de tout amoureux, n’est pas seulement faite d’amour et de jouissance ; elle est bien avant tout lutte, concurrence et patience.

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